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17 janvier 2022 1 17 /01 /janvier /2022 02:01

O

n sera bien surpris à voir que nos contemporains en très grand nombre ont passé l’été 2013 à photographier leurs pieds, qu’ils ont exhibés ensuite sur Instagram.

 

Il suffit de taper #Instapied sur Internet pour voir le résultat. Le pied s’y montre dans tous ses états, nu, chaussé, etc., à la grande jubilation des expéditeurs. Ils ont ici bien vérifié l’expression triviale : « prendre son pied. »

 

Comment a-t-on pu arriver à un tel narcissisme et à une telle ineptie ? Comment une civilisation qui a produit les plus grands artistes en est-elle venue là ? Et que diront sociologues et historiens qui plus tard se pencheront sur ce phénomène ?

 

Ils concluront à un total abrutissement des esprits, à une totale déculturation, et ils auront raison. En vérité chacun, comme disait Warhol, peut avoir aujourd’hui son « quart d’heure de célébrité », fût-ce en exhibant ses pieds. Mais on oublie que quand tout peut arriver, et même de la plus idiote façon, plus rien n’est vraiment intéressant.

 

En fait, les commentaires postés sur le site en question le montrent, ce qui compte aujourd’hui est l’amusement, un caractère ou un éthos que Baudrillard appelait la fun morality. Notre époque voit la venue en masse du LOL, mot provenant d’Internet, et tiré de l’anglais Laughing out loud, « rire aux éclats ». Ce fameux LOL, ce rire débile devant n’importe quoi, touche même le monde des journalistes, pour qui les informations doivent faire rire plutôt qu’être sérieuses, comme le montre par exemple un excellent article de Télérama, « Les journalistes sont-ils des rigolos ? » (02/10/13, pp.34-36)

 

En fait cette tendance actuelle n’a rien à voir avec le vrai humour, et en réalité cette propension à se moquer systématiquement de tout recouvre en réalité un grand cynisme et un grand conformisme.

 

Déjà Lipovetsky dans son Ère du vide avait relevé l’existence dans notre modernité de ce pseudo-humour euphorique et convivial, ne reculant pas devant la méchanceté gratuite, méprisante et rabaissante, pour caresser les gens « dans le sens du poil », par pure démagogie, en ne leur présentant que ce qu’ils attendent dans le plus bas côté de leur nature.

 

« Il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre. » Peut-être… Mais il y a toujours des êtres petits qui se moquent de ce qu’ils ne peuvent pas comprendre.

 

[v. Narcissisme (1) et (II)]

 

> Article paru dans Golias Hebdo, 24 octobre 2013

 

D.R.

 

***

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

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16 janvier 2022 7 16 /01 /janvier /2022 12:42

Voici, mis sur mon blog artistique, un extrait du premier chapitre de mon dernier livre Quand parlent les images - Méditations photographiques :

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15 janvier 2022 6 15 /01 /janvier /2022 02:00

M

étrobus, la régie publicitaire de la RATP, vient d’enlever, dans les affiches le représentant, la pipe de Monsieur Hulot, personnage fétiche de Jacques Tati.

 

Même chose vient d’être faite pour l’affiche du film consacré à Coco Chanel, où la cigarette que tenait l’actrice principale a été ôtée. Affiches dénicotinisées, donc…

 

On peut penser aussi au brin d'herbe qui a remplacé la cigarette de Lucky Luke dans les albums de Morris.

 

C’est le conformisme, le désir de sacrifier au politiquement correct si répandu aujourd’hui, mais aussi, au fond de tout cela, la peur d’encou­rir les foudres de la loi Even qui a mû ces publicitaires. Or cette loi n’interdit que la promotion direc­te du tabac, et non pas les représentations culturelles où il peut figurer, mais à tout autre but que d’en vanter l’usage. En l’espèce, Métrobus a fait du zèle.

 

À ce compte, il faut aussi enlever la pipe de Maigret, celle du capitaine Haddock, aussi la cigarette d’Humphrey Bogart, et de tous les privés des films noirs américains, etc. Et pourquoi pas, si on prend un si bon chemin, supprimer de tous les manuels de littérature La Pipe de Baudelaire, le cigare que chante Mallarmé dans son Art poétique, et jusqu’à cet éloge dithyrambique du tabac que fait Sganarelle au début du Dom Juan de Molière… La liste évidemment n’est pas limitative. Dieu lui-même ne sera plus, comme disait Gainsbourg, « un fumeur de havane »

 

Cette peur dénote un singulier manque d’humour et de sens du ridicule. Et pourquoi se corseter ainsi dans les peurs ? Ce culte fanatique de la pureté, dans tous les sens du mot (allant de l’hygiène à la morale), est un vrai angélisme exterminateur, ce qu’on pourrait appeler le complexe des écuries d’Augias. [v. Cruauté]

 

Cela me fait penser aussi à cette moraline ou obsession de la morale, anathématisée par Nietzsche, par laquelle l’homme occidental se paralyse, coupe son élan vital. En réalité, rien n’est pur dans la vie : notre tâche est simplement de faire reculer, autant que nous pouvons, l’impu­reté, en sachant bien que nous ne pourrons jamais la supprimer totalement. [v. Transparence]

 

Est modus in rebus, disaient les Anciens : il faut en toutes choses garder mesure. Réfléchissons aussi à l’inconséquence que nous manifestons. Nous condamnons le fumeur comme si son cas était comparable, par exemple, à celui d’un chauffard alcoolisé qui cause un accident mortel. Il y a des gradations élémentaires à respecter, il me semble, dans les anathèmes que nous for­mulons.

 

En plus nous fermons les yeux sur les forfaits de tel ou tel requin de la finance. Nous applaudissons même à l’argent-roi qui s’étale avec indécence, dans la vitrine de nos magazines people. Examinons-nous d’abord, avant d’anathématiser l’autre :

 

« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » (Matthieu, 7/3)

 

> Article paru dans Golias Hebdo, 30 avril 2009

 

***

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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