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15 décembre 2024 7 15 /12 /décembre /2024 02:00

L

a Poste a refusé d’éditer dans le Doubs un timbre commémoratif représentant L’Ori­gine du monde de Courbet, au motif que l’œuvre « pouvait heurter la sensibilité des enfants » (Source : A.F.P., 31/01/2014).

 

Je ne vois pas ce que les « enfants » viennent faire là-dedans. Ce sont plutôt certains adultes qui sont mal à l’aise devant un tableau de ce type, et qui y voient une offense aux bonnes mœurs. En quoi c’est d’eux-mêmes qu’ils parlent, et non du tableau.

 

Rien de plus beau que le sexe d’une femme, notre Origine. Je sais bien que même certaines d’entre elles disent qu’il y a à le représenter quel­que chose de dégradant ou d’avilissant. Mais elles ne font que montrer leurs propres frustrations, la façon dévalorisante dont elles-mêmes considèrent leur propre corps. Heureusement que toutes ne sont pas dans ce cas. [v. Œuvre]

 

Sans doute est-ce là, aussi bien dans le cas des hommes que des femmes, le fruit d’une éducation millénaire culpabilisant le corps et la sexualité, où a pu mener le christianisme. Pourtant on devrait bien savoir que selon le Texte dont se réclame ce dernier c’est dans l’œil, dans le regard qu’est l’impureté, et non dans l’objet qui se présente à lui. Jésus le dit bien dans l’Évangile : c’est ce qui sort de nous qui nous souille, non ce qui y entre – ainsi notre façon de regarder, non ce que nous regardons.

 

On objectera à propos du tableau de Courbet le réalisme de la figuration. Mais c’est ce refus du mensonge lui-même qui magnifie la femme. Ce qui est obscène et hypocrite au contraire, ce sont les peintres qui estompent les nudités, qui les dissimulent par le mensonge du voilement (le voile ment !) pour faire passer une peinture qui très sournoisement « vise bas » : les académiques, comme Cabanel par exemple dans sa Naissance de Vénus : l’alibi mythologique et le flou pubien donnent bonne conscience aux voyeurs friands de scènes « sexy ». Cette dissimulation du réel caractérise même le kitsch. (*)

 

À l’inverse, tout comme Courbet, Egon Schiele par exemple a peint les pilosités, et là réside la vérité de son œuvre. Non une nuda veritas (vérité nue), mais une vera nuditas (vraie nudité).

 

Enfin je trouve bien bizarre qu’on refuse ce qui touche au sexe en le déclarant pornographi­que, et qu’on admette à satiété la violence belliqueuse : les scènes de guerre, de massacres, de sang versé, etc., dont toutes nos représentations sont remplies, que ce soit dans les séries télé ou les jeux vidéo. C’est bien cela à mon avis qui devrait choquer les enfants.

 

Mais on préfère faire d’eux de futurs assassins ou victimes glorifiés dans la « boucherie héroïque » des combats, que leur montrer d’où ils viennent, d’où ils tirent la vie.

Article paru dans Golias Hebdo, 13 février 2014

 


(*) Voir mon livre Le Kitsch - Une énigme esthétique, BoD, 2020 (lien).

 

D.R.

***

 

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

 

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13 décembre 2024 5 13 /12 /décembre /2024 02:00

Par analogie avec celle survenant chez l’homme, due à une fausse perception, on utilise ce mot dans le domaine de l’intelligence artificielle pour caractériser une réponse fausse qui est présentée comme un fait certain. On en trouvera des illustrations dans l’article de Wikipedia qui lui est consacré.

 

J’ai eu le désir que vérifier le phénomène sur ChatGPT, en lui demandant quelle était la philosophie qui se dégageait de mes propres ouvrages, et de quel autre écrivain le programme jugeait que j’étais proche. Eh bien, cela n’a pas tardé : très vite je me suis vu affublé de titres de livres que je n’avais pas écrits, et de noms de personnalités œuvrant dans un domaine qui n’est absolument pas le mien. J’ai vu là un déluge d’hallucinations.

 

Un instant j’ai pu penser que mes requêtes n’étaient pas assez explicites, et que la responsabilité du phénomène m’incombait. Mais je me suis vite rendu à l’évidence, et j’ai vu que selon Wikipedia dès 2023 les analystes ont considéré les hallucinations comme un problème majeur de ces technologies, un dirigeant de Google identifiant leur réduction comme une tâche « fondamentale ». En fait l’IA ne cherche pas la vérité des choses, mais leur probabilité et leur plausibilité. Comme elle est conçue pour être persuasive par la vraisemblance de ses productions, et non pas véridique, ses résultats peuvent sembler très réalistes, mais inclure des affirmations erronées.

 

Dès lors, on ne peut qu’être très prudent quant à la confiance qu’on lui accorde. Indubitablement très utile dans certains domaines, elle est dangereuse dans d’autres, spécialement ceux pour qui est indispensable la caution du réel et des faits.

 

D’autre part, pour prendre l’exemple de mon propre domaine, celui de la littérature, l’IA ne peut produire que des pastiches ou des plagiats d’œuvres antérieures qu’elle a en mémoire, car elle ne regarde que vers le passé, le déjà connu, et non le nouveau, toujours non prédictible. Elle ne comprend pas ce qu’elle énonce, et de la pensée elle ignore la chair vivante, elle n’en montre que la réduction statistique, les os, le squelette, se contentant de généralités abstraites, finalement « passe-partout ». Les étudiants qui l’utilisent pour faire une dissertation présentent un texte sans exemples, qui pourtant sont l’essentiel et le plus personnel. Il y a bien sûr ses thuriféraires, tel Elon Musk : « Un nouveau monde ! Adieu les devoirs ! » Mais ce sont les nouveaux incultes.

 

Voir aussi : Cyber-Jésus.

 

 

D.R.

 

 

Voici la réponse que le programme d'IA Perplexity AI a faite à une demande concernant cet article (communiquée par mon ami Michel Jas, que je remercie) :

 

Réponse

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11 décembre 2024 3 11 /12 /décembre /2024 01:00

C’

est aux yeux de tous une grave pathologie, s’opposant à l’état de normalité. Mais cette rassurante opposition m’a quitté, quand j’ai lu un intéressant article émanant de médecins américains selon lequel les grandes figures du monothéisme ont souffert de pathologies mentales (Source : Slate.fr, 30/03/2016).

 

Elles illustreraient parfaitement la phrase du psychiatre Thomas Szasz : « Si vous parlez à Dieu, vous êtes religieux. Si Dieu vous parle, vous êtes psychotique. »

 

Ainsi d’après l’article en question Abraham incarna-t-il le premier un cas de psychose, manifestée par des hallucinations, à commencer par celle, auditive, qui lui enjoignit de sacrifier son fils à Dieu, délire mystique qui le mena à tenter un passage à l’acte.

 

Moïse souffrit lui aussi de psychose hallucinatoire chronique, manifestée par exemple dans l’épi­sode du Buisson ardent. À quoi s’est ajouté un symptôme dit de graphorrhée ou d’impulsivité irrésistible à écrire, visible dans l’épisode des Dix Commandements.

 

Jésus fut, lui, un bipolaire oscillant entre phases d’exaltation maniaque et phases dépressives, voire mélancoliques, ces dernières accompagnant son choix final d’une mort volontaire, sorte de suicide par procuration, nécessitant pour s’accomplir l’intervention miséricordieuse de Judas.

 

Paul, lui, fut un hystérique, dont le trouble de conversion ressemble fort à une crise d’épilepsie.

 

Pour Mahomet, les auteurs de l’article vont jusqu’à évoquer l’hypothèse d’une tumeur cérébrale.

 

 

... Que penser de tout cela ? On pourrait y voir une démystification voltairienne et ricanante de tous ces grands fondateurs, qui auraient pu être guéris par des antidépresseurs ou des électrochocs. Ces insolites comparaisons ne sont pas farfelues. On sait par exemple que l’épilepsie était déjà pour les anciens Grecs et Romains une maladie « sacrée », manifestation en l’homme de la présence divine.

 

Mais je préfère y voir un encouragement donné aux vrais malades, une réhabilitation qui leur est donnée par l’exemple de ces grandes figures, à l’image desquelles ils peuvent se considérer eux-mêmes.

 

Artistes et écrivains se reconnaîtront aussi dans le trouble bipolaire : c’est un fait bien connu que l’exaltation maniaque, si elle est ordinairement dangereuse, favorise aussi bel et bien la créativité.

 

Ainsi, sans aller jusqu’à dire, comme le Knock de Jules Romains, que tout bien portant est un malade qui s’ignore, je dirai que les linéaments de toutes ces maladies sont déjà en nous-mêmes, et qu’entre elles et nous il n’y a pas une différence de nature, mais de degré.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 14 avril 2016

 

#Religion. #Pathologie. #Normalité.
D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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