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24 juin 2024 1 24 /06 /juin /2024 01:01

O

n ne s’ennuie pas à lire la presse. Samedi dernier, lors de la Feria de Pampelune, quelque 150 personnes ont participé au grand concours du plus long lancer de noyaux d’olives.

 

Organisé depuis 2006, il a été remporté pour la première fois par un étranger, l’Australien Matt Davis, qui a propulsé son noyau à 16,36 mètres, soit l’équivalent de la longueur de quatre voitures. Il est recommandé aux personnes portant des dentiers de bien les fixer avant de lancer. Un conseil qui n’est pas anodin : par le passé, deux personnes âgées avaient lancé leur dentier en même temps que les noyaux, selon les organisateurs (Source : Le Progrès.fr, 13/07/2011).

 

Il semble que les hommes ne mettent aucune borne à leur imagination pour se divertir, c’est-à-dire littéralement se détourner (latin divertere) d’eux-mêmes. « L’homme est si vain, disait Pascal, qu’étant plein de mille causes essentielles d’ennui, la moindre chose, comme un billard ou une balle qu’il pousse, suffit pour le divertir. » Et on connaît la réflexion du même moraliste : « Tout le malheur de l’homme vient de ce qu’il ne sait pas demeurer en repos dans une chambre. »

 

Seul face à lui-même, l’homme peut se mesurer, jauger et juger. Peut-être alors s’ouvrira-t-il à une autre dimension, qu’on appelle la Transcendance ? L’homme passe infiniment l’homme, et qui ne meurt de n’être qu’un homme ne sera jamais qu’un homme. Mais non : voilà maintenant qu’il court au devant de l’oubli, et qu’il joint avec constance le futile à l’agréable.

 

La liste de ces manifestations cocasses est sans fin.

 

À Vals, en Ardèche, a lieu en juillet un championnat de lancer de pantoufles et de lancer de bérets, patronné par le Lion’s Club.

 

En Dordogne, se déroule de mai à octobre le championnat de France du lancer de slip, organisé par la Fédération française du lancer de slip (Source : La Dépêche, 15/05/2019).

 

À Trie-sur-Baïse, dans les Hautes-Pyrénées, le deuxième dimanche d’août, a lieu le championnat de France d’imitation du cri du cochon.

 

Ce dernier village est célèbre aussi par son championnat de France du plus gros mangeur de boudin, où une dame en vacances a déclaré : « Je fais ça parce que je ne suis pas connue. Je ne sais pas si j’aime le boudin, enfin je vais voir. » (Source : La Dépêche, 07/08/1999) Pour sa seule notoriété, l’homme veut-il maintenant régresser au cochon ? Eh bien, qu’il le fasse !

 

– Toute cette futilité permet de relativiser beaucoup de choses. Au fond, le sage avait bien raison : « Vanité des vanités, tout n’est que vanité. » (Ecclésiaste, 1/2). [v. Mini-Miss, Stupidité (II)]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 28 juillet 2011

 

Un exemple de divertissement (D.R.)

 

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Ce texte est extrait de mon dernier recueil d'articles Petite philosophie de l'Insolite. L'ouvrage est disponible en deux formats, papier et livre électronique (E-Book). On peut en feuilleter le début en cliquant ci-dessous sur : Lire un extrait. On peut le commander sur le site de l'éditeur en cliquant sur : Vers la librairie BoD. Il est aussi disponible sur commande en librairie et sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

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Enfin n'hésitez pas à visiter mon blog artistique, pour voir des photos, des vidéos, des textes littéraires et poétiques :

 

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23 juin 2024 7 23 /06 /juin /2024 17:00

A voir ce soir, sur France 2, le film Sage Femme. Voici un ancien article paru dans le journal Golias Hebdo, où je présente mes réflexions à son propos :

 

Je viens de voir le dernier film de Martin Provost, Sage femme, et je l’ai beaucoup aimé. L’héroïne incarnée par Catherine Frot est bien de son métier sage-femme, mais comme on le voit dès le générique initial, le trait d’union disparaît et le titre devient effectivement : Sage Femme – ce qui montre que le sujet du film va être son acheminement vers une sagesse. Sa réconciliation avec la vie va être progressive : de réservée au début, elle va s’immerger finalement dans le grand flux de l’existence, au contact de la femme fantasque incarnée par Catherine Deneuve. La mort de la seconde va donner la vie à la première, par une sorte de chiasme intéressant.

 

Ce qui m’a plu surtout est le contenu de cette sagesse enfin trouvée. En effet on voit bien que la sage-femme exerce son métier de façon traditionnelle : étant dans le soin, ou le care comme on dit aujourd’hui, elle est pleine d’empathie pour ses patientes, et les assiste avec le plus d’humanité possible. Mais on voit aussi dans le film, dont le côté social est très important et souvent passé sous silence (par exemple dans la critique de Télérama) que tout cela change aujourd’hui. Les petites maternités ferment, au prétexte qu’elles ne sont pas rentables, et les remplacent de grandes structures, des « usines à bébés », qui jouent tout sur la technique, et n’ont que faire du contact humain. On est bien dans ce René Guénon appelait « le règne de la quantité et les signes des temps ». Aussi notre héroïne décide-t-elle de se mettre en congé de ce monde déshumanisé. Un temps elle songe à fonder une « école » où serait enseigné ce qu’elle a reçu elle-même. De toute façon, et c’est la grande leçon de ce film, seule compte désormais, comme elle le dit, la « transmission ».

 

J’ai senti là beaucoup d’échos personnels. Quelques années avant que je prenne ma retraite de professeur, j’ai remarqué que l’attitude seulement consumériste et utilitaire se répandait chez mes étudiants. Face à cette déshumanisation, reste donc la transmission de ce qu’on sait et à quoi l’on a cru à certains, sans doute bien rares aujourd’hui, qui en sont demandeurs. Protégeons de nos mains cette petite bougie, pour éviter qu’elle ne s’éteigne au grand vent de la barbarie consumériste et technicienne.

 

D.R.

D.R.

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20 juin 2024 4 20 /06 /juin /2024 01:01

Un ancien article, encore actuel vu la situation d'aujourd'hui (Euro de foot)

 

Quiconque réfléchit doit voir la totale disproportion qu’il y a entre la célébration hyperbolique de la victoire des Bleus lors de la dernière coupe du monde de foot, et la réalité sociale de notre pays. Seul un Philippe Poutou a eu le courage de la remarquer, en disant après la qualification de la France pour la finale : « C’est donc ça, le tous ensemble et le vivre ensemble ? Juste une place en finale ? Le temps d’oublier nos malheurs comme si ça pouvait les effacer ? Et puis tout reviendra à la normale, tout le monde reprendra sa place ? N’est-ce pas artificiel et manipulateur quelque part ? » (Source : lematin.ch, 12/07/2018)

 

Mal lui en a pris d’ailleurs, puisqu’il a subi aussitôt sur les réseaux sociaux un tas d’insultes, allant de « grincheux » à « mauvais français ». Quant à moi, je souscris entièrement à sa formulation, et déplore les commentaires chauvins ou aveuglés qu’on ne cesse d’entendre. Ainsi celui du Journal de 13 heures sur France Inter, le lendemain de la finale : « La politique divise, le sport rassemble. » Autrement dit, pour assurer l’unité et la cohésion de la nation, cessons de nous occuper de politique, et communions dans l’émotion d’un spectacle décérébrant !

 

Les politiques professionnels d’ailleurs surfent sur ce mouvement, et trouvent là une occasion rêvée pour détourner l’attention des citoyens des problèmes qui pourtant les concernent. Comme l’a bien vu Valéry : « La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. »

 

On me dira qu’il en a toujours été ainsi, et que le peuple depuis l’ancienne Rome ne veut que du pain et des jeux (Panem et circenses). Mais qu’une situation soit ancienne n’implique pas qu’il faille l’accepter. Au reste, elle a été prédite pour le futur par Alexis de Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique, et aussi par Aldous Huxley dans son roman dystopique Le Meilleur des Mondes : « La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader, un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. »

 

Cette prédiction s’est réalisée, et même elle a été dépassée.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 23 août 2018

 

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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