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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 01:01

On la dévalorise souvent, au bénéfice de l’histoire objective : on préfère les faits aux fées. Pourtant on oublie que ce qui meut les peuples, c’est moins leur histoire réelle que les mythes qu’ils ont inventés à son propos. Par exemple l’embuscade dont fut victime Roland à Roncevaux nous est bien contée par Éginhard pour ce qu’elle fut : un simple traquenard tendu par les bandits basques, donc chrétiens, contre l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne. Mais nous préférons la version héroïsée de la Chanson de Roland, qui attribue la mort du preux à une lutte contre les Sarrasins. Toute notre épopée nationale vient de cette fiction, qui seule a prévalu.

 

J’ai lu sur Internet un article très documenté questionnant l’historicité de ce qu’on nous a rapporté de Jésus : Jésus-Christ, un mythe ? (www.lactualité.com, 23/03/2016). Il s’inspire de Bart Ehrman, grand spécialiste américain du Nouveau Testament, auteur de l’ouvrage Jesus Before the Gospels: How the Earliest Christians Remembered, Changed, and Invented Their Stories of the Savior (Jésus avant les Évangiles: comment les premiers chrétiens ont conservé, modifié et inventé leurs récits du Sauveur). Il est impossible selon lui que les évangélistes se souviennent exactement des paroles du Christ, alors qu’ils en ont écrit le compte rendu au moins un demi-siècle plus tard. – Allant plus loin, le chercheur américain Richard Carrier, auteur d’On the Historicity of Jesus: Why We Might Have Reason for Doubt (L’historicité de Jésus: pourquoi il est permis d’avoir des doutes), va jusqu’à mettre en doute l’historicité même de Jésus, pour lui un personnage messianique créé par un groupe populaire opposé à l’élite du Temple de Jérusalem. J’ai évoqué cette option dans l’article « Mythistes » de mon Petit lexique des hérésies chrétiennes (Albin Michel, 2005).

 

Rien de tout cela ne doit émouvoir. Qu’on ait ajouté au message de Jésus, ou qu’il soit un être fantasmatique créé de toutes pièces, reste pour nous ce qu’on nous en a dit, qui fait son chemin dans nos esprits et nos âmes, et guide parfois les meilleurs de nos élans. Cela suffit.

 

Mythologie

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 01:01

C’est aux yeux de tous une grave pathologie, s’opposant à l’état de normalité. Mais cette rassurante opposition m’a quitté, quand j’ai lu un intéressant article émanant de médecins américains selon lequel les grandes figures du monothéisme ont souffert de pathologies mentales (Source : Slate.fr, 30/03/2016).

 

Elles illustreraient parfaitement la phrase du psychiatre Thomas Szasz : « Si vous parlez à Dieu, vous êtes religieux. Si Dieu vous parle, vous êtes psychotique. » Ainsi Abraham incarna-t-il le premier un cas de psychose, manifestée par des hallucinations, à commencer par celle, auditive, qui lui enjoignit de sacrifier son fils à Dieu, délire mystique qui le mena à tenter un passage à l’acte. Moïse souffrit lui aussi de psychose hallucinatoire chronique, avec un symptôme dit de graphorrhée ou d’impulsivité irrésistible à écrire, visible dans l’épisode des Dix Commandements. Jésus fut, lui, un bipolaire oscillant entre phases d’exaltation maniaques et phases dépressives, voire mélancoliques, ces dernières accompagnant son choix final d’une mort volontaire, sorte de suicide par procuration. Paul, lui, fut un hystérique, dont le trouble de conversion ressemble fort à une crise d’épilepsie. Pour Mahomet, les auteurs de l’article vont jusqu’à évoquer l’hypothèse d’une tumeur cérébrale.

 

Que penser de tout cela ? On pourrait y voir une démystification voltairienne et ricanante de ces grands fondateurs, qui auraient pu être « guéris » par des antidépresseurs ou des électrochocs : l’épilepsie d’ailleurs était déjà pour les anciens Grecs et Romains une maladie « sacrée », manifestation en l’homme de la présence divine. Mais je préfère y voir un encouragement donné aux « vrais » malades, une réhabilitation qui leur est donnée par l’exemple de ces grandes figures, à l’image desquelles ils peuvent se considérer eux-mêmes. Artistes et écrivains se reconnaîtront aussi dans le trouble bipolaire : l’exaltation maniaque favorise bel et bien la créativité.  – Ainsi, sans aller jusqu’à dire, comme le Knock de Jules Romains, que tout bien portant est un malade qui s’ignore, je dirai que les linéaments de toutes ces maladies sont déjà en nous-mêmes, et qu’entre elles et nous il n’y a pas une différence de nature, mais de degré.

 

Psychose
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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 01:01

Elle caractérise l’état  actuel du monde, en particulier la situation géopolitique. On ne sait plus aujourd’hui si les amis de nos amis sont aussi nos amis, pas plus que si les amis de nos ennemis sont aussi nos ennemis. Tel état commerce avec tel autre, qui par ailleurs favorise en sous-main les intérêts des ennemis du premier. Ou pour mieux dire, les états aujourd’hui ont beaucoup moins de pouvoir que certains intérêts privés qui se manifestent en leur sein, et qui ignorent la politique étatique affichée. C’est l’argent qui est la vraie puissance.

 

Autrefois tout était clair, les ennemis étaient bien localisés, « héréditaires » parfois : pour la France, l’Angleterre, ou bien l’Allemagne, etc. On savait nettement contre qui on se battait. Mais aujourd’hui la confusion est totale. Cela peut aller jusqu’à l’intime même des familles : « Car le fils méprise le père, la fille se soulève contre sa mère, la belle-fille contre sa belle-mère ; chacun a pour ennemis les membres de sa famille. » (Michée, 7/6) Et la leçon finale est prévisible : « Tout royaume divisé contre lui-même court à la ruine ; aucune ville, aucune famille, divisée contre elle-même, ne se maintiendra. » (Matthieu 12/25)

 

C’est une crise des valeurs, où tout se brouille : on ne sait qui l’on doit suivre, et pas plus qui l’on a en face de soi. La réalité aujourd’hui est au moins bifrons, à deux visages, comme Janus. De cette ambiguïté axiologique généralisée, Shakespeare s’est fait l’écho par la voix des sorcières de Macbeth : « Le beau est affreux, et l’affreux est beau ».

 

Il n’est donc pas étonnant que l’individu désorbité et esseulé cherche un sens qui ne soit pas le non-sens profond de la seule idéologie planétaire reçue aujourd’hui : la religion néolibérale, la loi du marché, et le culte de la consommation. La radicalisation dont on parle tant aujourd’hui est, comme son nom l’indique, la quête de racines. Cela fait le lit des théo-fascismes actuels, qui ne prospèrent que dans le désert du politique, désorienté et impuissant devant les options incompréhensibles d’un monde mondialisé.

 

Ambiguïté
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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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