Comment rester vivant dans ce qui nie la Vie ?
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Un horizon de lumière - Le blog littéraire et artistique de Michel Théron
Comment rester vivant dans ce qui nie la Vie ?
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Comment rester vivant dans ce qui nie la Vie ?
Selon un document stratégique dévoilé par la Maison Blanche, l’Europe est au bord de « l’effacement civilisationnel ». Pour y faire face, l’administration Trump « encourage ses alliés » européens de l’extrême droite à « résister ». (Source : huffingtonpost.fr, 06/12/2025)
Le déclin de l’Europe relié à son accueil des immigrés, c’est la théorie du Grand remplacement, théorie complotiste d’extrême droite introduite par l’écrivain français Renaud Camus, reprise chez nous par Éric Zemmour. Parallèlement, pour caractériser la décadence de l’Europe, le document relève un déclin chez nous de la liberté d’expression (free speech).
Je pense que ce réquisitoire est totalement de mauvaise foi. Pour l’immigration, les USA eux-mêmes sont une terre d’immigration, un creuset naturel (melting pot), où pourtant, malgré l’idéalisme initial de cette conception, xénophobie et racisme ne sont pas absents. Pour Trump par exemple un bon américain est un blanc anglo-saxon protestant (WASP). Les autres citoyens ne sont pas considérés par lui au même niveau. Il ne faut pas aussi oublier que ce pays s’est bâti, avec la Bible et le Colt, sur le génocide des Indiens, populations autochtones.
En fait, il y a deux façons de considérer un peuple : ou bien c’est selon l’idéologie trumpienne un ensemble organique particulier et hérité, plus ou moins fantasmé, dont la pureté doit être garantie, à l’écart de toute contamination, par le refus des étrangers. Ou bien c’est un ensemble organisationnel volontaire, où les citoyens s’agrègent librement selon ce qu’on appelle le Contrat social. C’est cette conception universaliste qui caractérise l’Europe, depuis les Lumières. Elle maintient justement à l’écart les relents xénophobes d’extrême droite, nationalistes et belliqueux par essence.
Quant à l’absence chez nous de liberté d’expression, le document américain oublie ce qu’il en est dans son propre pays, où la chasse aux sorcières fait rage, et où la censure sévit sans vergogne. Il n’est que de voir les listes de mots mis à l’index dans les universités, qui affrontent une vraie police orwellienne de la pensée.
Le document aurait été mieux inspiré de se souvenir de la parabole évangélique : « Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère. » (Matthieu 7/3-5). Ou encore on y verra, si on préfère, l’hôpital qui se moque de la charité.
Voir aussi : Peuple, et Xénophobie
Un ancien article (19 janvier 2023)
À le voir régnant dans beaucoup de domaines, on peut comprendre la différence qu’il y a entre l’apparence qui peut encore tromper, et la réalité effective d’un contenu absent. Ainsi j’ai récemment dénoncé le formalisme de Noël, où beaucoup sacrifient encore à l’usage (échange de cadeaux, repas, etc.), mais en ignorant l’essence de la fête, qui est spirituelle (Golias Hebdo, 5 janvier 2023).
On peut en dire autant de l’usage de la démocratie. C’est à quoi j’ai pensé en lisant un article sur la formation du dernier gouvernement israélien, ainsi titré : « Benyamin Nétanyahou entend réduire la démocratie ‘à sa plus simple expression’ » (Courrier international, 02/01/2023). On y apprend que le nouveau Premier ministre ne reçoit comme principe de la démocratie qu’une seule règle, la règle de la majorité. On pense, chez nous, à la parole du socialiste Jean Laignel à Jean Foyer, à l’Assemblée Nationale, le 23 octobre 1981 : « Vous avez juridiquement tort, parce que vous êtes politiquement minoritaire ! »
Ainsi Benyamin Nétanyahou a-t-il mis en œuvre une réforme de la Haute cour de justice israélienne, l’équivalent du Conseil constitutionnel en France, en autorisant le Parlement à revoter les lois qu’elle a annulées, donc en la privant de son pouvoir de contrôle. De ce point de vue, on est bien sur la voie d’une démocratie purement formelle, ayant perdu son essence et ses contre-pouvoirs.
Car c’est bien la séparation des pouvoirs, sur laquelle Montesquieu a bien insisté, qui empêche la loi majoritaire d’être omnipotente, de constituer le dernier recours pour tout se permettre. Et aussi l’importance de la moralité générale dans la conduite des affaires publiques. Le même Montesquieu insistait bien sur le fait que la démocratie repose sur ce qu’il appelait la « vertu », nous dirions aujourd’hui le civisme ou le sentiment du bien public. S’il disparaît, la démocratie sombre totalement, et la république devient une dépouille mise à l’encan, exposée en proie facile pour les politiciens. On peut par exemple être élu démocratiquement, comme le fut Hitler, et ensuite détruire la démocratie. Le suffrage seul ne donne à personne un blanc-seing pour faire n’importe quoi : l’esprit du régime démocratique ne s’y réduit pas.
En toute chose, il faut voir l’esprit, et non la lettre. Oublierons-nous, comme dit saint Paul, que la seconde tue, tandis que le premier vivifie ?
Article paru dans Golias Hebdo, 19 janvier 2023
Voir aussi : Illibéralisme