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25 septembre 2021 6 25 /09 /septembre /2021 01:01

C

hoquées par une campagne publicitaire pour le site de rencontres extraconjugales Gleeden, les Associations familiales catholiques (AFC) viennent d’assigner en justice la société éditrice.

 

Elles se sont offusquées des fameuses affiches frappées d’une pomme croquée, avec la légende : « Contrairement à l’anti­dépresseur, l’amant ne coûte rien à la Sécu », qui ont investi les transports publics de la région parisienne. Elles s’appuient sur l’article 212 du Code civil, qui stipule que « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance ». La publicité en question est dite « illicite », car elle est « une incitation à violer une obligation contractée lors du mariage » (Source : LeFigaro.fr, 18/02/2015).

 

Je pense qu’il faut réfléchir sur l’idée de fidélité. Si on la comprend simplement comme le fait de ne pas être infidèle, je dirai que nous sommes loin du compte en matière de relation affective avec le partenaire. Combien en connaissons-nous, qui restent fidèles comme on dit à leur conjoint, c’est-à-dire ne le trompent pas, mais dont toute la conduite semble ne faire que le leur reprocher !

 

Ce n’est pas tout de ne pas faire, il faut en outre faire, en l’occurrence agir pour rendre le par­tenaire heureux, être gentil et attentionné chaque jour, plutôt que lui faire la tête constamment tout en ne le trompant pas, ce qui revient à le lui faire regretter. Beaucoup agissent bien, comme on dit, mais semblent ne jamais en être revenus. En vérité, la clé de la morale est qu’un « Tu dois » ne se résout et limite jamais à un « Tu ne dois pas ».

 

Il m’a été donné souvent de souligner que l’expression latine rituelle Ego conjungo vos in matrimonium, qu’on traduit par « Je vous unis en mariage », signifie : « Je vous unis pour le mariage », car il y a un accusatif, lieu de la destination, et non pas un ablatif, lieu où l’on se trouve, qui serait matri­monio.

 

Autrement dit, l’essentiel dans la vie d’un couple est le but qu’il se propose d’atteindre ensemble, et qui n’est jamais donné au départ. Il faut, comme disait Saint-Exupéry, « regarder ensemble dans la même direction ». Le sens bien sûr est symbolique : regarder ensemble dans la même direction n’est pas regarder ensemble la télévision, dans une indifférence mutuelle où sombrent beaucoup de couples ! – Ici, la « direction » est la perception consciente et méditée d’un futur et d’un projet communs. On épouse quelqu’un pour l’aimer, et non pas parce qu’on l’aime.

 

Il suit de là que ce qui importe n’est pas l’interdiction (l’adultère), mais l’amour actif, la gentillesse et l’attention réciproques. Ne pas tromper l’autre simplement ne nous acquitte de rien. [v. Cadenas]

5 mars 2015

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait du livre suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD) :

 

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

***

 

On peut voir aussi, sur la question de la fidélité, mon ouvrage Savoir aimer - Entre rêve et réalité :

 

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> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

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23 septembre 2021 4 23 /09 /septembre /2021 01:01

O

n l’oppose souvent à la réalité. Mais je ne suis pas sûr qu’on ait raison de le faire, car il y a des cas où la fiction informe, modèle la réalité, jusqu’à la devenir elle-même.

 

On sait qu’il y a des fidèles de Sherlock Holmes, de Tintin, etc. Ils rendent un culte à leur idole, dont ils connaissent tous les comportements et habitudes, et à l’existence réelle de laquelle ils finissent par croire vraiment.

 

C’est à quoi j’ai pensé en apprenant la décision de la municipalité de Montauban de baptiser un rond-point du nom des Tontons flingueurs, par allusion au film célèbre de Georges Lautner. La phrase prononcée dans le film par Lino Ventura : « On ne devrait jamais quitter Montauban ! » hante les mémoires de tous ceux qui rendent eux aussi un culte à ce film et à ses personnages. On dit que la maire de Montauban avait voulu donner au fameux giratoire le nom de Nelson Mandela, mais que finalement elle s’est ravisée, et envisage même à présent de frapper les panneaux de sortie de ville de l’impérissable réplique (Source : A.F.P., 06/02/2014)

 

Il y a aussi à Montauban un bar dénommé « Lulu la Nantaise », personnage dont il est question avec nostalgie dans ce film, lors de la fameuse scène de la « biture » dans la cuisine. Tout cela forme un ensemble fictionnel, mais qui risque de ressembler fort, à l’arrivée, à du réel. Je gage que dans quelques années les nouvelles générations verront dans tout cela la commémoration de faits et personnes ayant véritablement existé.

 

Mais il ne faut absolument pas s’en formaliser. Qu’une fiction devienne réelle, par la magie de l’art ou d’une représentation quelconque ayant eu du succès, arrive très souvent. On connaît la phrase d’Oscar Wilde : « La nature imite l’art. » Et aussi celle de Cocteau : « Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. » Pensons aussi au « Mentir-vrai », par quoi Aragon définissait littérature et poésie. La fiction peut entièrement créer le réel.

 

Avec le temps, l’auteur même en disparaît. Que nous ne sachions rien de la vie d’Homère, ni même s’il a existé, ne change rien à la beauté marine de l’Odyssée. Et de Jésus lui-même, nous ne connaissons, à part quelques paroles considérées même par certains comme hypothétiques, que le storytelling opéré à son sujet par les évangiles. À la limite même, qu’il ait existé ou non, importe peu : nous en restent des voix. Inventées ou non, elles nous font vibrer encore, et assurément cela n’est pas rien.

 

20 février 2014

 

D.R.

 

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Ce texte est extrait du livre suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD) :

 

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
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21 septembre 2021 2 21 /09 /septembre /2021 01:01

J’ai entendu avec intérêt ce qu’a dit l’« avocat des libertés » Richard Malka, dimanche 19 septembre dernier, à la fin du Journal de 20 H d’A2. Défenseur notamment de Charlie Hebdo et de Mila (la jeune fille qui a récemment critiqué l’islam), il vient de publier un livre au titre significatif Le droit d’emmerder Dieu (Grasset). S’exprimant ainsi, et vu l’état actuel des esprits, on comprend qu’il vive aujourd’hui protégé par la police.

 

Il a repris, sans le citer, la phrase d’Alain : « Toutes les personnes sont respectables, mais aucune croyance n’est respectable. » C’est un fait que notre droit punit les offenses faites aux personnes elles-mêmes, mais pas la critique des opinions ou croyances, qui doit être admise au nom de la liberté d’expression. Bien rares sont les pays où cette tolérance existe, et de ce point de vue la France peut être vue comme un phare pour le monde entier.

 

Mais nous sommes ici sur une périlleuse ligne de crête. En effet beaucoup identifient complètement leur personne avec leur croyance, et attaquer la seconde revient à attaquer la première. Comment faire pour qu’ils prennent une certaine distance par rapport à ce qu’ils croient ?

 

Il me semble d’abord qu’il faudrait séparer la foi de la croyance. La première est un mouvement de l’âme, un élan vers la confiance, et la seconde un corpus de dogmes, relevant de la pensée et de l’opinion. Le Credo même y invite chez nous. Credo in deum signifie : « Je mets ma confiance en Dieu » (ce que marque l’accusatif latin, cas du déplacement). Et non pas « Je crois que dieu existe » (ce qui serait en latin classique Credo deum esse). À ce moment-là on peut critiquer toutes les opinions (« croire que ») sans que le mouvement lui-même (« croire en ») soit touché.

 

Mais si cette distinction n’était pas faite, alors il faudrait donner au contenu de la foi une toute autre valeur que factuelle. Il faudrait y voir du pur symbolique, selon l’attitude de ces théologiens musulmans profonds qui voient dans le djihad un combat à l’intérieur de soi, et non pas contre les mécréants. La critique rationnelle ne peut s’adresser qu’à ceux qui voient des réalités dans leurs croyances, et non pas à ceux qui les comprennent par voie d’intériorisation. C’est d’ailleurs le seul moyen possible pour que ces vieux textes puissent vivre encore et nous concerner. J’ai entrepris cette vivification dans mes Fictions bibliques (éd. BoD).

 

Croire ou connaître ? - D.R.

 

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  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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