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20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 01:00

L

e passage d’une langue à une autre peut conduire à de graves méprises, et être la cause de grands drames..

 

Ainsi en Israël un palestinien a été arrêté après une traduction particulière de Facebook. L’homme avait publié une photo de lui dans une colonie israélienne, posant avec un bulldozer, un véhicule déjà utilisé par le passé pour des attaques, et écrit « Bonne journée ! » en arabe, phrase que le logiciel du réseau social a traduit par « Attaquez-les ! » en hébreu, et « Faites-leur du mal ! » en anglais. Aucun traducteur n’est intervenu avant l’arrestation. Après interrogatoire, l’homme a été libéré, la police s’apercevant de son erreur (Source : LeParisien.fr, 22/10/2017).

 

Il est heureux que l’affaire se soit bien terminée. Mais plusieurs remarques me viennent à l’esprit.

 

D’abord sur la méfiance qu’il faut avoir, n’en déplaise aux partisans de l’intelligence artificielle qui croient aux miracles en la matière, vis-à-vis des logiciels de traduction automatique informatisée. Si puissants que soient les algorithmes utilisés, ils ne peuvent rien saisir du sens d’expres­sions ou de phrases complexes. Efficaces peut-être pour traduire un manuel pratique, ils sont totalement inopérants pour tout ce qui touche à la sémantique. La signification du langage proprement humain leur échappe par nature. Et d’ailleurs, pour le cas qui nous occupe, qui nous dit que « Bonne journée ! » n’aurait pas pu être antiphrastique ? [v. Intelligence]

 

En second lieu, la traduction a déjà eu des conséquences tragiques. Ainsi le bombardement états-unien sur Hiroshima et Nagasaki vient, au dire de certains historiens, d’une traduction particulière sur un mot japonais, Mokusatsu, que le gouvernement nippon avait employé pour répondre à l’ultimatum qui lui avait été adressé. Ce mot peut signifier soit « opposer une fin de non-recevoir » soit « s’abstenir de tout commentaire ». Ce n’est évidemment pas la même chose. Mais la première traduction a été choisie, et non la seconde, et le feu nucléaire a été lancé.

 

Montaigne avait bien raison, quand il disait que « la plupart des causes de trouble du monde sont grammairiennes. »

 

Article paru dans Golias Hebdo, 23 novembre 2017

 

D.R.

***

 

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

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19 juin 2022 7 19 /06 /juin /2022 13:33

Voici, mis sur mon blog artistique, un extrait de mon dernier livre Petites méditations photographiques :

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18 juin 2022 6 18 /06 /juin /2022 01:00

S

e développe actuellement ce qu’on appelle un « tourisme noir », qui consiste à aller visiter les lieux où se sont produites des catastrophes, soit naturelles comme des tremblements de terre, tsunamis, etc. – soit industrielles, comme celle de Tchernobyl, etc. – soit enfin dues à la barbarie humaine, comme les camps de concentration nazis, le goulag soviétique, etc.

 

Des tour operators proposent, avec un succès croissant, des visites en ces lieux, et même des séjours dont l’ambition est de recréer l’atmos­phère qui y a été vécue. Un beau livre est sorti là-dessus à la fin de l’année dernière, illustré de photographies : Le Tourisme de la désolation, par Ambroise Tezenas, aux éditions Actes Sud.

 

Pour justifier une telle pratique, certains arguent d’un salutaire « devoir de mémoire », dont l’occasion serait ainsi offerte à tous.

 

D’autres disent qu’il faut faire vivre l’histoire pour mieux la comprendre, et ainsi une immersion dans ces lieux tragiques, même au prix d’une reconstitution théâtrale, donc totalement artificielle comme dans une émission de téléréalité, procurerait une émotion spécifique que le seul savoir abstrait ne pourrait donner.

 

Je ne suis absolument pas d’accord avec cette façon de voir, dans tous les sens de l’expression. Il me semble que cette « consommation de l’hor­reur » dans le cadre d’un tourisme de masse ne peut pousser à la réflexion et au recueillement.

 

C’est bien plutôt donner des gages au voyeurisme, à la curiosité malsaine, au divertissement et même au narcissisme, attitudes totalement dépourvues d’implication et d’empathie pour ce qui est vu : le livre susdit montre, pour le musée du génocide de Tuol Sleng au Cambodge, des graffitis de touristes qui ont gravé leur passage sur les murs des bâtiments ayant servi à exterminer une population. Par rapport aux gens qui ont souffert en de tels lieux, il y a non seulement récupération mercantile, mais encore obscénité morale.

 

Je ne serais même pas étonné que des gens se prennent en photo, sur le mode du selfie, devant ces sinistres lieux ! Alors leur sens profond disparaîtrait derrière la glorification de l’ego du touriste.

 

Claude Lanzmann dans Shoah n’a fait que filmer des traces sur le sol, et donner à entendre des témoignages oraux. L’indicible en effet dépasse toute vision. Le désir de voir, la pulsion scopique, doivent être bannis dans de tels contextes. C’est face à l’horreur le seul acte respectueux qui s’im­pose.

 

[v. Impudeur]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 9 avril 2015

 

D.R.

***

 

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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