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15 mai 2018 2 15 /05 /mai /2018 01:01

Le président états-unien vient encore de se signaler par un comportement inadmissible, en évoquant dans un discours devant les membres et sympathisants de la NRA (National Riffle Association), puissant lobby de défense des armes à feu, les attentats terroristes survenus le 13 novembre 2015 au Bataclan et sur des terrasses de cafés parisiens. Il a prétendu que si les Parisiens avaient été armés ce jour-là, ils auraient pu immédiatement mettre en fuite les attaquants. Et pour illustrer ses paroles il a mimé les djihadistes prenant tout leur temps pour abattre une à une leurs victimes : « Boum, viens-là ! ; Boum, viens-là ! ; etc. » (Source : ouest-france.fr, 07/05/2018)

 

On reste sidéré devant tant de bêtise et d’indécence, et on se demande comment de telles paroles et un tel comportement histrionesque sont possibles de la part du chef d’un si grand État. Bien sûr il n’en est pas à sa première incartade, mais on se demande où il va bien pouvoir s’arrêter.

 

Les associations de défense des victimes des attentats se sont scandalisées, à très juste raison, de cette instrumentalisation des victimes, qui est une insulte à leur mémoire. Mais à ce jour notre Président est resté silencieux, peut-être pour ne pas désapprouver son récent et actuel « ami ».

 

Sur le fond, il est évident que la solution pour lutter contre des attaquants armés n’est pas la possession d’armes à feu. Elles sont en vente libre aux États-Unis, et c’est le pays où ces attaques sont les plus fréquentes. Pour faire face à celles qui ont eu lieu dans les établissements scolaires, Donald Trump a préconisé tout simplement d’armer les enseignants. C’est transformer un pays en champ de western, où la seule loi est celle du colt.

 

Je sais bien que le deuxième amendement de la constitution états-unienne permet à chacun d’être armé. Mais à l’origine il fallait que chaque état de l’Union pût se défendre contre les tentatives hégémoniques de l’état central. Aujourd’hui la situation historique a changé. Cependant le vieux réflexe perdure, et on le voit ici défendu, avec une innommable grossièreté.

 

D.R.

 

***

 

Nota : Retrouvez toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes :

 

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11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 01:01

Un exemple frappant de son pouvoir sur les hommes est celui de la ville de Nazareth, lieu de naissance de Jésus selon les rédacteurs des évangiles. Il semble bien en effet que le nom de « Nazareth » provienne d’une erreur de traduction de « Jésus le Nazaréen », ce terme renvoyant simplement à une secte baptiste proche des Esséniens, par quoi le Coran encore nomme les chrétiens. Nazareth n’aurait été édifiée qu’au ive siècle à l’intervention de la mère de l’empereur Constantin. Les pèlerins chrétiens voulaient visiter Nazareth, qui n’existait pas à l’époque de Jésus. Pour les contenter, on aurait créé Nazareth, ou rebaptisé ainsi un village existant. (Source : Wikipedia, Discussion : Nazareth).

 

Il ne faut pas s’en étonner. Ce ne serait pas la première fois qu’un lieu tiendrait son existence d’un texte préexistant ou d’une œuvre antérieure. Je pense à la municipalité de Montauban qui a pris la décision de baptiser un rond-point du nom des Tontons flingueurs, par allusion au film célèbre de Georges Lautner, et à la phrase qu’y prononce Lino Ventura : « On ne devrait jamais quitter Montauban ! » qui hante les mémoires de tous. Il y a aussi dans cette ville un bar dénommé « Lulu la Nantaise », personnage dont il est question dans ce film, lors de la fameuse scène de la « biture » dans la cuisine. Je gage que dans quelques années les nouvelles générations verront dans tout cela la commémoration de faits et personnes ayant véritablement existé (voir mon billet Fiction, Golias Hebdo 20/02/2014).

 

En attestant l’inscription historique et topographique d’un événement, on pense lui donner du poids. Ainsi pour le lieu non plus de la naissance de Jésus mais de son baptême, l’Unesco vient d’inscrire au titre du « Patrimoine de l’humanité » le site du Jourdain à Béthanie où le fait est supposé s’être passé. Mais l’important ici n’est pas le lieu : c’est la réalisation du psaume d’intronisation (2/7 : « Tu es mon fils ! »), c’est-à-dire le fruit d’un travail sur le Texte ancien, qu’on réactualise par midrash (voir mon billet Inscription, Golias Hebdo, 18/02/2016).

 

Évidemment les pèlerins vont là aussi, comme à Nazareth, se presser en masse, pensant que le lieu de l’événement en garantit le sens. Mais ont-ils conscience que l'événementiel dans tout cela n’est que de l'histoire racontée, du storytelling ?

 

 

D.R.

 

 

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6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 01:01

Trois cents personnalités ont signé dans Le Parisien du 22 avril dernier un manifeste « contre le nouvel antisémitisme » causé en France par la « radicalisation islamiste ». On y demande « que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par (le concile) Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime. » (Source : AFP, 21/04/2018)

 

Les « versets du Coran » ne sont pas spécifiés, mais j’ai relevé au hasard ce fragment de la Sourate IX, verset 5 : « Tuez les idolâtres partout où vous les trouverez, faites des prisonniers, assiégez-les et guettez-les à toute embuscade... »

 

Mais la Bible juive n’est pas mieux lotie : « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort : leur sang retombera sur eux. » (Lévitique, XX/13) Et pas plus l’Évangile chrétien, dans la bouche du « doux Jésus » : « Quant à mes ennemis, ces gens qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les devant moi. » (Luc, XIX/27)

 

Bref chacun doit balayer devant sa porte, et je suis tout à fait d’accord pour que tous ces passages soient comme dit le manifeste supprimés de livres si violents qui, s’ils paraissaient aujourd’hui, tomberaient automatiquement sous le coup de la Loi pour appel au meurtre.

 

Mais je ne me fais aucune illusion. On tient tellement à eux, qu’on dit être de Dieu, qu’on n’en retranchera rien. Et on va encore dire que ces passages doivent être contextualisés, qu’ils répondent à telle situation historique, et qu’il ne faut pas aujourd’hui les prendre dans un sens littéral. Là est le grand sophisme : je mets au défi quiconque de me trouver un sens non littéral, ou figuré, dans les passages que j’ai cités. En attendant, ils vont continuer à faire leurs ravages dans les esprits faibles, qui les prendront simplement pour ce qu’ils sont.

 

 

D.R.

 

***

 

Cet article est paru dans le journal Golias Hebdo. Pour lire d'autres articles comparables à celui-là, vous pouvez voir mon recueil : 

 

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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