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11 octobre 2021 1 11 /10 /octobre /2021 01:01

E

ntendu à France Inter, le 27 octobre dernier, l’interview d’une conseillère en image, esthéticienne de formation, chargée par Pôle emploi, donc payée sur deniers publics, de coacher les demandeurs d’emploi en organisant à leur intention des stages obligatoires pour leur permettre d’améliorer leur apparence.

 

J’ai trouvé son propos très étrange. Tout se joue, a-t-elle dit, dans les quarante pre­mières secondes d’une rencontre : 90% de l’im­pression se fait sur l’image, et 10% seulement sur le langage. Si donc on soigne sa tenue, on se plaît à soi-même, et si on a une bonne image de soi, les autres nous la renvoient automatiquement, par une sorte de reflet positif. Dès lors on devient plus performant.

 

L’image que nous donnons est, selon son expression, une « carte de visite ». Pour cela on doit choisir les couleurs du vêtement qui vont avec le teint de la peau, éviter toute faute de goût, etc. On ne va pas à un entretien d’embauche en jeans et baskets, surtout usés. La conseillère n’a pas été jusqu’à poser la question du prix de ces vêtements qu’elle prônait, et de savoir si les candidats pouvaient les acheter.

 

Depuis, ce type de situation a fait l’objet d’une séquence du beau film de Stéphane Brizé : La Loi du marché (2015).

 

Les présupposés de cette position sont : 1/ Finalement, dans tout ce qu’on entreprend, on n’a que ce qu’on mérite, et si on échoue, on n’a qu’à s’en prendre à soi-même. Et 2/ Quand on veut, on peut : pour connaître le succès il suffit de le désirer.

 

Le premier point est un avatar de la vieille notion théologique de la rétribution, où l’échec d’une entreprise montre l’hostilité de Dieu, et prouve notre manque de mérite. Inversement, la réussite vaut justification divine. C’est l’idéo­logie du capitalisme états-unien (théologie dite « de la prospérité »).

 

Le second point, est un avatar de la méthode Coué concernant l’autosuggestion : elle est de fâcheuse mémoire, car elle culpabilise toujours de façon injustifiable ceux qui ne réussissent pas. Tu es pauvre, sale, avachi, pourquoi donc alors ne redresses-tu pas la tête ? Version nouvelle du fameux : « Salauds de pauvres ! », lancé par Gabin dans La Traversée de Paris, d’Autant-Lara.

 

Au fond, de tout cela je tire deux conclusions : si effectivement dans notre société l’image a une telle importance, et le discours si peu, c’est évidemment très grave, car de ce monde du look and feel sur lequel on se contente de surfer on ne peut tirer aucune substance.

 

Mais plus profondément, on se donne ici bonne conscience à vil prix : suffit-il de « relooker » les chômeurs pour leur permettre de trouver un travail ? Il y a là une totale disproportion entre ces discours lénifiants et les réalités économiques. Que pèse un costume ou une posture face aux exigences réelles d’un employeur ? Ce coaching de la posture est un parfait modèle d’imposture.

 

29 décembre 2011

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait du livre suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD) :

 

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

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10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 11:38

Voici, mise sur mon blog artistique, la suite de mes réflexions sur les Impasses de l'Art moderne :

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9 octobre 2021 6 09 /10 /octobre /2021 01:01

Étymologiquement ce mot signifie séparé, mis à part. J’y ai repensé en réfléchissant à l’omerta qui a entouré, de la part des victimes et de leurs proches, les crimes sexuels causés par les différents ministres de l’Église catholique.

 

Le personnage du prêtre est une figure sacrale. S’autorisant de l’exemple du Christ, censé (à tort pourtant) avoir fondé l’Église, il agit en sa personne, in persona Christi, par exemple lorsqu’il administre les sacrements. Il a le pouvoir exorbitant d’absoudre les péchés lors du sacrement de pénitence : « Moi, je t’absous... » (Ego te absolvo...). Le pouvoir aussi d’opérer le miracle de la transsubstantiation dans le rite de l’eucharistie : dès lors qu’il prononce les paroles sacramentelles, le pain et le vin sur l’autel se changent en corps et sang du Sauveur. L’épiclèse même, l’appel à l’Esprit-Saint pour valider la consécration, n’a été que récemment introduite, et n’est pas conçue de la même façon en catholicisme où il s’agit de conforter les paroles de l’officiant, et en orthodoxie où cet appel est fait au nom de la communauté. L’assistance est invitée à baisser la tête devant le Mystère de la foi (Mysterium fidei) dont le prêtre est par délégation à la fois le célébrant et l’acteur qui le fait advenir. Comment s’étonner que ces pouvoirs miraculeux n’impressionnent pas, comme on dit, l’âme des fidèles ?

 

Si donc les crimes sexuels dont certains clercs se sont rendus coupables n’ont pas été dénoncés, c’est que ces derniers bénéficiaient, de la part de leurs ouailles (petites brebis), d’une projection aveuglée qui les en excusait.

 

Il suit de là que pour éviter que de tels crimes se reproduisent à l’avenir, il faut supprimer cette projection. Et il ne suffira pas de permettre aux prêtres de se marier, par exemple, pour les rapprocher de la normalité. Il faudra redéfinir le rôle fonctionnel du prêtre. Il ne doit plus être le gestionnaire du sacré qu’il est dans l’administration des sacrements et la célébration du sacrifice eucharistique. Ces tâches doivent être vues non pas comme des thaumaturgies, des processus magiques, mais comme des actes symboliques, à la manière par exemple dont les protestants voient la liturgie eucharistique.

 

Que le prêtre tenté de se prendre pour Dieu lui-même prenne modèle sur le pasteur, qui dirait en « confession » non pas « Je t’absous », mais « Que Dieu te pardonne ! » Cette position me semble à la fois plus modeste et plus digne.

 

Mais l’Église est-elle prête à ainsi se protestantifier ? J’en doute. Et l’excommunication de Luther, à ma connaissance, n’a pas été encore levée.

 

Finalement, si le sacré est une expérience essentielle que chacun peut faire dans sa vie, et qu’a bien décrite Rudolph Otto dans le livre qui porte ce nom, il est très dangereux de le laisser gérer et bien souvent instrumentaliser par d’autres que soi.

 

D.R.

 

***

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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