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3 juillet 2018 2 03 /07 /juillet /2018 01:01

J’aime bien le double sens de ce mot : le fait de posséder, et d’être possédé. Parfois ces deux sens se télescopent, dans le cas de la possession de richesses par exemple : on croit qu’on possède, et l’on est possédé.

 

C’est à quoi j’ai pensé en voyant sur Arte, dans la soirée du samedi 16 juin dernier, le documentaire consacré aux derniers jours de Pompéi. Contre ceux qui pensaient que les victimes de l’éruption volcanique étaient des malades ou des handicapés, certains archéologues ont émis l’hypothèse qu’il s’agissait au contraire de personnes appartenant aux classes supérieures de la ville : la peur d’abandonner leurs richesses leur aurait coûté la vie. Les pauvres, eux, n’ayant rien à perdre, se seraient échappés.

 

On connaît le piège dont on se sert, en Asie, pour attraper les singes. On confectionne une petite boîte, percée d’un trou suffisant pour qu’une main puisse y pénétrer. Puis on met une friandise à l’intérieur. Attiré, l’animal insère sa main, et se saisit de l’appât. Mais il ne peut retirer sa main, devenue trop grosse désormais pour passer par l’ouverture. Pour pouvoir s’échapper il devrait lâcher sa proie, ce qui ne lui vient pas à l’idée. Il est donc pris, possédé par sa propre convoitise.

 

Combien en connaissons-nous, de ces gens possédés par ce qu’ils ont, s’y cramponnant jusqu’à mettre en péril leur vie même, comme les riches habitants de Pompéi ! Ce n’est pas pour rien que toutes les religions, spiritualités et sagesses du monde insistent sur le lâcher-prise. La prière, ou la méditation se fait mains ouvertes, paumes tournées vers le haut, lieu de notre patrie originelle.

 

Il faut se déprendre de ce qu’on a, s’élargir comme on le dit d’un prisonnier qu’on libère. En ballon, pour monter, il faut lâcher du lest. De toute façon, nous n’emporterons pas nos biens matériels outre-tombe. À rien ne sert d’être le plus riche du cimetière, et un linceul n’a pas de poches.

 

Regardons plutôt l’essentiel, qui n’a pas de prix et qui nous est donné gratuitement. Comme le dit Bashô dans un haïku célèbre : « Le voleur a tout emporté, sauf la lune à la fenêtre. »

 

D.R.

 

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 01:01

Invité de l’émission Téléfoot sur TF1 dimanche 10 juin, notre Président s’est confié sur l’avenir de nos Bleus quant à la prochaine Coupe du Monde, et il a eu cette formule-choc, qui résume bien toute sa philosophie : « Une compétition est réussie quand elle est gagnée. » (Source : football365.fr, 10/06/2018)

 

Autrement dit, seule la victoire confère une valeur à celui qui la remporte. À l’inverse, celui qui perd est rejeté au néant. Déjà en juillet dernier le Président avait opposé dans la vie « ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien ». Il y a là comme un leitmotiv de sa pensée, un réflexe récurrent.

 

Il rejoint l’idéologie états-unienne : il faut toujours être un vainqueur, un winner, et le perdant, le looser, est l’objet du plus grand mépris. Cela renvoie à la vieille théologie de la rétribution, selon laquelle ce qui nous arrive est ce que nous méritons. Réussissons-nous, c’est que Dieu nous aide. Échouons-nous, c’est qu’il nous rejette, et que nous n’avons pas mérité sa grâce. De toute façon c’est de notre faute, et malheur aux vaincus ! (Vae victis !). Déjà aux jeux Olympiques de l’Antiquité le vainqueur l’était avec l’aide de Dieu, Deo juvante.

 

Je pense que leur fondateur moderne, Pierre de Coubertin, aurait été horrifié par la phrase présidentielle. Pour lui, l’important dans la compétition n’était pas de gagner, mais de participer. Comment par exemple le professeur d’éducation physique motivera-t-il ses élèves, s’il ne valorise que la réussite ou la victoire ? Combien de laissés-pour-compte, d’abandonnés au bord de la route, pour un qui réussit ! Dans la compétition de la vie, on voit bien de quel prix se paie la réussite : celui de l’écrasement acharné des autres, comme il se voit dans le dernier film de Stéphane Brizé, En guerre.

 

Finalement, ne justifier une entreprise que par sa réussite est d’un cynisme absolu. C’est revenir aux ordalies médiévales, absoudre le fait accompli, et diviniser la loi de la nature, où la raison du plus fort est toujours la meilleure, alors que tout l’effort humain devrait être de tenter de la corriger.

 

D.R.

Chaque joueur tricolore gagnera 300 000 euros de prime en cas de victoire (entendu au Journal de 19 H de France Inter, le 11 juin 2018).

 

***

 

Nota : Retrouvez toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes. Cliquer sur :

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15 juin 2018 5 15 /06 /juin /2018 01:01

Ses modalités vont être enseignées au Vatican, qui a fait venir à cette fin un prêtre mexicain spécialiste de cette question, le père César Truqui. Ainsi les autorités ecclésiastiques romaines, avec à leur tête le pape actuel, affirment bel et bien leur croyance en l’existence du Diable, entité extérieure à l’homme et prenant possession de lui, qu’il faudrait expulser par un rituel déterminé et susceptible d’être appris (Source : francetvinfo.fr, 12/04/2018).

 

On connaît le film d’horreur L’Exorciste, de William Friedkin, qui a marqué les années 70, avec ses scènes de possession : la tête qui tourne à 180°, la lévitation, les insultes ordurières, etc. Le père Truqui dit avoir connu des cas comparables : des voix qui changent de registre, des patients qui parlent subitement des langues étrangères, qu’ils n’ont jamais apprises, etc.

 

Je ne sais si cela est. Mais j’espère d’abord qu’on ne pratique aujourd’hui l’exorcisme que sur une personne consentante, à la différence de ce qui s’est produit tragiquement dans le passé. Je ne sais pas non plus si la prière suffit à guérir là où un traitement psychiatrique échouerait. On ne sait pas grand chose encore aujourd’hui sur les pouvoirs de la suggestion. Je partage assez la prudence d’Hamlet chez Shakespeare : « Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n’en peut rêver toute votre philosophie. »

 

Mais cette histoire d’exorcisme perdurant encore me mène à une réflexion intempestive. N’en déplaise aux voltairiens ricanants, le Diable existe bel et bien, non pas comme une entité extérieure, mais en nous, comme métaphore de nos pulsions les plus irrépressibles et les plus mauvaises. Le nier est de l’angélisme. En pensant aux camps d’extermination nazis, nés dans cette Allemagne même qui avait connu les Lumières (l’Aufklärung) Jung a dit : « À force de nier le Diable, nous avons ouvert toutes grandes les portes de l’Enfer. » Mais déjà Baudelaire remarquait : « La plus grande ruse du Diable est de nous faire croire qu’il n’existe pas. » Bonne chance alors au père Truqui !

 

D.R.

 

***

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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