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25 février 2024 7 25 /02 /février /2024 02:00

J’

ai revu l’émission rediffusée sur Arte il y a quelques jours, et consacrée au saint Suaire de Turin.

 

Les avis des experts diffèrent beaucoup quant à l’authenticité de l’objet. Certains, comme argument essentiel en sa faveur,  ont vu sur le suaire des lettres hébraïques remontant à l’époque de Jésus. À quoi d’autres experts ont répondu en expliquant la chose par le phénomène d’illusion d’optique appelée paréidolie, ou fausse identification.

 

Ce mot nouveau désigne quelque chose de connu depuis toujours. Il indique que le cerveau transforme les informations fournies par la réti­ne en objets déjà connus. Voir est toujours se souvenir, et on ne voit que ce qu’on s’attend à voir.

 

Ce phénomène, essentiel pour comprendre la psychologie de la perception, est inévitable, et même nécessaire, car si cette propriété disparaît, par atteinte du lobe temporal, l’homme est affecté d’agnosie, pathologie de la reconnaissance des objets.

 

Par exemple aussi, pour l’être normal il ne peut y avoir d’art totalement abstrait, car il perçoit toujours figurativement : une forme nouvelle le fait inévitablement penser à une ancienne, un nuage par exemple figure et rappelle une maison, un animal, etc. Comme disait Valéry : « Ce qui ne ressemble à rien n’existe pas. »

 

Pour notre suaire, les tenants de la cryptographie ont projeté sur lui ce qu’ils voulaient y voir. Des taches et maculations ont été mentalement anticipées et transformées par eux en signes pleins de sens, et ainsi ils ont été mis sur la voie du surnaturel, celle d’une trace attestant une réalité effective. C’est humain. Comme dit La Fontaine :

 

« L’homme tourne en réalités

Autant qu’il veut ses propres songes :

Il est de glace aux vérités,

Il est de feu pour les mensonges. »

 

La conclusion de l’émission a été à mon avis la plus intéressante : ce n’est qu’à partir du milieu du treizième siècle que les représentations artistiques ont choisi de figurer la passion et les souffrances du Christ, et ce de façon de plus en plus réaliste. Si l’on le situe dans ce contexte, notre suaire serait une image destinée à alimenter une nouvelle dévotion, toute empreinte de dolorisme et de pathétisation. C’est là, à mon avis, la seule explication plausible et naturelle à l’existence de cet objet : il a servi de support à la méditation et au culte.

 

[v. Miracle]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 16 juillet 2015

 

Suaire de Turin (Wikipédia) - cliquer sur l'image

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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21 février 2024 3 21 /02 /février /2024 02:00

L’

écrivain et académicien Max Gallo, 83 ans, a annoncé jeudi qu’il était atteint de la maladie de Parkinson, estimant à cette occasion que « nous avons toujours la liberté d’en finir avec nous-mêmes. » (Source : AFP 28/05/2015)

 

Je trouve cette déclaration très honnête, et remarquable de la part d’un homme qui s’affirme chrétien. Reconnaissant que ce point de vue était « contesté, contestable et discutable », il a souligné que là était une « liberté qui nous est donnée », et « une manifestation de la sollicitude de Dieu, qui en donnant cette liberté dit aussi qu’on peut y renoncer » (même source).

 

Nous sommes loin de l’anathème jeté depuis longtemps par l’Église sur les suicidés, qu’on refu­sait d’enterrer chrétiennement parce qu’ayant manqué de cette vertu cardinale qu’est l’espé­rance.

 

Dans Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, Péguy fait dire à son héroïne que n’y aurait-il qu’un seul damné sur la terre, ce serait Judas, non point pour avoir trahi Jésus, mais pour, l’ayant fait, être ensuite allé se pendre, donc ayant manqué d’espérance en la mansuétude de Dieu.

 

Et dans Le Porche du mystère de la deuxième vertu, du même Péguy, l’espérance est présentée comme la vertu la plus importante. Effectivement on qualifie souvent celui qui met fin à ses jours de « désespéré ».

 

Les Anciens considéraient le suicide, non pas comme une lipotaxie, un abandon de poste ou une désertion, mais comme la voie de la liberté. C’est ce que pensaient, par exemple, Cicéron méditant sur le suicide de Caton d’Utique, et ensuite Sénèque. Voyez, de ce dernier, citant Épicure : « Il n’y a aucune nécessité de vivre dans la nécessité » – In necessitate vivere necessitas nulla est. (Ad Lucilium, I, 12)

 

Et quand on n’avait pas le courage de se tuer soi-même, on se faisait tuer par un proche, un esclave, un ami, etc. Voyez là-dessus le film de Bresson, Le Diable probablement (1977), qui reprend ce scénario.

 

Certains disent même que Jésus n’ayant pas trouvé assez de force en lui-même pour aller au-devant de la mort, a eu besoin du secours de Judas pour accomplir son destin, où l’on peut voir alors un suicide par procuration. C’est le scénario évoqué par Níkos Kazantzákis, dans La Dernière Tentation du Christ.

 

Il est barbare, au nom d’une prétendue sacralité de la vie quelles qu’en soient les conditions concrètes, parce qu’elle est donnée par Dieu et que seul Dieu peut la reprendre, d’exclure l’op­tion de la mort volontaire.

 

Pour revenir enfin à nos vertus cardinales ou théologales, je dirai que le suicidé manque peut-être d’espérance, mais ceux qui le condamnent a priori manquent de charité.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 11 juin 2015

 

D.R.

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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19 février 2024 1 19 /02 /février /2024 02:00

C

ertains le voient comme un signe que Dieu nous donne de notre mérite, en vertu du vieux principe théologique de la rétribution, selon lequel il y a un lien entre ce qui nous arrive et ce que nous valons.

 

C’est ce que pense le président des États-Unis d’Amérique nouvellement élu. Pour lui, la réussite matérielle signifie que Dieu nous a choisis pour en profiter. Il s’inspire des télé-évangélistes états-uniens, qui prêchent ce qu’on appelle l’« évangile de la prospérité ». Selon cette « théologie du succès », Dieu choisit de récompenser certaines personnes au moyen de la richesse (Source : monde.blogs.la-croix.com, 12/11.2016).

 

Trump incarne aussi les idées de Norman Vincent Peale, auteur du best-seller The Power of Positive Thinking (« Le pouvoir de la pensée positive »), qui prêche l’optimisme et la réussite, et prône la confiance en soi comme une philosophie de vie.  Cette approche de l’existence collait parfaitement, nous dit-on, avec la culture de sa famille : ne jamais hésiter à faire plier les règles, tout faire pour gagner à n’importe quel prix (même Source).

 

L’imposture ici est double. D’abord voir la réussite comme jugement de Dieu nous fait régresser aux anciennes ordalies, ou aux duels judiciaires médiévaux. Le vainqueur l’est parce que Dieu l’aide, Deo juvante. La seule loi alors est celle de la force, et la seule justification, celle du fait accompli. Et malheur aux vaincus (Vae victis !), parce qu’ils sont des réprouvés de Dieu. Le capitalisme états-unien, dans son idéologie, ne sous-entend pas autre chose.

 

Quant à la « pensée positive », comme je l’ai déjà souligné à propos de la méthode Coué [v. Canicule], elle mène au « monoïdéisme », qui est le fait de ne se focaliser que sur le but qu’on se propose, en éliminant de sa pensée d’autres scénarios que le sien. Elle exclut le doute, mène à la forfanterie, au mépris et à l’écra­sement des autres, et véritablement en bien des cas à la folie de type paranoïaque.

 

Lourd héritage, donc, que celui de notre nouveau président !

 

[v. Superstition]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 1e décembre 2016

 

D.R.

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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