Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
28 juillet 2024 7 28 /07 /juillet /2024 01:01

Ce mot récent (2008) désigne en général une xénophobie fondée sur le mépris de la langue d’autrui, et en particulier une forme de discrimination basée sur certains accents régionaux. Pour cette dernière acception le cas d’école est celui de notre nouveau Premier ministre, qui a suscité tant de railleries à cause de son accent du Sud-Ouest qu’une proposition de loi pour lutter contre ce type d’exclusions a été examinée le 18 novembre dernier à l’Assemblée nationale. Pour le rapporteur, un député de l’Hérault, l’accent ne doit pas être un critère de discrimination, au même titre que la religion ou l’orientation sexuelle, l’exclusion par l’accent mettant en péril la cohésion de la société. (Source : francetvinfo.fr, 18/11/2020)

 

Selon un sondage IFOP paru en janvier 2020, 16% des Français disent avoir été victimes de discriminations à cause de leurs accents. Beaucoup en font des complexes, et certains en ont été très pénalisés, par exemple à l’occasion d’un entretien d’embauche. Il ne faut pas minorer ce problème : les blessures narcissiques et les dommages sociaux qui peuvent en provenir sont très grands.

 

Personnellement je collabore depuis une quinzaine d’années à une radio montpelliéraine, FM Plus. Une lettre d’auditeur m’est parvenue, disant que mes émissions seraient dignes de France Culture, s’il n’y avait pas mon accent du Midi ! – Les lecteurs de Golias Hebdo peuvent d’ailleurs s’en faire une idée en écoutant les podcasts proposés sur le site de cette radio.

 

C’est un fait qu’il y a chez nous un centralisme parisien, linguistique et administratif. Nous le devons à l’héritage jacobin de notre Révolution, mais ce centralisme a déjà été préparé par Louis XIV. Il n’est bon bec que de Paris : qui ne parle pas comme à Paris est un tantinet ridicule, et son accent obère toujours a priori la qualité de ce qu’il dit. Combien de fois peut-on surprendre un léger sourire dans le public assistant à une conférence, si l’orateur a un accent !

 

Pourtant, face à ceux qui « parlent pointu », comme on dit chez moi, je garderai mon accent. Mieux, je le revendiquerai, car lui seul peut permettre de bien prononcer les vers. Qu’un Parisien s’avise de dire Booz endormi de Victor Hugo :

 

« Vêtu d’probité candid’ et d’lin blanc... »

 

Que reste-t-il de l'alexandrin ? Et de la poésie ? Le respect de la langue ici est de mon côté, et je ne vois pas mieux pour faire échec à la condescendance parisienne.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 17 décembre 2020

 

 

D.R.

 

Partager cet article
Repost0
26 juillet 2024 5 26 /07 /juillet /2024 01:00

A

u dernier Festival du mot, qui s’est tenu à La Charité-sur-Loire du 30 mai au 3 juin 2012, sous la présidence d’Alain Rey, le jury a choisi comme mot de l’année le terme anglais twitter, qui signifie : gazouiller.

 

C’est, nous dit le site de ce Festival, « un nouveau modèle de communication qui favorise la brièveté (140 signes maximum), la rapidité (on dit peu, mais on dit vite), et le partage ». Le site ajoute, avec euphémisme et mansuétude : « Si cette technologie ne favorise pas forcément la subtilité ou la nuance, elle valorise l’émetteur qui a parfois plus d’importance que le message qu’il délivre ! En ‘gazouillant’ (en anglais, les ‘tweets’ sont des gazouillis…), je peux chuchoter et murmurer pour rappeler que j’existe et que je peux même produire du ‘buzz’… »

 

La décision de choisir ce mot est un signe de l’état actuel des esprits. Peu importe ce qu’on a à dire, l’essentiel est de dire quelque chose, et de le transmettre aussitôt par Internet. Déjà Mac Luhan avait dit, parlant des modes modernes de communication : « Le message, c’est le medium. » En fait, cet envoi bref d’informations sans conséquence aucune (je vous dis simplement ce que je suis en train de faire en ce moment précis, etc.) reflète l’insignifiance dans laquelle nous baignons. [v. Conversation]

 

Cette « parlerie », pour reprendre le mot de Heidegger dans L’Être et le Temps, est de l’émis­sion verbale automatique : on parle pour peupler le vide, sans réfléchir, comme un tireur qui userait de son arme au hasard, à l’aveugle, sans viser. La scolastique appelait cela « souffle de la voix » (flatus vocis).

 

On connaît la superficialité du Buzz : ce comportement moutonnier confond notoriété et substance. Aujourd’hui, selon le mot d’Andy Warhol, chacun peut avoir son quart d’heure de célébrité. Mais c’est vraiment à peu de frais, et on oublie que quand tout peut arriver, rien n’est intéressant.

 

Alain Rey, à France Inter (27 mai, 13 H 30), a évoqué comme tweets les formes brèves du haïku. Il a même fait appel, comme exemple comparable, à la phrase de Descartes : « Je pense donc je suis. »

 

A-t-il fait preuve d’humour ? Dans le cas contraire, c’est se moquer du monde, et confondre forme et contenu, car dans ces deux exemples travail et méditation, souvent très longs, précèdent l’expression, même si cette dernière est très laconique. Aujourd’hui au contraire on ne pense pas, donc on est.[1]

 

Fuyons ce monde dérisoire, où l’on n’est pas grand-chose, ou moins que rien, ou rien du tout...

 

Article paru dans Golias Hebdo, 14 juin 2012

 

[1] Voir mon ouvrage L’Art du peu – Haïkus, BoD, 2020.

 

D.R.

 

Partager cet article
Repost0
24 juillet 2024 3 24 /07 /juillet /2024 01:01

C’est un lieu magique, plein de poésie, où l’on va souvent bien sûr prendre son train, mais tout aussi bien parfois simplement regarder arriver et partir les trains, observer la foule, rêver sur le destin des gens qui stationnent ou passent. C’est dans les gares que se font les moments cruciaux de nos vies : ruptures, retrouvailles, ont les quais pour décors. Que de larmes y coulent, de chagrin et de joie ! Impérissables instants ! Attention par exemple à ces amoureux-là, perdus l’un dans l’autre : Qui trop embrasse manque le train...

 

Pour certains rêveurs, cette contemplation suffit. Un voyage imaginé, à la suite du seul départ observé d’un train, est peut-être supérieur en intensité à un voyage réellement effectué. Dans À Rebours de Huysmans, le héros Des Esseintes projette de se rendre à Londres. Mais la seule ambiance déjà anglaise d’une brasserie proche de la gare lui suffit, et aussitôt après il rentre chez lui. « À quoi bon bouger, quand on peut voyager si magnifiquement sur une chaise ? N’était-il pas à Londres dont les senteurs, dont l’atmosphère, dont les habitants, dont les pâtures, dont les ustensiles, l’environnaient ? Que pouvait-il donc espérer, sinon de nouvelles désillusions... ? » (Chapitre XI)

 

Le même choix d’un voyage imaginaire supérieur à tout réel se trouve dans un petit poème en prose de Baudelaire, intitulé « Les Projets » (n° xxiv). En voici la fin : « Pourquoi contrain­dre mon corps à changer de place, puisque mon âme voyage si lestement ? Et à quoi bon exécuter des projets, puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante ? »

 

... Mais tout cela va maintenant changer. La SNCF, comme elle l’a déjà fait à Saint-Lazare et le prépare à Austerlitz et à Montparnasse, vient de livrer aux convoitises du privé la Gare du Nord. On va y installer 20 000 mètres carrés de surfaces commerciales. Pour prendre le train, il faudra d’abord grimper vers le hall des départs situé au-dessus des voies et cerné de boutiques, avant de pouvoir redescendre sur les quais. Autrement dit la marchandisation de cet espace autrefois magique va l’adultérer tout à fait : la consommation va devenir un passage obligé. Foin des rêveurs désormais ! Et place aux acheteurs ! (Source : Télérama, 11/09/19, p.13)

 

Quelques architectes de renom ont dénoncé cet assassinat, dans une Tribune du Monde du 4 septembre dernier. Mais évidemment on ne les écoutera pas, en un monde où l’argent est roi. Il suffit de voir comment les entrées de toutes nos villes sont avilies par l’injonction consommatrice des panneaux publicitaires, l’étalage des grandes surfaces, magasins et entrepôts divers. Peut-on imaginer pour le voyageur un accueil plus hideux ?

 

Faudra-t-il désormais pour rêver aller sur une île déserte ? Mais il n’y en a plus...

 

Article paru dans Golias Hebdo3 octobre 2019

 

 

D.R.

 

***

 

Pour voir l'ensemble de mes livres sur le site de mon éditeur BoD, en lire un extrait, les acheter, cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages