Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
10 juillet 2024 3 10 /07 /juillet /2024 01:01

E

n tout, comme dit le proverbe, il est un défaut. On le voit bien, par exemple, dans les précautions frisant la paranoïa que prennent les professeurs des écoles, pour se prémunir des accusations de pédophilie.

 

« Les plus petits, dit l’un d’eux, veulent toujours nous faire des bisous le matin. J’esquive en leur apprenant à dire bonjour comme des grands. »

 

Tel autre laisse exprès la porte ouverte de sa classe, de façon à pouvoir être vu de tous, s’il lui arrive d’avoir à parler en tête-à-tête avec un élève.

 

Finalement, dit un directeur d’école, « dans ce climat de suspicion générale, il faut bien qu’on se protège. Heureusement, nous pouvons compter sur le personnel féminin. Quand un gamin se fait un bobo dans la cour et qu’il faut lui baisser le pantalon pour lui mettre un pansement, on envoie une femme. » (Source : 20 minutes, 4/5/2015, p.6)

 

Cette dernière remarque est bizarre, car il y a bien des cas, auxquels on ne pense jamais, de pédophilie féminine. Mais quoi qu’il en soit, on voit à quels excès mène un principe de précaution mal négocié.

 

On sait pourtant que le mieux est l’ennemi du bien. De la même façon un proverbe latin dit que la pire corruption est celle du meilleur – Corrup­tio optimi pessima. Ainsi la judiciarisation généralisée des comportements, qui nous vient des États-Unis d’Amérique, mène à une absurde paralysie. Il faudra bientôt raser les murs en ville, et baisser les yeux quand on croise une femme, pour ne pas être accusé de harcèlement sexuel. Ou bien ne pas prendre un ascenseur seul avec elle. Ou encore se garder de caresser la tête d’un enfant dans un jardin public, de peur d’être accusé de pédophilie. Cela passe toute mesure.

 

Par un étrange paradoxe, plus on parlera des affaires de pédophilie, plus on en signalera, avec évidemment le risque d’une fausse accusation. Car on sait aussi que certains enfants sont fabulateurs, et répètent ce qu’ils entendent dire autour d’eux. Le film d’André Cayatte Les Risques du métier, sorti en 1967, montre un instituteur broyé par les accusations mensongères de ses élèves. La bonne foi des enfants n’est pas en question. Mais que pèse la réalité des faits à côté d’une rumeur collective ?

 

Article paru dans Golias Hebdo, 28 mai 2015

 

D.R.

 

 

Partager cet article
Repost0
7 juillet 2024 7 07 /07 /juillet /2024 23:01

 

U

ne entreprise états-unienne vient de mettre au point un dispositif qui permet à chacun de devenir éternel une fois mort, grâce à un code-barres collé sur la tombe, lisible par smartphone ou tablette.

 

Il suffit à la famille d’envoyer par Internet photos, vidéo, textes, musique, etc. associés au défunt, qui sont organisés sur un site sécurisé. Elle reçoit une petite plaque de bronze contenant le code à coller sur la tombe, avec un adhésif qui résiste à toutes les intempéries. La consultation des données est protégeable par mot de passe. Le prix de cette éternité numérique (accès illimité à vie), est de 149,99 dollars. L’initiative rencontre un énorme succès (Source : A.F.P, 26/06/2013).

 

Je pense d’abord qu’il est préférable d’aimer les gens quand ils sont vivants, que de leur élever un tel mémorial une fois morts. « Il nous faut nous aimer sur terre, il nous faut nous aimer vivants », disait Paul Fort. L’Évangile lui-même ne dit-il pas : « Laissez les morts enterrer les morts » (Matthieu 8/22, Luc 9/60) ?

 

D’autre part, on va sur une tombe pour se recueillir librement, écouter ce que dit son cœur, son imagination, sa rêverie même, et non pas pour prendre connaissance d’un dossier explicatif empêchant toute liberté, un peu analogue à ces légendes didactiques (cartels) mises sous les œuvres dans un musée, qui empêchent d’y voir ce que l’on veut, et tyrannisent par leur directivité.

 

Bien sûr il est très important de se souvenir. Victor Hugo l’a bien dit : « Le vrai tombeau des morts c’est le cœur des vivants ». Les morts ne meurent pas quand ils descendent dans la tombe, mais quand ils descendent dans l’oubli.

 

Mais comme le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, qui nous dit que nous serons d’accord ici avec ce qui nous est unilatéralement proposé ? Qui sait ce qu’on retient d’une personne ? Cela varie tellement, selon les subjectivités, les tempéraments individuels, la météorologie même de l’âme, si changeante au fil des jours !

 

La mémoire que nous gardons d’un être n’est pas factuelle, mais, comme l’a montré Proust, affective. Le surgissement des souvenirs, la direction vers laquelle ils orientent la méditation, n’est ni prévisible ni programmable. La précision même est meurtrière, car l’imaginaire se nourrit d’ab­sence. Rêvons donc à « l’inflexion des voix chères qui se sont tues ». Car c’est pour s’être tues précisément qu’elles nous sont chères. À quoi sert de les réécouter, sauf à risquer de détruire l’image intérieure que nous en avons ?

 

Le dossier transmis par la famille sera non l’aliment d’une survie, mais, par le choix, la sélection opérés, le viol d’une vie, qui excède toute détermination. Et comme le défunt ne sera plus là pour se défendre, il sera manipulé post mortem. Finalement, cette éternité promise est un mirage, qui ne séduira que les analphabètes du cœur. 

Article paru dans Golias Hebdo, 4 juillet 2013

 

 

Eternite--illustration.jpg

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
6 juillet 2024 6 06 /07 /juillet /2024 01:01

C’

est un mot qui fleurit aujourd’hui, et spécialement sur le Web. Mais prenons garde que qui dit « enchère » dit « surenchère », et que la course au profit toujours plus grand peut ne pas avoir de limites, toute borne morale étant allègrement franchie.

 

Par exemple une jeune Brésilienne de vingt ans a mis aux enchères, sur Internet, sa virginité : les personnes intéressées peuvent enchérir pour remporter le gros lot et la déflorer (Source : 20 minutes.fr, 5/10/2012). Pourtant, le droit chez nous affirme ici l’indisponibilité du corps : on ne peut vendre son sang, un de ses organes, ou porter un enfant pour une autre, etc.

 

Je sais bien qu’il n’en est pas de même ailleurs. Mais je crains bien que la personne qui fait commerce d’une quelconque atteinte à son intégrité physique, et ici le cas de la virginité a une très forte connotation symbolique, ne se manque proprement de respect, et ne se considère elle-même que comme un « tas de viande », pour reprendre l’expression de Huxley dans son roman dystopique et prémonitoire Le Meilleur des mondes.

 

 

Autre exemple : un moyen via Internet, pour les femmes, de gagner de l’argent en vendant leur culotte. Telle femme s’en occupe elle-même sur son blog et gagne 300 euros par mois. Un site même a été créé à cette fin, lancé en février 2011 (source : L’Express.fr, 10/10/2012).

 

Je sais bien que les petites culottes déjà portées peuvent, pour attirer certains fétichistes, répandre érotiquement des odeurs. Ainsi en est-il au Japon du fétichisme des sous-vêtements, qui se nomme burusera. Mais, pour reprendre le mot de Vespasien, l’ar­gent, lui, n’en a pas. Et c’est bien uniquement de lui qu’il s’agit. Quelle image d’elle se fait une femme en vendant au plus offrant et à n’importe qui  ce qui est bien, quoi qu’elle en pense, une par­tie de son intimité ?

 

Une fois perdus transcendance, âme, mystère de l’être, celui-ci devient selon le mot de Marcuse, unidimensionnel. Il n’est plus qu’une chose, un objet de commerce.

 

« Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon », dit pourtant l’Évangile (Matthieu 6/24 ; Luc 16/13) Cette réification aujourd’hui envahissante nous amène à « vivre et penser comme des porcs », selon le titre de l’essai de Gilles Châtelet.

 

Et même si on ne croit pas en Dieu, il peut en rester en nous, devant tant de dégoût, une nostalgie révoltée.

 

[v. Amoralité]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 25 octobre 2012

 

D.R.

***

Ce texte est extrait de mon dernier recueil d'articles Petite philosophie de l'Insolite. L'ouvrage est disponible en deux formats, papier et livre électronique (E-Book). On peut en feuilleter le début en cliquant ci-dessous sur : Lire un extrait. On peut le commander sur le site de l'éditeur en cliquant sur : Vers la librairie BoD. Il est aussi disponible sur commande en librairie et sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages