Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 02:01

Elles atteignent à la surface de la terre des proportions surréalistes. Ainsi, selon ce que révèle un rapport accablant de l’ONG Oxfam, aujourd’hui 1% de la population mondiale possède plus que les 99% restants. Ce qui fait, souligne le rapport, que 62 personnes sont plus riches que 3,5 milliards d’individus (Source Internet : L’Obs, 18/01/2016).

 

On croit donc rêver, ou plutôt cauchemarder. Que feront-ils de leur argent, ces nantis obscènes ? Méditeront-ils l’histoire de Midas, qui obtint de Dionysos  la faculté de transformer en or tout ce qu’il touchait ? Devenu incapable de manger et de boire, car l’argent ne s’ingère pas, il supplia le dieu de reprendre son présent. Ou encore penseront-ils à la fable du Savetier, qui chez La Fontaine échangea finalement avec le Financier les écus dont la garde l’empêchait de dormir ? De toute façon on n’emporte pas ses richesses dans sa tombe, et un linceul n’a pas de poches.

 

Nous sommes donc bien entrés dans l’époque du « règne inexpiable de l’argent », selon l’expression de Charles Péguy. Cette avidité sans frein est bien un éréthisme mortifère, analogue à la soif inextinguible de Tantale, que les Anciens avaient condamné aux souffrances infernales. Mais le christianisme aussi stigmatise sans appel les riches : « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » (Matthieu 19/24 ; Marc 10/25 ; Luc 18/25) Auront-ils le front de se dire encore chrétiens, ces nouveaux maîtres de la terre ?

 

Ont-ils quelque pitié pour tous ceux qu’ils ont asservis ? J’en doute, et cette vision de cauchemar me mène à la réflexion que se font les Cannibales chez Montaigne (Essais, I, XXX) :  « Ayant une façon de leur langage telle qu’ils nomment les hommes ‘moitié’ les uns des autres, ils avaient aperçu qu’il y avait parmi nous des hommes pleins et gorgés de toutes sortes de commodités, et que leurs moitiés étaient mendiants à leurs portes, décharnés de faim et de pauvreté ; et ils trouvaient étrange comme ces moitiés ici nécessiteuses pouvaient souffrir une telle injustice, qu’ils ne prissent les autres à la gorge, ou missent le feu à leurs maisons. »

 

Inégalités
Partager cet article
Repost0
22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 02:01

Celle de nos politiques est indéniable, surtout en ce qui concerne le maniement du langage. Ainsi notre ministre de l’Intérieur a-t-il déclaré, dans une interview à La Croix, que « les racines chrétiennes de la France sont incontestables. » Déjà en octobre, à Strasbourg, il avait affirmé que « les valeurs républicaines sont aussi largement celles de l’évangile » (Source : BFMTV, 20/01/2016). Mais outre l’ambivalence qualitative de ces « incontestables racines chrétiennes », si l’on songe par exemple aux croisades ou aux guerres de religion, il a oublié qu’il est absurde d’abord de parler de « l’évangile », car il y en a plusieurs et fort différents, ensuite que dans les seuls canoniques mêmes, il y a des strates rédactionnelles très diverses, dont certaines sont d’une extrême violence, qui échappent encore malheureusement à beaucoup.

 

D’une pareille légèreté a fait preuve notre Premier ministre, mais d’une façon plus grave. Invité des Amis du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), il a déploré que « les critiques de la politique d’Israël se soient transformées en un ‘antisionisme’ dissimulant presque systématiquement de l’antisémitisme. Il y a dans la haine d’Israël un paravent de ce nouvel antisémitisme, c’est incontestable». (Source : Le Figaro.fr, 19/01/2016) Il y a là un évident manque de rigueur linguistique, et derrière lui une nette orientation idéologique. D’abord parler d’antisémitisme pour dire la haine des Juifs est absurde. Les Arabes, par exemple, qui s’opposent aux Juifs, sont eux-mêmes des sémites. Il faut donc parler seulement d’antijudaïsme. Ensuite on peut bien être contre la politique actuelle de l’état d’Israël, c’est-à-dire antisioniste, et ne pas être antijuif. Ramener la première position à la seconde est une escroquerie. Mais on en comprend bien les motifs, et le mot absurde d’antisémitisme fonctionne comme un écran de fumée pour faire cette confusion, cet amalgame.

 

La même opération d’asepsie que l’on fait en chirurgie, il faudrait la faire sur le langage. Renettoyés, retrouvant leur pureté et leur poids, les mots perdraient cette légèreté où ils baignent aujourd’hui, qu’elle soit volontairement tendancieuse ou non.

 

***

 

Voir aussi, sur les abus de langage aujourd'hui :

 

Partager cet article
Repost0
8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 02:01

Comme beaucoup, j’ai regardé à la télévision, lors des périodes de fêtes, des spectacles de cirque. Et autant j’ai aimé les prestations montrant l’habileté humaine, comme celle des jongleurs, des acrobates, etc., autant j’ai détesté les habituels numéros de dressage d’animaux.

 

À l’évidence, ces bêtes sauvages n’ont pas ici la possibilité d’épanouissement qu’elles auraient si elles étaient restées dans leur milieu naturel. L’espace vital leur est chichement mesuré, leur dignité n’est absolument pas respectée quand on les harnache de façon ridicule, comme c’est le cas par exemple des éléphants, et la prétendue complicité entre elles et leur dompteur n’est qu’un leurre. Il suffit de voir qu’elles n’obéissent qu’à la promesse d’une récompense, qui leur est effectivement donnée à la fin de chaque tour exécuté. Dans le cas des félins, on sollicite leur feulement au moyen d’un long bâton, quand ce n’est pas d’un fouet, pour impressionner le public. Je me demande qui est le plus pathétique, du pauvre animal ou de l’homme qui a recours à ces arrogants et ridicules stratagèmes.

 

L’affirmation de la supériorité de l’homme par rapport aux animaux est propre à notre culture occidentale. La Bible fait dire à Dieu, à l’adresse de Noé et ses fils : « Vous serez un sujet de crainte et d’effroi pour tout animal de la terre, pour tout oiseau du ciel, pour tout ce qui se meut sur la terre, et pour tous les poissons de la mer : ils sont livrés entre vos mains. » (Genèse 9/2) Ce « sujet d’effroi » m’a toujours effrayé. D’où tirons-nous que nous devions ainsi dominer les bêtes ? Bien plus tard, Descartes les a même comparées à des « machines ». Les autres cultures ignorent cette inadmissible prétention. Les Chinois par exemple dans leurs numéros valorisent l’adresse, l’équilibre : ils ignorent le dressage.

 

Beaucoup voudraient chez nous la suppression de ces navrantes comédies, comme des lois y obligent déjà en Autriche et en Grèce, bientôt en Belgique (Source : Le Monde.fr, 09/01/2014). Le succès des spectacles sans animaux, comme ceux du Cirque du soleil, montre bien une alternative. Espérons que cette orientation se généralisera, et que cessera le mépris de nos frères vivants.

 

Cirque
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages