Le mardi 20 mars dernier, à la fin de l’émission d’Arte 28 minutes, a été présenté un programme de révision des matières pour le BEPC, sous forme de leçons musicales scandées en rap. Il rencontre un grand succès auprès des collégiens, et voisine sur Internet avec les radios de Radio France (lien : Rap ’N Classe).
Un écran de ce programme a été montré. Il portait : « Beaucoup de mots français sont polysémites. » À lire cela j’ai sursauté, et me suis demandé quel lien il pouvait y avoir entre le vocabulaire français et les peuples sémites. À la fin j’ai dû me rendre à l’évidence : le programme voulait dire simplement « polysémiques » ! Au fond, ai-je pensé, il n’est pas étonnant que l’on ne soit pas très regardant avec l’exactitude des termes : il suffit que le rythme assourdissant et décérébrant de l’ensemble emporte tout.
Le préoccupant dans l’histoire est que ce programme démagogique a été réalisé avec la bénédiction des professeurs eux-mêmes, comme l’a indiqué le journaliste qui l’a présenté. L’inculture va donc désormais se transmettre naturellement du maître à l’élève.
Elle est générale aujourd’hui. La syntaxe est allègrement violée. Le même journaliste présentateur a dit quelque chose comme : « le français, où on y trouve de l’intérêt... » (sic !). Et la propriété des expressions a été dans cette même émission bafouée. Il s’agissait du harcèlement de rue, et j’ai entendu à plusieurs reprises qu’une femme pouvait « se faire agresser ». Cette tournure par « se faire » pour remplacer le passif, qui se généralise aujourd’hui, est une absurdité. On ne se fait pas agresser comme on se fait couper les cheveux. Ou si on se fait agresser, c’est qu’on organise sa propre agression.
Funeste jour que celui-là, jour du printemps pourtant, et en plus consacré à la francophonie ! Grande ironie ! Mais surtout qu’on ne pense pas que je ne m’occupe ici que de détails. En eux, dit le proverbe, secache le Diable. Tolérer les plus petits abus mène à accepter les plus grands. Comme dit La Fontaine dans « Le Lion et le Rat » : « Une maille rongée emporta tout l’ouvrage. »
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Elle est le fait de Facebook, et ce jusqu’à la caricature. Ainsi le tableau de Delacroix La Liberté guidant le peuple a été censuré par le célèbre réseau social, parce que montrant le buste dénudé de Marianne. Celui qui l’avait posté s’est entendu répondre par le modérateur : « Nous n’autorisons pas les publicités avec de la nudité, même si cela n’est pas d’ordre sexuel. Cela inclut la nudité à des fins artistiques ou éducatives. Les publicités de ce type sont de nature sensible et ne sont donc pas autorisées. » (Source : lefigaro.fr, 17/03/2017)
Ainsi le moindre bout de sein féminin qui sera visible tombe systématiquement sous les foudres du censeur. On pense à Tartuffe : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir ! » Le gouvernement français n’avait pourtant pas vu d’offense à la pudeur dans le célèbre tableau, puisqu’il figurait sur un billet de banque à l’heure du franc, comme symbole de la République.
À côté de cela, Facebook ne censure pas les propos haineux qui inondent son réseau, et qui sont parfois de vrais appels au meurtre. La violence lui fait moins peur que le sexe. Il ne prend pas non plus des précautions suffisantes pour préserver l’intimité des internautes, et pour éviter qu’elle ne soit captée et utilisée à des fins commerciales ou même politiques, comme il vient de se voir dans une affaire impliquant une Agence de communication ayant favorisé par ce biais l’élection de Donald Trump. À l’évidence, notre réseau pratique allégrement le « Deux poids, deux mesures ».
De toute façon, si le ridicule tuait, il ne réchapperait pas de sa pudibonderie. Non content d’avoir censuré L’Origine du Monde et les Nus de Modigliani, il a refusé que paraisse sur la Toile la reproduction d’une Vénus préhistorique, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas sexy ! Simplement elle était nue, et ce fut rédhibitoire. Le comble est qu’il a maintenant accepté une version de Marianne avec un bandeau cachant sa gorge et portant le logo Facebook. L’internaute qui l’a postée en représailles dit que c’est à pleurer de rire, et il a bien raison !
D.R.
D.R.
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Ce petit reptile bien inoffensif n’a rien apparemment qui puisse inspirer de grandes pensées, et je ne pensais pas jusqu’à présent qu’il pourrait me mener à réfléchir sur un épisode évangélique. Pourtant c’est ce qui s’est produit. Je viens de lire dans Wikipedia qu’une variété, le lézard basiliscus, peut courir sur l’eau sur de courtes distances, et que pour cette raison on l’appelle « Lézard Jésus-Christ ». À l’origine de cette capacité, la combinaison d’une vitesse de onze kilomètres par heure et de la forme de ses pattes qui lui permettent de créer des bulles d’air à la surface de l’eau et de s’appuyer dessus avant qu’elles éclatent. Pour qu’un être humain puisse faire la même chose, il faudrait qu’il coure à environ 110 kilomètres par heure et qu’il possède des muscles quinze fois plus puissants.
Peut-être Jésus était-il lui-même dans ce cas ? C’est la question qu’un littéraliste pourrait se poser. L’épisode de Matthieu 14/25-31 nous le montre marchant à la surface d’un lac. Laissant mon lézard, j’ai relu l’épisode. Et je me suis dit que le littéralisme ici ne menait pas très loin, sauf à exposer à la noyade ceux qui voudraient eux-mêmes faire l’expérience. Cela s’est vu paraît-il sur une plage de Libreville où un jeune pasteur d’une église pentecôtiste s’est noyé en voulant marcher sur l’eau, selon plusieurs sites Internet dont je ne connais pas la fiabilité.
Mais peu importe ! Il me paraît bien étrange que le même Jésus qui refuse tout miracle dans sa Tentation au désert ait pu réellement ici en faire un. À l’évidence, le sens est symbolique. À Pierre qui s’élance vers lui, et qui a peur de se noyer, Jésus répond : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (v.31)
En effet ce qui cause nos noyades dans nos vies est le manque de confiance. Comme lorsqu’on perd un équilibre physique que l’on pourrait tenir naturellement, simplement par la pensée, par la peur de le perdre, l’intervention du mental qui parasite tous nos élans.
Brave lézard, qui m’a mené à une conclusion essentielle : c’est de la peur qu’il faut avoir peur, et non d’autre chose !
"Basiliscus plumifrons" - D.R.
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Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).