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25 juin 2021 5 25 /06 /juin /2021 01:01

J’ai regardé avec intérêt l’émission d’Arte #SalePute diffusée dans la soirée du 23/06/2021, sur le harcèlement dont sont victimes sur Internet certaines femmes qui ont osé y tenir un discours direct et non conventionnel.

 

Par leur position qui leur assurait une certaine notoriété (journaliste, écrivaine, etc.) elles pensaient que cela leur était permis, à l’instar de leurs homologues masculins. Mais sur les réseaux sociaux des torrents d’insultes et de menaces (de viol et de mort) sont tombés sur elles. Bien sûr c’est en tant que femmes qu’elles ont été attaquées. Même si la misogynie et le machisme existent depuis longtemps dans notre société, Internet a servi ici d’énorme amplificateur.

 

Cela a pris l’allure d’un lynchage collectif, analogue à l’acharnement d’une meute sur la victime. Certaines ont voulu déposer plainte et demander justice. Mais on n’a la plupart du temps rien trouvé de mieux que de leur conseiller de se retirer des réseaux sociaux, donc de rentrer précisément dans cette invisibilité où voulaient les maintenir leurs harceleurs, dont c’aurait été évidemment la victoire.

 

Les décideurs dans nos pays (politiques, juges, etc.) n’ont pas grandi avec Internet, et ne savent pas les drames qui s’y jouent. C’est un vrai espace public, une agora élargie au monde entier. Une vie entière peut s’y voir reflétée, en bien ou en mal. C’est une arène planétaire, analogue aux cirques antiques, monde des pouces levés qui gracient (like), ou baissés qui condamnent (dislike). Les enjeux ne sont pas minces pour qui s’y risque.

 

Mais on ne peut faire autrement, si on veut communiquer efficacement avec les autres, sauf à s’enfermer dans l’isolement et laisser le champ libre à la meute. Laissée libre, cette dernière s’en donne à cœur joie, comme il s’est vu lors de la dernière présidence états-unienne, et dans le Royaume-Uni à l’occasion du Brexit (dont il paraît que 51% des Britanniques le regrettent maintenant).

 

Les créateurs d’Internet eux-mêmes n’ont sûrement pas prévu ce que leur invention est devenue. Il faudrait évidemment y instituer une police, et obtenir des administrateurs des réseaux eux-mêmes de la faire. Malheureusement ils n’y sont pas portés naturellement. Car leur intérêt est que le trafic qui s’y déroule soit le plus grand possible, pour s’assurer le plus grand nombre de recettes publicitaires, et c’est quand la haine s’y déverse que le buzz est le mieux garanti.

 

D.R.

 

***

 

Ce texte va paraître dans le journal Golias Hebdo. Il figurera dans une collection, dont voici le tome 1. On peut en feuilleter le début (Lire un extrait), et on peut l'acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

 

***

 

Pour voir la liste de tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

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23 juin 2021 3 23 /06 /juin /2021 01:01

Je viens de lire sur un site universitaire une analyse scientifique du miracle de Jésus marchant sur l’eau (sciencespourtous.univ-lyon1.fr).

 

On rappelle le principe d’Archimède, selon lequel tout corps plongé dans un liquide reçoit une poussée verticale, dirigée de bas en haut, égale au poids du volume d’eau déplacé. Puis on s’interroge que le poids de Jésus : 70 kg grand maximum, plus vraisemblablement 65 kg (sic). Et on conclut que pour déplacer 65 kg d’eau et recevoir une poussée d’autant qui le maintienne à la surface des flots, il devait chausser du 300, c’est-à-dire avoir une voute plantaire en forme de coque de bateau, pas du tout en adéquation, ajoute-ton, avec les sandales romaines en vogue à l’époque !

 

L’article met donc les rieurs de son côté, et la cause semble donc entendue. Pourtant un commentaire d’un lecteur posté sur le site fait état des recherches de l’océanographe Doron Nof, qui semblent démontrer que des conditions climatiques particulières auraient permis à Jésus de marcher sur… de la glace : « Les températures plus froides de l’époque, jumelées à la présence d’eau douce et salée, auraient entraîné la formation de plaques de glace sous la surface difficiles à percevoir par les disciples du Christ sur le rivage. »

 

Bref on cherche toujours à justifier le miracle factuellement. On n’en a dans l’esprit qu’une vision littérale, et on oublie bien la remarque d’Alain dans Les Dieux : « Ce qui importe n’est pas si c’est vrai, mais comment c’est vrai. »

 

Relisez le passage en Matthieu 14/24-30. On voit que Jésus appelle Pierre (« Viens ! »), et que ce dernier se met en marche, mais commence à s’enfoncer par manque de confiance, ce que Jésus lui dit en forme de leçon : « Homme de peu de confiance, pourquoi as-tu douté ? ». Le mot-clef ici, résumant l’épisode, est celui de confiance. Ceux à qui elle a été enlevée dans leur vie très souvent ne s’en remettent pas. Qui en manque se noie dans les épreuves. Mais qui en a en triomphe, ou au moins a une chance de le faire. Comme disait Brecht : « Si on se bat, on peut perdre. Mais si on ne se bat pas, on a déjà perdu. »

 

Combien plus intéressante est cette leçon imagée et symbolique, enseignant l’essentiel sous forme d’une fable, et combien infantile la vision littérale ici du miracle ! N’en déplaise au ricanement voltairien. Mais Voltaire est parfois comme les petits ruisseaux : il n’est clair que parce qu’il n’est pas profond.

 

D.R.

 

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Ce texte va paraître dans le journal Golias Hebdo. Il figurera dans une collection, dont voici le tome 1. On peut en feuilleter le début (Lire un extrait), et on peut l'acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

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21 juin 2021 1 21 /06 /juin /2021 11:08

D

ans un discours célèbre prononcé à Saint-Jean de Latran, notre président-chanoine a dit que pour la transmission des valeurs et l’enseignement de la morale l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé.

 

Je suis fils d’instituteurs de l’enseignement public, et j’atteste qu’il a existé et qu’il peut bel et bien exister encore une morale laïque, enseignée à l’école, et dont le contenu pratique ne diffère en rien pour bien des points de la morale religieuse traditionnelle : respecter l’autre, être honnête, ne pas être paresseux, etc.

 

On en voit une parfaite illustration dans le personnage de Topaze, de Marcel Pagnol. On connaît son fameux : « Bien mal acquis ne profite jamais », écrit en grosses lettres à la craie sur le tableau noir. L’arrière-plan de cet enseignement laïque est tout simplement la morale kantienne, qui fait reposer le devoir humain sur l’activité de la raison confrontée à l’action.

 

Ces leçons de chaque matin, s’appuyant sur des exemples concrets, des petites histoires fabriquées ad hoc, faisaient bien comprendre les injonctions du jour : voilà ce qui peut t’arriver si tu n’y satisfais pas.

 

Je n’en dirai peut-être pas autant du catéchisme, où la menace d’un châtiment divin était toujours présente, et où la règle était comminatoire : songe que Dieu te voit, et redoute sa colère. C’était là une pastorale ou une pédagogie, non pas de la compréhension des choses et des relations entre les hommes, mais de la peur.

 

On dira qu’elle a disparu aujourd’hui. Peut-être, si ce sont des laïcs éclairés qui assurent le catéchisme. Mais si ce sont des ministres du culte, surtout ceux qui mettent en pratique les ins­truc­tions du Vatican ?

 

L’école n’enseignait que l’hygiène, mais le clergé peut bien se mêler de morale sexuelle, avec toutes les catastrophes que cela peut engendrer. Ainsi, si le danger couru par l’école laïque pouvait être un certain idéalisme, celui couru par « l’Église institutrice » pourrait bien continuer à être le traumatisme et la culpabilisation.

 

À moins que ce qui manque à la première soit la perception d’un horizon transcendant, celui-là même qui est géré et souvent instrumentalisé par les prêtres ? Mais une morale a-t-elle besoin de se fonder sur ce ciel hypothétique, alors que tant de travaux urgents nous attendent sur cette terre, que l’attente du ciel pourrait nous faire oublier ?

 

14 mai 2009

 

D.R.

 

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Ce texte est paru en son temps dans le journal Golias Hebdo. Il figure maintenant, avec d'autres textes comparables, dans l'ouvrage suivant, premier tome d'une collection, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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