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28 septembre 2024 6 28 /09 /septembre /2024 01:01

Un ancien article (2020)

 

Des jeunes collégiennes et lycéennes ont réclamé celle de s’habiller comme elles le veulent pour venir en classe (voir ici mon billet Imprudence).

 

Face à elles, le ministre de l’Éducation a dit qu’elles devaient porter une tenue « républicaine ». Mais la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes l’a contredit, en affirmant : « En France, chacun est libre de s’habiller comme il le veut. » (Source : nouvelobs.com, 22/09/2020)

 

Je suis absolument d’accord avec le premier, même si je ne sais pas très bien ce qu’est une tenue « républicaine ». Et je désapprouve totalement ce qu’a dit la seconde, dont l’opinion me semble ici totalement irréfléchie.

 

En effet, dans un pays policé au moins, nul n’est libre de s’habiller comme il le veut en n’importe quel endroit. Suis-je libre vraiment d’aller en short à un enterrement, ou à un entretien d’embauche ? Je rencontrerai inévitablement la réprobation dans le premier cas, et l’échec dans le second. Cette liberté qu’on voit réclamer ici est purement formelle, elle ne songe pas aux nécessaires présupposés de la tenue, qui doit être adaptée à tel ou tel lieu. Le maillot de bain est pertinent sur la plage, mais inapproprié ailleurs dans l’espace public, où il s’expose même à des sanctions.

 

S’agissant de l’école, ce n’est pas un lieu comme les autres. Elle doit être sanctuarisée, tenue à l’abri du vacarme social environnant. C’est un lieu où l’on va pour s’instruire, et non pas comme on le dit de façon démagogique un « lieu de vie ». La vie, son épanouissement ou son assujettissement, comme on voudra, c’est ailleurs qu’on les trouve.

 

Je serais assez pour qu’on retrouve à l’école l’usage de l’uniforme ou de la blouse, qui garantit l’égalité entre les élèves, en gommant leurs différences sociales, et empêchant la surenchère consommatrice ainsi que la soumission aux diktats de la mode, qui est une caricature de la liberté. Son mérite aussi serait de désexualiser les corps, pour éviter provocations vestimentaires et tentations qui ne sont pas toujours propices au désir d’apprendre. Je parle ici d’expérience, en tant qu’ancien professeur de l’enseignement public.

 

La liberté n’est pas la licence. Il faut la limiter dans des situations concrètes. Bien comprise, elle permet d’intégrer les frustrations et d’établir la paix civile. Nos jeunes filles revendicatrices vérifient ce que dit Montesquieu dans De l’esprit des lois : « On était libre avec les lois, on veut être libre contre elles. »

 

Tenue "républicaine" ! (D.R.)

 

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24 septembre 2024 2 24 /09 /septembre /2024 01:00

C

e petit reptile bien inoffensif n’a rien apparemment qui puisse inspirer de grandes pensées, et je ne pensais pas jusqu’à présent qu’il pourrait me mener à réfléchir sur un épisode évangélique.

 

Pourtant c’est ce qui s’est produit. Je viens de lire dans Wikipedia qu’une variété, le lézard basiliscus, peut courir sur l’eau sur de courtes distances, et que pour cette raison on l’appelle « Lézard Jésus-Christ ». À l’origine de cette capacité, la combinaison d’une vitesse de onze kilomètres par heure et de la forme de ses pattes qui lui permettent de créer des bulles d’air à la surface de l’eau et de s’appuyer dessus avant qu’elles éclatent. Pour qu’un être humain puisse faire la même chose, il faudrait qu’il coure à environ 110 kilomètres par heure et qu’il possède des muscles quinze fois plus puissants.

 

Peut-être Jésus était-il lui-même dans ce cas ? C’est la question qu’un littéraliste pourrait se poser. L’épisode de Matthieu 14/25-31 nous le montre marchant à la surface d’un lac. Laissant mon lézard, j’ai relu l’épisode. Et je me suis dit que le littéralisme ici ne menait pas très loin, sauf à exposer à la noyade ceux qui voudraient eux-mêmes faire l’expérience.

 

Cela s’est vu paraît-il sur une plage de Libreville où un jeune pasteur d’une église pentecôtiste s’est noyé en voulant marcher sur l’eau à l’image du Maître, selon plusieurs sites Internet qui ont relayé cette information mais dont je ne connais pas la fiabilité.

 

Mais peu importe ! Il me paraît bien étrange que le même Jésus qui refuse tout miracle dans sa Tentation au désert ait pu réellement ici en faire un. À l’évidence, le sens est symbolique. À Pierre qui s’élance vers lui, et qui a peur de se noyer, Jésus répond : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (v.31)

 

En effet ce qui cause nos noyades dans nos vies est le manque de confiance. Comme lorsqu’on perd un équilibre physique que l’on pourrait tenir naturellement, simplement par la pensée, par la peur de le perdre, l’intervention intempestive du mental qui parasite tous nos élans. Comme dit R-W. Fassbinder : « La peur dévore l’âme. »

 

Brave lézard, qui m’a mené à une conclusion essentielle : c’est de la peur qu’il faut avoir peur, et non d’autre chose !

 

[v. Confiance]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 15 mars 2018

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

 

 

 

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22 septembre 2024 7 22 /09 /septembre /2024 01:00

Un ancien article (2014)

 

E

lle sauve l’âme, c’est le seul recours quand tout semble perdu. Souvenons-nous de ce que disait Montesquieu : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé. »

 

Elle seule peut nous montrer qu’existe autre chose que ce que nous connaissons, fussions-nous au fond du malheur. Capitale aussi est la possibilité d’écrire ce que l’on sent, car elle permet de s’en délivrer par la verbalisation clarifiée, la prise de conscience consécutive à l’objectivation ainsi permise, et aussi parfois par le simple pouvoir cathartique de la mise en mots.

 

Aussi le pire crime est, me semble-t-il, d’inter­dire la possibilité de ces deux remèdes à quelqu’un, quel qu’il soit.

 

C’est pourtant ce que vient de faire le ministère de la justice britannique, qui a décidé d’inter­dire l’envoi de livres, de magazines, de papier et de timbres aux détenus. Chris Grayling, le secrétaire d’État, a cru bon d’expliquer qu’il s’agissait de soumettre les prisonniers à des « conditions plus spartiates », afin d’accélérer leur « réhabilitation » (Source : Marianne, 6/06/2014)

 

On reste rêveur devant une telle mesure. Prétendre « réhabiliter » des prisonniers par une telle interdiction est une ineptie. C’est bien plutôt le contraire qui se produira : coupés de la lecture et de l’écriture, comment pourront-ils se reconstruire ? Se mettre à distance des « démons » qui peuvent encore les habiter, sans le secours de la médiation des mots ? Ne resteront que les instincts bruts, et les fameuses « conditions plus spartiates » les enfermeront dans l’animalité, car elles procèdent elles-mêmes de la plus grande barbarie. [v. Cruauté]

 

N’oublions pas, en effet, que s’il y a une barbarie brute, il y a aussi une barbarie thérapeutique et médicale, comme on le voit à la fin d’Orange mécanique, le roman de Burgess et le film de Kubrick : le traitement de déconditionnement subi par Alex n’a rien à envier en sauvagerie à celle de ses actions passées.

 

La justice a pouvoir sur les corps, mais jusqu’ici, heureusement, elle pouvait respecter les âmes : on pouvait être libre derrière les barreaux, en lisant ou en écrivant. Mais ici le cas change. On pourrait lui adapter une phrase de l’évangile, en changeant son contexte : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. » (Matthieu 10/28)

 

Article paru dans Golias Hebdo, 3 juillet 2014

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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