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19 février 2024 1 19 /02 /février /2024 02:00

C

ertains le voient comme un signe que Dieu nous donne de notre mérite, en vertu du vieux principe théologique de la rétribution, selon lequel il y a un lien entre ce qui nous arrive et ce que nous valons.

 

C’est ce que pense le président des États-Unis d’Amérique nouvellement élu. Pour lui, la réussite matérielle signifie que Dieu nous a choisis pour en profiter. Il s’inspire des télé-évangélistes états-uniens, qui prêchent ce qu’on appelle l’« évangile de la prospérité ». Selon cette « théologie du succès », Dieu choisit de récompenser certaines personnes au moyen de la richesse (Source : monde.blogs.la-croix.com, 12/11.2016).

 

Trump incarne aussi les idées de Norman Vincent Peale, auteur du best-seller The Power of Positive Thinking (« Le pouvoir de la pensée positive »), qui prêche l’optimisme et la réussite, et prône la confiance en soi comme une philosophie de vie.  Cette approche de l’existence collait parfaitement, nous dit-on, avec la culture de sa famille : ne jamais hésiter à faire plier les règles, tout faire pour gagner à n’importe quel prix (même Source).

 

L’imposture ici est double. D’abord voir la réussite comme jugement de Dieu nous fait régresser aux anciennes ordalies, ou aux duels judiciaires médiévaux. Le vainqueur l’est parce que Dieu l’aide, Deo juvante. La seule loi alors est celle de la force, et la seule justification, celle du fait accompli. Et malheur aux vaincus (Vae victis !), parce qu’ils sont des réprouvés de Dieu. Le capitalisme états-unien, dans son idéologie, ne sous-entend pas autre chose.

 

Quant à la « pensée positive », comme je l’ai déjà souligné à propos de la méthode Coué [v. Canicule], elle mène au « monoïdéisme », qui est le fait de ne se focaliser que sur le but qu’on se propose, en éliminant de sa pensée d’autres scénarios que le sien. Elle exclut le doute, mène à la forfanterie, au mépris et à l’écra­sement des autres, et véritablement en bien des cas à la folie de type paranoïaque.

 

Lourd héritage, donc, que celui de notre nouveau président !

 

[v. Superstition]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 1e décembre 2016

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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17 février 2024 6 17 /02 /février /2024 02:00

U

n exemple frappant de son pouvoir sur les hommes est celui de la ville de Nazareth, lieu de naissance de Jésus selon les rédacteurs des évangiles.

 

Il semble bien en effet que le nom de « Nazareth » provienne d’une erreur de traduction de « Jésus le Nazaréen », ce terme renvoyant simplement à une secte baptiste proche des Esséniens, par quoi le Coran encore nomme les chrétiens. Nazareth n’aurait été édifiée qu’au ive siècle à l’intervention de la mère de l’empereur Constantin. Les pèlerins chrétiens voulaient visiter Nazareth, qui n’existait pas à l’époque de Jésus. Pour les contenter, on aurait créé Nazareth, ou rebaptisé ainsi un village existant. (Source : Wikipedia – Discussion : « Nazareth »)

 

Il ne faut pas s’en étonner. Ce ne serait pas la première fois qu’un lieu tiendrait son existence d’un texte préexistant ou d’une œuvre antérieure. Je pense à la municipalité de Montauban qui a pris la décision de baptiser un rond-point du nom des Tontons flingueurs, par allusion au film célèbre de Georges Lautner, et à la phrase qu’y prononce Lino Ventura : « On ne devrait jamais quitter Montauban ! » qui hante les mémoires de tous. Il y a aussi dans cette ville un bar dénommé « Lulu la Nantaise », personnage dont il est question dans ce film, lors de la fameuse scène de la « biture » dans la cuisine. Je gage que dans quelques années les nouvelles générations verront dans tout cela la commémoration de faits et personnes ayant véritablement existé.

 

En attestant l’inscription historique et topographique d’un événement, on pense lui donner du poids. Ainsi pour le lieu non plus de la naissance de Jésus mais de son baptême, l’Unesco vient d’inscrire au titre du « Patrimoine de l’humanité » le site du Jourdain à Béthanie où le fait est supposé s’être passé. Mais l’important ici n’est pas le lieu : c’est la réalisation du psaume d’intronisa­tion (2/7 : « Tu es mon fils ! »), c’est-à-dire le fruit d’un travail sur le Texte ancien, qu’on réactualise par midrash.

 

Évidemment les pèlerins vont là aussi, comme à Nazareth, se presser en masse, pensant que le lieu de l’événement en garantit le sens. Mais ont-ils conscience que l’événementiel dans tout cela n’est que de l’histoire racontée, du storytelling ?

 

[v. Inscription]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 10 mai 2018

 

 

D.R.

 

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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15 février 2024 4 15 /02 /février /2024 02:00

E

lle peut se penser bien sûr dans le cadre religieux traditionnel. Mais j’aimerais qu’on l’envisage désormais en-dehors de ce cadre même.

 

J’ai trouvé un écho à ce que je pense depuis longtemps sur cette question dans une  interview du philosophe Abdennour Bidar, Comment sortir de la religion (LeMondedesReligions.fr, 13 août 2015).

 

La religion traditionnelle est basée sur l’idée d’une puissance transcendante, antérieure et extérieure à l’homme, qui lui inspire à la fois crainte d’en être puni, et espoir d’en être récompensé. Mais aujourd’hui, selon Bidar, l’homme n’a plus à craindre cet état de dénuement, parce qu’il a son destin entre ses mains : de créature, il devient créateur. J’ai pensé en le lisant au mot de Michelet : « L’homme est son propre Prométhée »

 

Cependant cette critique radicale de la religion ne vise que celle qui relie l’homme à l’instance exté­rieure punissante ou rémunératrice, avec laquelle il a passé contrat ou alliance. C’est la religion-lien, si l’on fait venir le latin religio de religare, relier.

 

Or, comme je l’ai souvent signalé, par exemple dans ma Source intérieure (BoD, 2017), une autre étymologie est possible pour religio, que le grand Cicéron lui-même rattachait à relegere, accueillir respectueusement, et aussi relire. Alors s’éclaire la nouvelle voie, proprement spirituelle dans un sens nouveau : l’intério­risation du divin, qui devient métaphore du désir le plus profond de l’homme.

 

Sénèque déjà le disait très bien, à l’adresse de Lucilius : « Dieu est proche de toi, avec toi, à l’intérieur de toi ; à l’intérieur de nous est un souffle sacré, qui agit envers nous comme nous envers lui...Prope est a te deus, tecum est, intus est ; sacer intra nos spiritus sedet ; hic, prout a nobis tractatus est, ita nos ipse tractat. » (Lettre XLI) – Quant à l’Évangile chrétien, il dit exactement la même chose : « Le Royaume est à l’intérieur de vous. » (Luc 17/21).

 

L’homme se banalisera-t-il désormais dans l’uni­­dimensionnalité, au sens de Marcuse, ira-t-il à vau-l’eau au gré de ses pulsions éparpillantes, acheteuses par exemple dans notre société de consommation, ou bien cherchera-t-il une façon de vivre qui lui donne solidité et unité ? Reconnaîtra-t-il que profondément la structure du désir est un désir de structure ? À cela pourra lui servir la relecture attentive de certains textes religieux traditionnels (mais pas de tous) : certaines paraboles évangéliques, par exemple.

 

Là est l’enjeu majeur : si l’on s’engage, comme y invite Bidar et comme je le crois nécessaire depuis longtemps, sur la voie d’une spiritualité athée ou laïque, l’homme doit s’y explorer lui-même et voir où est son essence propre. À lui de sauver le divin, trouvé au fond de lui-même.

 

[v. Combat]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 1e octobre 2015

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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