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4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 01:01

On comprend bien quelle a été sa justification aux origines de l’humanité : il s’agissait pour les premiers hommes de se nourrir, et aussi de se protéger du danger que pouvaient constituer à leur côté la présence d’animaux sauvages redoutables. Ce besoin et ce comportement sont communs d’ailleurs à tous les animaux vivants.

 

Mais aujourd’hui l’homme n’a plus besoin de chasser pour s’alimenter, et se protéger des animaux dangereux n’exige pas de les tuer. Pourquoi donc la chasse perdure-t-elle ? Les chasseurs nous disent que grâce à leurs « prélèvements » (doux euphémisme) la faune peut s’équilibrer et sa surpopulation être évitée. Mais tous les zoologistes s’accordent à dire qu’en matière de faune sauvage le danger n’est pas la surpopulation, mais bel et bien l’extinction. Force est donc de conclure que le moteur majeur de la chasse est l’amusement de ceux qui s’y livrent.

 

Le président états-unien qui n’en est pas à sa première incartade (voir mon billet Indécence, dans le n°478 de Golias Hebdo) a décidé de revenir sur les réglementations de son prédécesseur, et d’aider les chasseurs à tuer dans les seize zones protégées d’Alaska. Les premières victimes seront les ours. Il sera bientôt possible de les appâter avec du bacon ou des donuts. On pourra aussi utiliser des lampes pour traquer les oursons jusque dans leur tanière. La chasse à l’ours aérienne avait déjà été réautorisée l’an dernier. Les loups et les coyotes, eux, pourront être abattus, ainsi que leurs petits, pendant les mises bas : donc à peine nés, déjà tués. Les chasseurs pourront aussi s’attaquer aux caribous depuis leurs bateaux à moteur et même en tuer un pendant qu’ils nagent, ce qui ne leur laisse aucune chance de fuir et d’échapper à la mort. (Source : Francetvinfo.fr, 24/05/2018)

 

C’est une vision de cauchemar, un vrai signe de folie sanguinaire. Normalement, un chef d’état devrait être responsable dans ses décisions, et si ce n’est pas le cas, être désavoué par son peuple. Mais ce risque ici n’existe pas, car c’est pour son irresponsabilité même que ce président a été élu.

 

D.R.

 

***

 

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 01:01

Je viens de voir le film Marie Madeleine, de Garth Davis, une adaptation de l’évangile apocryphe de Marie. Il est d’une grande banalité, et je ne me suis intéressé qu’à son extrême fin : après la mort de Jésus, Marie dit aux Apôtres qu’ils n’ont pas compris où se situait le Royaume annoncé par le Maître. Il n’était pas terrestre et glorieux, comme celui que Pierre par exemple veut prêcher aux futurs fidèles. Il est, dit-elle, « déjà là, à l’intérieur de vous » (je cite la VO du film : It is here, within us). Là pourrait être, pour le spectateur néophyte, le message original de Marie et l’apport nouveau du film.

 

Pourtant on a déjà remarqué que Jésus étant mort, et la prédiction de la venue imminente du Royaume ne s’étant pas réalisée, on a pu le transformer, de terrestre qu’il était initialement, en quelque chose de tout autre, un changement intérieur. C’est ainsi que l’ont compris les gnostiques, mais déjà l’évangile de Jean, qui fait dire à Jésus que « le Royaume n’est pas de ce monde » (18/36).

 

Mais aussi je note que parmi les synoptiques mêmes l’évangile de Luc fait dire à Jésus : « Le Royaume est à l’intérieur de vous » (17/21). On a beau tourner le texte dans tous les sens, le grec original entos hymôn, le latin de la Vulgate intra vos, et aussi, en écho à mon film, le within us de la Bible King James, ne signifient pas autre chose qu’« à l’intérieur de vous ». Ce que comprennent toujours les orthodoxes, et qu’on retrouve aussi dans l’évangile de Thomas (logion 3).

 

Mais je gage que cette intériorisation du Royaume va encore être regardée avec suspicion. Ainsi, pour Luc 17/21, la TOB traduit par « parmi vous », et dit en note : « On traduit parfois ‘en vous’, mais cette traduction a l’inconvénient de faire du Royaume une réalité seulement intérieure et privée. » On le voit : qui s’excuse s’accuse, et quand le texte gêne, on le fausse. La pastorale, qui veut à tout prix socialiser les hommes, passe avant la philologie.

 

Merci en tout cas aux cinq dernières minutes de cet interminable film de deux heures de m’avoir permis de faire ces réflexions !

 

D.R.

 

Sur le Royaume intérieur, voir aussi :

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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 01:01

Ce mot fait toujours peur dans le monde de l’éducation. Ainsi les étudiants qui manifestent aujourd’hui contre les mesures organisant leurs études voient dans les « prérequis » nécessaires pour entrer à l’Université une hypocrite façon de désigner ce qui est en réalité une sélection.

 

En quoi ils ont parfaitement raison. Mais préfèrent-ils la sélection par l’argent, qui permet aux seuls étudiants fortunés de s’inscrire dans des organismes privés, où les études coûtent fort cher ? Préfèrent-ils encore la sélection bien réelle aussi qui s’est pratiquée jusque ici dans certaines Universités publiques, qui faute de suffisamment de places ont procédé pour les admissions au tirage au sort ?

 

Est-il rien de plus injuste que cette méthode ? Et pourtant je suis sûr que certains étudiants la préféreraient. Le tirage au sort garantit en effet l’égalité totale des individus, indépendamment de leur mérite personnel, et dérive de cette obsession de l’égalité totale qui est la pathologie majeure de la démocratie. Montesquieu dans L’Esprit des lois dit qu’elle meurt ordinairement ce que qu’il appelle « l’esprit d’égalité extrême », nous dirions aujourd’hui l’égalitarisme. Toutes différences y sont refusées et combattues, comme sur le lit de Procuste. Quoi de plus égalitaire alors que se fier au hasard, à la loterie ? Cela dispense de faire retour sur soi, d’examiner ses propres capacités. Le refus de toute sélection au mérite repose sur cette invidia democratica, cette haine démocratique à l’égard de toute différence. Ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui les jeux de hasard sont si populaires : il ne faut pas beaucoup réfléchir pour gratter un ticket de loterie, et chacun estime y avoir sa chance.

 

Enfin je soulignerai ici un détestable abus de mot. On parle de « grève » des étudiants. Mais un étudiant bénéficiant d’un service public ne travaille pas, il coûte à la collectivité. Quand un vrai travailleur fait grève, il perd son salaire. Et il n’empêche pas les autres de travailler, à l’opposé de cette « grève des examens », où on empêche ceux qui voudraient les passer de le faire, et d’assurer ainsi leur propre avenir.

 

 

D.R.

 

 

***

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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