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28 décembre 2021 2 28 /12 /décembre /2021 02:01

U

ne société allemande vient de mettre au point un GPS à l’usage des parents : c’est un petit boîtier qu’on glisse dans la poche de l’enfant, pour pouvoir le suivre à la trace. Quand il sort d’un périmètre défini, le parent reçoit un SMS d’alerte, et peut ainsi aviser.

 

Belle invention que ce GPS. Il s’agit d’enre­gis­trer tous les déplacements du rejeton, de savoir toujours où il est, en définitive d’être toujours avec lui. L’ambition d’omniscience rejoint celle d’ubiquité. Ces deux notions étaient autrefois l’apanage de Dieu : il sait tout et voit tout, et il est partout.

 

C’était une pédagogie de la peur : le regard de Dieu était comme celui d’une grande caméra de surveillance… Voyez aussi le panoptique de Bentham, où le surveillant de la prison avait vue, sans être vu lui-même, sur la cellule de chaque prisonnier. Vision totalitaire, dé­non­cée par William Blake avec son Nobodaddy (ce « Papa personne » inconnu de nous et nous sur­veillant à notre insu), et par Orwell, sous le nom de Grand Frère qui nous regarde : Big Brother is watching you !

 

Je sais bien que pour certains cyniques ce regard divin a une utilité sociale : une fois son existence intériorisée, il retient le bras du malfaiteur potentiel. Les dieux, selon le mot d’un tyran d’Athènes, ont été inventés pour punir les crimes secrets. Voltaire disait aussi que Dieu a été créé pour éviter que les domestiques n’égorgent leurs maîtres. Ce regard viendrait-il à disparaître, que l’anarchie s’installerait : ce serait le règne du « pas vu, pas pris ! ».

 

Mais si « Dieu te voit même quand tu es aux cabinets ! »,  il n’y a plus d’intimité personnelle. Je me souviens d’un mot d’une petite fille là-dessus : « Si Dieu voit tout, c’est indécent ! »

 

Bien sûr avec le boîtier GPS on pourra retrouver les malades désorientés, atteints d’Alzheimer par exemple. Mais je pense aussi au cas d’un conjoint jaloux : il pourra mettre l’ustensile dans la poche ou dans la voiture du compagnon, à l’insu de l’intéressé, pour, comme Dieu, tout voir de lui et tout en savoir.

 

Quand nous disons : « Dieu sait que… », ou : « Dieu seul le sait ! », nous pensons à son omniscience. Pourtant des hérétiques du 4e siècle, les Agnoètes, disaient qu’il ne connaissait pas tout, mais acquérait progressivement de nouvelles connaissances. Belle ici était leur prudence...

 

Au reste, la connaissance peut détruire un bonheur qu’il est seulement possible de vivre, comme il se voit dans la Genèse avec la prétendue « faute » de nos premiers parents : s’ouvrant à elle, ils en sortirent moins coupables que malheureux. Ou encore dans l’histoire grecque de Psyché, qui perdit celui qu’elle aimait, tout simplement pour l’avoir vu et connu. De même, à trop s’approcher du soleil, image de la clarté suprême, Icare fut précipité dans les flots, où il se noya. Nous devrions bien méditer de tels exemples. Pourquoi s’obstiner à tout connaître ?

 

Article paru dans Golias Hebdo, 1e octobre 2009

 

D.R.

***

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 16:52

Voici, mise sur mon blog artistique, la suite d'une série de méditations photographiques :

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26 décembre 2021 7 26 /12 /décembre /2021 02:01

L

es catholiques viennent de fêter la fête de la Sainte Famille, fixée au dimanche qui suit Noël. Il s’agit bien entendu de la famille de Jésus, qu’on nous invite à célébrer.

 

Pourtant, en ouvrant mon Évangile, j’y remarque le passage suivant : « Si quelqu’un vient à moi, et s’il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs,  il ne peut être mon disciple. » (Luc 14/26) Quel décalage, alors, entre ce refus radical de la famille bio­logique, et cette fête qu’on nous propose !

 

Ce texte me poursuit toujours, d’autant que le verbe haïr (en grec, miseîn) y figure, et qu’il ne sert à rien de vouloir l’atténuer.

 

De ma perplexité, cependant, m’a tiré la lecture de l’évangile selon Thomas. On y lit en effet, au logion 101 : « Celui qui ne récuse son père et sa mère comme moi ne pourra devenir mon disciple, et celui qui n’aime son Père et sa Mère comme moi ne pourra devenir mon disciple. Car ma mère m’a engendré, mais ma véritable Mère m’a donné la vie. »

 

Enfin un texte magnifiquement lumineux ! Pourquoi faut-il à la fois récuser père et mère, et les aimer ? C’est que, dans le premier cas, il s’agit des parents réels, dont nous avons tôt fait de voir, par la proximité même où nous sommes d’eux, les imperfections, les faiblesses. Et dans le second cas, il s’agit des parents idéaux, mythiques, archétypaux.

 

Ce sont des projections admiratives que nous faisons, enfants, sur nos parents, mais dont le souvenir peut nous accompagner toute notre vie, pour conjurer la déception que fatalement ils nous donnent dans le monde réel. Peut-être au fond nos parents ainsi idéalisés, projetés et attendus par notre psyché ne naissent-ils pleinement en nous que lorsqu’ils meurent...

 

Parfois ce sont le Parrain et la Marraine qui jouent dans la réalité ce rôle de Père divin et Mère divine, en anglais Godfather et Godmother. Pour les enfants qui ont la chance d’en avoir, ils peuvent correspondre à ce profond besoin psycho­logique de sécurisation, en tirant leur prestige de leur éloignement même. En dehors même de toute signification religieuse, je dirai que l’usage de donner ainsi des garants tutélaires à l’enfant qu’on baptise est bénéfique : sa vérité pour moi est son utilité.

 

Si donc Père et Mère idéaux sont les caryatides qui soutiennent l’enfant balcon, ils peuvent rester pour nous adultes des viatiques vivifiants : il est bien dommage que Luc n’en ait pas fait mention, et nous laisse sur un mot abrupt et tranchant qui peut désespérer.

 

Aussi, même si selon Jules Renard tout le monde dans la réalité n’a pas la chance d’être orphelin, tout le monde peut garder et chérir au fond de soi le souvenir de ses parents idéaux, qui constituent la vraie famille – spirituelle.

 

> Article paru dans Golias Hebdo, 15 janvier 2009

 

D.R.

Ce texte est repris dans le premier des deux tomes suivants. Cliquer sur Undefined pour commander le livre :

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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