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9 novembre 2022 3 09 /11 /novembre /2022 02:00

D

ans une publicité pour le lancement d’un magazine évangélique (sera-t-il concurrent de Golias Hebdo ?) je lis cet extrait du programme : 1/ « Affirmer la centralité de la croix et la nécessité de la conversion », et 2 / « Rechercher le dialogue avec les croyants des autres religions et les non-croyants ».

 

Il est surprenant qu’on veuille d’une part convertir les gens, et de l’autre dialoguer avec eux. À moins qu’on se fasse une idée bien particulière de ce que doit être un dialogue…

 

On y sous-entend évidemment que l’autre est à annexer dans son propre camp. Lui prêtera-t-on vraiment l’oreille ? J’en doute. On sait mieux que lui ce qui lui convient, de toute façon.

 

À quoi veut-on l’amener ? À la fameuse « centralité de la croix ». Or cette idée, qui renvoie au sacrifice expiatoire du Messie, est paulinienne d’origine. Et ce n’est pas parce qu’elle est devenue majoritaire que d’autres christianismes ne sont pas possibles. Ils l’ont été autrefois, avec les versions purement sapientielles du message christique, dont l’Évangile selon Thomas nous donne un exemple.

 

Plus récemment, Faust Socin, ainsi que ses disciples les Sociniens, ont voulu un christianisme sans sacrifice. D’autres aujourd’hui pourraient reprendre ce flambeau. Dialoguer vraiment avec eux serait fructueux, mais pas en posant d’emblée la crucifixion comme postulat fondateur. Sinon, en fait de dialogue, on fait une croix dessus. [v.  Crucifix]

 

Il faudrait donc retrouver la polyphonie initiale du message évangélique, avant que ce dernier ait été verrouillé par l’institution ecclésiale afin d’encadrer les fidèles et éviter les autres choix ou hérésies (c’est le même mot), qui ne sont pas des dissidences postérieures à cette mise en ordre, mais qui étaient bien présents à l’origine dans l’effer­vescence des esprits, et dont certains gagneraient beaucoup à être réhabilités aujourd’hui.

 

Les voilà bien, les conditions d’un vrai dialogue : non pas répéter le catéchisme qui s’est imposé, mais se mettre à l’écoute d’autres voix, qui font souvent écho à celles qu’autrefois on a voulu faire taire. Sinon c’est hypocritement qu’on en affirme la nécessité.

 

En fait, on ne sort pas d’une vision statique et totalitaire de la vérité. S’il y a « beaucoup de demeures dans la maison du Père » (Jean 14/2), faisons qu’il n’y ait pas beaucoup de demeurés !

 

Article paru dans Golias Hebdo, 30 juillet 2009

 

D.R.

 

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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8 novembre 2022 2 08 /11 /novembre /2022 12:17

Nos obstacles ne tiennent qu'à la façon de les regarder :

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7 novembre 2022 1 07 /11 /novembre /2022 02:00

O

n a tout intérêt à y croire, même si bien sûr c’est de façon symbolique. Nier son existence est se faire une image angélique de l’homme, qui ne résiste pas à l’expérience.

 

Il signifie ce qui nous embrouille, nous divise, comme le dit son étymologie en grec : diaballein, diviser. Par exemple le fait de tenir à quelqu’un par le corps, et par l’âme de le mépriser. Les exem­­ples sont innombrables, en sorte que le bon critérium pour juger de la valeur ou de la profitabilité d’un sentiment pour nous est de savoir s’il nous unifie, ou non. Dans ce dernier cas, celui de l’écartèlement ou de la division, la situation est bien diabolique. Je l'ai développée dans mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité (lien).

 

Le Diable montre aussi la vanité de toutes les morales intellectualistes. Elles nous disent que nul n’est méchant volontairement, ou qu’il suffit de bien juger pour bien faire. Mais cela est faux. On peut voir le bien et faire le mal, comme le dit saint Paul, et comme le montrent la Phèdre de Sénèque et celle de Racine. Voici d’ailleurs com­ment ce dernier traduit saint Paul :

 

« Je veux et n’accomplis jamais,

Je veux, mais ô misère extrême,

Je ne fais pas le bien que j’aime

Et je fais le mal que je hais. »

 

Et non seulement le mal n’est pas une paralysie de la volonté, mais il peut même exister en l’homme une volonté délibérément mauvaise. « Je me fais de sa peine une image charmante », dit sadiquement Néron dans Britannicus, du même Racine, qui n’est pas le doux et tendre poète que l’école nous enseigne. Il a su faire, et c’est fort bien, la part du Diable.

 

Méfions-nous donc de toutes ces impostures langagières qui nous le font euphémiser : le Mal, le Malin, ne se réduisent pas au « négatif ». Nous sommes à une « époque Carrefour », où nous voulons tout positiver. Mais d’être oublié, d’être au chômage, d’être devenu un pauvre diable, il n’a pas disparu du fond de nous-mêmes.

 

Innombrables sont ses visages. Parfois il se cache dans les plus petites choses : Diabolus in infimis latet. Parfois il est une fêlure dans la musique de nos vies : Diabolus in musica

 

Les Lumières chez nous ont voulu le détruire. « Tous les hommes deviennent frères », dit à la fin de la dernière symphonie de Beethoven l’Hym­­ne à la joie, qui est aujourd’hui l’hymne européen. Fort bien. Mais que dire de cet officier nazi qui a demandé à une mère de choisir entre ses deux fils lequel il devait fusiller ? C’est le sujet du Choix de Sophie, de William Styron.

 

Les Lumières ont bel et bien sombré dans l’horreur des camps. Comme disait C-G. Jung : « À force de nier le Diable, nous avons ouvert toutes grandes les portes de l’Enfer ». Au fond, il n’y avait pas tant de barbarie aux temps mêmes où on y croyait. Se vérifie ici le profond mot de Baudelaire : « La plus grande ruse du Diable est de nous faire croire qu’il n’existe pas. »

 

Article paru dans Golias Hebdo,10 juin 2010

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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