Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 02:01

Son rôle est très important, surtout quand il s’agit de textes sacrés qui orientent la vie des fidèles. Il peut être déstabilisant d’en changer. Ainsi je viens d’apprendre qu’une nouvelle traduction liturgique de la Bible, qui propose une autre version de la dernière demande du Notre Père, est utilisée dans l’Église catholique depuis le premier dimanche de l’Avent (Source : Protestinfo.ch, 28/12/2015 : « Nouvelle menace sur l’unité du Notre Père »)

 

Alors que le texte en vigueur depuis 1966 dit : « Et ne nous soumets pas à la tentation », la nouvelle version affiche : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ». Voici l’explication de l’abbé Philippe de Roten, directeur du centre romand de pastorale liturgique : « La traduction de 1966 suscitait des insatisfactions du côté catholique, car elle fait penser que Dieu place volontairement les humains dans une situation difficile. Je suis content que ce changement soit réalisé. » (même source)

 

Je comprends parfaitement cet argument. Malheureusement je constate que le texte porte bien « soumettre », aussi bien dans le grec original (eispherein) que dans sa traduction latine (inducere, d’où notre : « induire »). Quant à la traduction maintenant proposée, elle n’est absolument pas nouvelle, mais elle traduit simplement une correction que Marcion avait proposée en son temps sur le texte de Luc 11/4. La variante « Ne nous laisse pas succomber à la tentation », que j’ai apprise moi-même au catéchisme dans les années 1960, traduisait elle aussi la correction de Marcion.

 

Je comprends bien qu’on n’aime pas l’idée d’un Dieu tentateur. Il suffit de lire l’épître de Jacques : « Que personne, lorsqu’il est tenté, ne dise : ‘C’est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne.’ » (1/13) Mais qui s’excuse s’accuse, car que fait Dieu lui-même vis-à-vis d’Abraham, sinon le « tenter » ? (Genèse 22/1). Assurément il y a un côté « diabolique » de Dieu, visible dans la version canonique du Notre Père. Que pour des raisons de bienséance on traduise maintenant un autre texte est une revanche posthume de Marcion et des groupes marcionites, qu’on a pourtant excommuniés en leur temps.

 

Traduction

A écouter aussi :

Partager cet article
Repost0
23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 02:01

Comme beaucoup, j’ai assisté en cette fin d’année à un concert de Noël. J’ai été frappé par l’énorme décalage entre la beauté des musiques et les paroles de certains chants, qui me semblent aujourd’hui inadmissibles. Il faut donc bien distinguer, comme on dit, l’air de la chanson.

 

Ainsi j’ai entendu le Minuit chrétiens !, cette « Marseillaise du croyant ». L’air est entraînant au possible, mais les paroles ? Il est question de la descente sur terre du Messie, « pour de son Père apaiser le courroux ». Cette théologie, qui a effectivement marqué les siècles, relève du plus archaïque des réflexes, celui d’un Dieu en colère qu’il faut apaiser par un sacrifice rédempteur. En outre, l’idée a alimenté un fondamental antijudaïsme chrétien, ce dieu colérique étant celui de ce qu’on appelait l’Ancien Testament, comme on me l’a appris au catéchisme. On me dit que ce chant a été supprimé de la liturgie. Mais il perdure dans les concerts, où il fonctionne parfaitement. Sans doute se nourrit-il de la nostalgie d’un autrefois, où l’on ne faisait pas beaucoup crédit à la réflexion, et où l’on n’était pas très regardant à l’égard des paroles.

 

J’ai entendu aussi le Panis angeligus, où sur fond de l’admirable musique de César Franck le croyant est invité à voir dans l’eucharistie la « fin des symboles » et à « manger son Seigneur ». Cette affirmation dogmatique de la transsubstantiation, qui date du concile de Trente, clôt tout le « figurisme » que l’Église avait pourtant jusque là pratiqué sans vergogne vis-à-vis de son héritage juif, et en affirmant la réalité littérale de l’ingestion du corps du Seigneur, justifie le surnom de « théophages », mangeurs de Dieu, dont les protestants avaient affublé les catholiques. J’ai bien vu que personne dans l’assistance ne s’arrêtait à ces considérations (au reste, il eût fallu pour cela connaître le latin) : on s’occupait seulement de savoir si le ténor allait se tirer d’une partition bien difficile.

 

Mais je suis sorti avec en moi plus de mansuétude. Qui reproche encore à la Marseillaise son côté sanguinaire et raciste (le « sang impur ») ? Mes réflexions m’avaient éloigné de l’essentiel : le frisson musical, qui emporte toute raison.

Décalage
Partager cet article
Repost0
15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 02:01

Elle constitue la personne, au point que l’amnésique est dépossédé de lui-même, comme il se voit dans Le Voyageur sans bagage, d’Anouilh. Il y a bien sûr le cas tragique des personnes atteintes d’Alzheimer, qui semblent vérifier à leur façon la phrase évangélique, en ne sachant « ni le jour ni l’heure » (Matthieu 25/13). Plus généralement il y a quelque chose de catastrophique à oublier les leçons de l’Histoire. « Ceux qui ne se souviennent pas du passé, disait Santayana, sont condamnés à le revivre. » Cette leçon, hélas ! devrait être méditée par beaucoup de nos contemporains, qui vivent pour le seul instant. Surtout dans les circonstances actuelles, où pour reprendre le mot de Pascal nous courons sans souci dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir.

 

Nulle pensée n’est possible qui ne soit irriguée par la mémoire, qui ne s’appuie sur d’autres pensées. La colombe, disait Kant (encore un souvenir !) s’appuie sur l’air pour voler. Dans le vide, elle tomberait. C’est à quoi j’ai songé aussi en apprenant que l’on voudrait généraliser à l’école l’usage de la récitation. Je suis absolument d’accord avec ce projet, et m’étonne que la récitation de textes appris par cœur ait été si imprudemment abandonnée. Quel esprit obtus a dit que savoir par cœur n’est pas savoir ? Fera-t-on crédit à Sacha Guitry qui disait inutile le fait d’apprendre ce qu’il y a dans les livres, « puisque ça y est » ? Mais quand les livres font défaut, brûlés par exemple par un régime totalitaire, le seul recours des résistants est de se les remémorer et d’en réciter des passages, comme il se voit dans Fahrenheit 451 de Truffaut.

 

Ce billet est un Pro memoria, et il récite ou cite pas mal d’auteurs. Mais qu’on ne le dise pas impersonnel : quand on joue à la paume, on joue toujours avec la même balle, l’essentiel est dans l’art de la placer. Les mots, passants mystérieux de l’âme, nous visitent, descendent sur nous en une Pentecôte laïque. Sachons les écouter. Sinon nous perdrons jusqu’à la poussière de notre nom. Et mieux vaut même ici l’hypermnésie que l’amnésie. Car la surdité n’est pas la meilleure façon d’entendre la musique.

 

 

P.S. : Amusez-vous à compter les citations et références, mentionnées ou non, qui figurent dans ce billet.  Pour moi, j'en compte 11.

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages