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13 janvier 2022 4 13 /01 /janvier /2022 02:01

C

e mot est censé maintenant faire partie du domaine de l’art, mais je laisse mes lecteurs en juger au vu d’événements récents.

 

L’« artiste » français Abraham Poincheval a passé trois semaines à couver des œufs, enfermé dans une boîte en plexiglas au vu du public, au Palais de Tokyo à Paris. Pour son « premier travail avec du vivant », il a été récompensé de sa patience : un premier poussin vient d’éclore, lui confirmant qu’il avait lui aussi le pouvoir de « donner la vie ».

 

Il n’en est pas à sa première tentative : il a déjà passé huit jours dans un trou sous une pierre d’une tonne, deux semaines à l’intérieur d’un ours naturalisé, une semaine sur une plate-forme à 20 mètres au-dessus du sol devant la Gare de Lyon, traversé les Alpes-de-Haute-Provence en poussant un cylindre qui lui servait d’abri, et vécu à bord d’une bouteille géante (6 mètres de long) en remontant le Rhône (Source : LeParisien.fr., 18/04/2017).

 

Ces « exploits » relèvent du spectacle, du cirque ou du sport, ou bien de la téléréalité. Mais pourquoi parler d’« art » à leur propos ? Une posture, une mise en scène, même intentionnelles et voulant faire réfléchir, ne sont pas de l’art.

 

Ce qu’on appelle « art conceptuel » par exemple oublie qu’entre l’intention, le projet de l’œuvre, et sa réalisation il y a la médiation d’une activité spécifique, très souvent longuement et durement apprise, et la mise en œuvre d’un matériau qui lui est propre : l’art n’est pas la vie elle-même, crue et brute, il la représente ou l’évoque par des moyens techniques appropriés. Mais aujourd’hui ils ne sont pas à l’honneur, et on peut bien parler, comme le faisait Lévi-Strauss naguère, de « métier perdu ».

 

De là viennent les impostures de beaucoup de « performances », happenings, « installations » modernes : la nécessaire « digestion » de l’art, le fossé entre l’art et la vie n’y sont pas respectés.

 

Il a été ignoré aussi naguère au musée d’Orsay, le 29 mai 2014, par une « artiste » féministe luxembourgeoise qui s’est assise par terre, cuisses ouvertes, dévoilant son sexe, sous la toile de Courbet L’Origine du monde. Elle a été emmenée par la police, mais finalement elle a été relâchée, et le délit d’exhibitionnisme n’a pas été retenu contre elle. L’intéressant est ce qu’elle a déclaré : « Il s’agit d’une œuvre d’art, réfléchie depuis au moins huit ans. Ce n’est pas un acte impulsif, c’est mon regard d’artiste qui compte. » Elle voulait protester contre la censure machiste, la même qui en son temps a décrété obscène le tableau même de Courbet.

 

Je suis d’accord pour dire qu’elle s’est livrée à une manifestation, comme celles des Femen qui s’exposent seins nus pour défendre leurs idées. Mais cet acte est-il une « œuvre d’art » ? Et que penser de l’art contemporain, si des « artistes » de ce genre en font partie ?

 [v. Art (I), Art (II), Œuvre]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 11 mai 2017

 

D.R.

Voir aussi : 

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12 janvier 2022 3 12 /01 /janvier /2022 12:17

Je vous annonce la sortie, chez BoD, de mon ouvrage Quand parlent les images - Méditations photographiques. Pour voir sa présentation sur mon blog artistique, cliquer sur :

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11 janvier 2022 2 11 /01 /janvier /2022 02:01

U

n proverbe nous dit qu’elle n’est pas de ce monde. Pourtant son idéal ne cesse de nous hanter.

 

C’est à quoi vient de répondre un décret gouvernemental obligeant à signaler les retouches sur les photos publicitaires de mannequins. Elles proviennent très souvent d’un logiciel de traitement d’images, comme Photoshop, et font miroiter aux yeux des jeunes filles, par exemple, la possibilité de l’existence réelle d’un corps parfait, ce qui est faux. Voulant y atteindre, elles peuvent devenir anorexiques, et mettre en péril leur santé (source : Numerama.com, 01/10/2017).

 

Plusieurs réflexions viennent alors à l’esprit. D’abord on peut déplorer la dictature de l’appa­rence, du look sur les esprits. Si l’on n’est pas svelte, et conforme aux canons esthétiques en vigueur aujourd’hui, on est stigmatisé : il y a là un totalitarisme fascisant, qui exclut quiconque n’est pas dans le moule admis. On l’accuse d’en être coupable, alors que la génétique et l’environ­nement jouent là-dedans un grand rôle. Le surpoids, voire l’obésité, ne sont pas toujours imputables à 100% à ceux qui en souffrent.

 

Au reste, on notera que ces canons de la beauté ont varié, comme il se voit dans notre mot « embonpoint », qui signifiait à l’origine « en bonne santé », avant d’être maintenant dépréciatif. La peinture montre que la minceur féminine n’a pas toujours été un canon normatif : voyez les nus de Rubens par exemple.

 

En dernier lieu, le philosophe pourra faire remarquer que notre idéal de beauté, qui remonte à la Grèce antique, a toujours été précisément un idéal, sans aucun référent dans le monde réel. Les statues grecques sont terrifiantes d’irréalité, si l’on y songe : aucun corps réel n’y peut correspondre. J’ai été en Grèce deux ans, et je n’y ai jamais vu de « nez grec ».

 

Élie Faure déclarait l’art grec « monstrueux », précisément parce qu’il n’a jamais représenté de monstres – entendez : le démonique et la négativité inhérents à la vie, matérialisés par la laideur. Et Nietzsche soulignait : « Il y a entre l’art grec et la vie le même rapport qu’entre la vision du martyr et les souffrances qu’il endure. » Autrement dit la beauté académique est hors-vie, un simple rêve, et les Grecs eux-mêmes peuvent relever de notre « décret Photoshop » !

 

Article paru dans Golias Hebdo, 26 octobre 2017

 

D.R.

 

***

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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