Le nécessaire retour à l'Enfance archétypale :
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Le nécessaire retour à l'Enfance archétypale :
C’est un beau mot, qui implique l’idée d’une surprise et d’une gratuité, gratifiantes pour celui qui le reçoit. Il ne viendrait à l’idée de personne d’en dévaloriser la nature et l’intention. Pourtant l’époque de Noël en met à mal considérablement la signification.
On oublie qu’elle est la commémoration symbolique de la naissance d’un Sauveur pour les chrétiens, ou bien, au solstice d’hiver, de la renaissance anticipée de la végétation pour ceux qui ne partagent pas cette croyance. C’est le sens de la Crèche pour les premiers, et de l’arbre de Noël pour les seconds. Mais ce sens est perdu aujourd’hui, où pour la majorité Noël n’est plus qu’une occasion de festoyer et d’échanger des présents. Religion, espérance et foi en la Nature s’effacent devant la goinfrerie et la fièvre acheteuse. Si l’on veut, le signe seul subsiste, sans la signification : Noël est vu de façon purement formelle.
Ces cadeaux qu’on y fait en sont un bel exemple. Ils n’ont pas besoin de se référer à ceux apportés par les Rois Mages de l’Évangile, qui sont oubliés de beaucoup, si grande est l’amnésie religieuse de nos contemporains. La poésie y disparaît devant l’injonction à consommer, à alimenter inlassablement l’immense marché des biens matériels, en eux-mêmes anonymes et interchangeables.
C’est si vrai que beaucoup revendent sans vergogne sur Internet, le lendemain de la fête, les cadeaux qu’ils ont reçus la veille, et qui ne leur plaisent pas. Ils ne voient pas, dans ce cas, l’absurdité de la chose, et qu’il serait pour eux bien opportun d’y mettre fin. Non, ils continuent à être, tous les ans à pareille époque, les pourvoyeurs aveugles du Grand Marché.
À cet égard d’ailleurs, la dernière trouvaille est la proposition des Listes de Noël, calquée sur celle des Listes de mariage. Beaucoup de sites marchands en fournissent. On fait sa liste, et on invite parents et proches à puiser dedans. Finis, nous dit-on, les cadeaux non souhaités ou reçus en double ! Mais l’ensemble se démasque alors : ce n’est plus qu’une transaction utilitaire, à mille lieues de la dimension de surprise et de gratuité inhérentes au vrai cadeau. Tout devient totalement prévisible, comme ce grand manège de la consommation qui à force d’être intégré à l’esprit comme une injonction naturelle, et à l’image d’un serpent qui se mord la queue (ouroboros), finit par se consommer elle-même.
Un ancien article (2 février 2023)
C’est assurément une discipline des sciences humaines nécessaire pour apprécier la richesse d’un pays et pour le guider dans ses choix. Il ne viendrait à l’idée de personne de la voir disparaître. Cependant un problème se pose quand elle a la prétention de se constituer en divinité omnipotente, quand elle postule toutes choses lui doivent être soumises. C’est sans doute le cas sur une planète en grande partie sécularisée, où l’ancienne loi de Dieu a cédé la place à la loi du marché.
Un exemple frappant de ce pouvoir exorbitant est la décision récente de la Chine d’ouvrir ses frontières le 8 janvier dernier, après 1016 jours de fermeture au monde extérieur. Dans ce virage à 180 degrés Xi Jinping a fait le choix radical de l’économie plutôt que de la santé de son peuple. Et la « casse » apparaît d’ores et déjà dramatique. 37 millions de personnes sont infectées chaque jour, et on parle de centaines de milliers de morts. Les hôpitaux sont débordés, et la Chine refuse l’aide des pays étrangers qui lui proposent des vaccins. Le journal The Economist prévoit finalement 1,5 million de décès. Mais c’est là un prix que le pouvoir chinois estime négligeable par rapport aux bénéfices économiques du redémarrage.
On se félicite du fait que ce redémarrage de l’économie chinoise va alimenter la croissance mondiale. Et on oublie que, dans une planète dévastée, la croissance n’est pas la solution aux problèmes qui s’y posent, mais bel et bien le problème lui-même.
Que dans le choix chinois actuel les vies humaines ne soient rien en regard de la dictature de l’économie fait fi de toute morale. Un homme n’est-il qu’un rouage remplaçable dans le grand appareil industriel, qu’il a simplement la charge de faire fonctionner ? Un simple producteur-consommateur ? On sait pourtant depuis Kant qu’il ne faut jamais traiter autrui comme un moyen, mais comme une fin.
Il faut plutôt faire passer l’homme avant toute instance sacralisée susceptible de le dominer et de l’asservir. L’économie est une de ces idoles. Souvenons-nous que le message évangélique pousse en général l’homme à se libérer de tout ce qui l’aliène : « Le sabbat est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat. » Adaptons cela à notre époque et à notre propos d’aujourd’hui : « L’économie est faite pour l’homme et non pas l’homme pour l’économie. »
Article paru dans Golias Hebdo, 2 février 2023