Selon un sondage Ifop pour Atlantico, 67% des Français estiment qu’il faudrait que la direction du pays soit confiée à des experts non élus, et 40% seraient favorables à l’arrivée d’un pouvoir politique autoritaire. (ifop.com, 02/11/2015) De même selon un sondage plus récent seul un jeune sur deux chez nous préfère la démocratie aux autres systèmes politiques : « Il nous faudrait un Poutine » : ces jeunes Français qui rêvent d’un pouvoir autoritaire ». (lacroix.com, 12/09/2025)
On peut comprendre ces positions. Si la démocratie donne le pouvoir au peuple, via ses représentants, ces derniers ne sont pas toujours à la hauteur de leur tâche. Ils peuvent faire passer les intérêts particuliers (les leurs ou ceux de leur parti) avant celui de leur pays. On vient d’en avoir une éclatante démonstration, avec l’affligeant spectacle qu’ont donné depuis quelques mois les membres de notre Chambre des députés. Là est le talon d’Achille de la démocratie, qui justifie tous ceux qui lui sont hostiles, depuis Platon par exemple. On peut vouloir alors confier les rênes du pays à des personnes qui font autorité (gouvernement d’experts), ou bien et plus fréquemment à des dirigeants autoritaires.
Malgré tout cet abandon de la souveraineté populaire est pire que le mal auquel il est censé remédier. On connaît la fable de La Fontaine Les grenouilles qui demandent un roi. Lassées de « l’état démocratique », elles aussi demandent l’Autorité, et ne se contentent pas d’abord pour l’incarner d’un banal soliveau : leur est donnée ensuite une grue, qui les dévore. En somme, la demande d’autorité peut aboutir petit à petit à la destruction de ceux qui l’ont formulée : le processus est progressif, comme il se voit dans la parabole connue de la grenouille ébouillantée.
Sur cette demande les pires régimes se sont construits. Hitler par exemple a été élu démocratiquement, par des électeurs qui voulaient un pouvoir plus fort – qu’il a ensuite confisqué à son profit. Une démocratie au départ libérale peut devenir illibérale si on la livre aux mains d’un futur dictateur, quand il prend soin de confisquer tous les contre-pouvoirs qui lui font ombrage. On voit cela aujourd’hui aux États-Unis, dont l’idéologie libertarienne est fondamentalement anti-démocratique : il suffit pour elle de diriger un état comme un chef d’entreprise compétent.
Mais l’essentiel argument en faveur de la démocratie est peut-être qu’on peut changer périodiquement, par le vote, les équipes au pouvoir, ce qui n’est pas possible dans les pays autoritaires. Finalement Winston Churchill avait raison quand il disait en 1947 : « La démocratie est le pire système de gouvernement, à l’exception de tous les autres. »
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Le blog de
Michel Théron
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