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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 02:01

La Lettre d’origine évangélique que je reçois régulièrement et dont j’ai déjà parlé (Golias Hebdo, nos 635 et 641), se demande cette semaine comment il faut rendre un culte à Dieu. Et la réponse est bien simple : « Ce que Dieu veut, c’est que nous lui rendions un culte qui Lui soit agréable. »

 

Cette Lettre ne me déçoit jamais. Quelle prétention à s’imaginer savoir « ce que Dieu veut » ! Mais le rédacteur ne s’embarrasse pas de doutes. Évoquant le sacrifice du Fils, il écrit : « Dieu a fait sa part en payant le prix fort, en offrant son fils unique pour le salut de tous. Et nous avons la nôtre à faire en acceptant le cadeau. » Quant à ceux qui sont rétifs à accepter cette nouvelle, il conclut : « Pendant ce temps, l’heure tourne et Dieu regarde sa montre avec peine… » Je pensais jusque là que cette Lettre n’était pas destinée qu’à des enfants !

 

Ces derniers sont pourtant nombreux. Car l’idée d’un culte devant être « agréable » à Dieu est générale dans la Bible. Pensons au « sacrifice que Dieu accepte et qui lui est agréable, et qui a un parfum de bonne odeur. » (Philippiens 4/18) Cette idée est reprise dans la liturgie eucharistique dans le canon de la messe romaine. L’offrande de la victime sur l’autel du sacrifice doit être agréée comme le furent celles d’Abel, d’Abraham, et du pontife Melchisedech : il s’agit de se concilier les bonnes grâces d’un Dieu potentiel­lement terrible (l’Offertoire romain dit même qu’il faut l’« apaiser », placare en latin), en le flattant obséquieu­se­ment, à la manière d’un courtisan. L’image qu’on se fait de Dieu ne sort pas grandie de cette vision.

 

Voltaire le disait bien : « Si Dieu a fait l’homme à son image, l’homme le lui a bien rendu. » En fait, outre l’infantilisme qui en résulte, cet anthropomorphisme est aussi un cas typique d’idolâtrie, qui consiste à enfermer la divinité dans une image purement humaine.

 

On ne rendra pas justice à l’Inconnaissable en lui prêtant ainsi des sentiments humains, et en particulier un des plus bas parmi les sentiments humains : un goût pour la flatterie et un incessant désir d’applaudissements. Comme dit Valéry dans son Ébauche d’un serpent : « Ô vanité, cause première ! » – En outre, il y a là aussi une inconséquence : car si Dieu a des sentiments humains, il n’y a pas de raison qu’il n’en ait pas aussi d’autres que celui-là : en particulier du mépris pour des créatures si viles qu’elles passent toute leur vie à s’aplatir devant lui.

 

Finalement, l’absurde théologie évangélique me semble corroborer la définition que Borges donnait de la théologie : « Une branche de la littérature fantastique. »

 

Anthropomorphisme ! (D.R.)

 

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 02:01

 

A la suite de l'assassinat perpétré par un fanatique qui vient de faire à Nice trois malheureuses victimes, plusieurs voix se sont élevées disant qu'il fallait prier pour ces dernières.  Je reproduis donc un article paru dans Golias Hebdo en 2015, traitant d'un contexte similaire.

 

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Dans la foulée des attentats de Paris et de Saint-Denis, le slogan Pray for Paris (« Priez pour Paris ») a inondé les réseaux sociaux pour rendre hommage aux victimes du terrorisme. Il a dû sembler naturel à beaucoup, surtout ceux qui sont habitués aux mœurs états-uniennes, mais personnellement je le trouve à la fois bizarre, et dangereux.

 

Bizarre, parce que prier pour un mort implique nécessairement qu’on veut lui venir en aide. Et pour quelle occasion, sinon à la pensée du Jugement qu’il va subir, lui ou son âme, de la part d’un Dieu compris comme un Juge suprême ? Il faut donc aider le défunt en intercédant pour lui dans l’examen dont il va être l’objet. Je sais bien que tous ces PPL (« Priez pour lui ») inondent tous nos cimetières. Mais ne suffirait-il pas au moins ici, s’agissant de victimes totalement innocentes, de penser à elles ? Elles n’ont nullement besoin de notre aide.

 

D’autre part, ce slogan est dangereux par l’image de Dieu qu’il implique. Il est vu comme un être transcendant, antérieur et extérieur à nous, dont il faut s’attirer les bonnes grâces : si on lui obéit, on en espère une récompense. Mais si on lui désobéit, il est fondé à nous punir. Au fond, le ressort essentiel est la peur qu’on a de lui, et le désir de s’en protéger. De ce point de vue, les auteurs de ce slogan se situent exactement au même niveau que les agresseurs des malheureuses victimes, dont l’option religieuse est absolument identique à la leur : un Dieu vindicatif qu’il importe, en s’abaissant soi-même, de se rendre favorable.

 

Une attitude authentique de résistance serait, en la matière et chez les croyants même, un changement total de la conception de Dieu, ou du divin. Peur et espoir, il faudrait comprendre que tout cela est en nous-mêmes, et qu’il est inutile de les projeter à l’extérieur de nous, de créer une quelconque entité transcendante qui les justifierait. Et non seulement inutile, mais dangereux. Car l’homme n’est cruel qu’à proportion qu’il se sent faible. Il fait payer aux autres la soumission où il se met face à son Idole, la frustration qu’il en ressent, surtout s’il s’aperçoit que les autres n’ont pas la même option et le même mode de vie que lui.

 

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A lire aussi, sur le même sujet :

 

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Exemple de prière de demande (rogation), à la fois infériorisante (supplication), et extrêmement agressive :

Prière
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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 02:01

Je la vois comme un sanctuaire dévolu à l’instruction, et ceux qui y officient comme les gardiens et les transmetteurs du savoir. Il faut la préserver jalousement des influences extérieures, dont celle aujourd’hui envahissante de certains parents. On l’a vu avec l’affaire de l’assassinat de notre malheureux collègue professeur d’histoire, crime qui trouve son origine dans la plainte d’un parent d’élève.

 

À cet égard je suis très heureux que le président de l’Assemblée nationale ait affiché son soutien aux enseignants en rappelant que l’école « n’est pas la démocratie participative », et en déclarant : « Les parents devraient rester hors de l’école et foutre la paix aux profs. » (Source : 20minutes.fr, 21/10/20)

 

Le rôle des parents n’est pas fondamentalement d’instruire, mais celui d’éduquer leurs enfants. L’instruction, elle, revient aux professeurs, qui ont la compétence pour l’assurer. Ce n'est pas aux parents de dire aux professeurs ce qu’il faut enseigner et comment il le faut. S’ils se croient autorisés à le faire, ils pratiquent un très fâcheux mélange des genres. Et ils devraient même réfléchir que simplement pour éduquer les enfants beaucoup d’entre eux sont défaillants, et que ce n’est pas le rôle principal de l’école de les suppléer. Comme dit le proverbe : Chacun son métier et les vaches seront bien gardées.

 

Autrefois, quand un enseignant punissait un élève, le parent doublait la punition. Il y avait un grand consensus là-dessus, et la confiance, nécessaire au bon fonctionnement de la société, existait naturellement. Mais aujourd'hui nous en sommes loin, et l'enseignant est souvent sommé de rendre des comptes. Le complexe autorité-confiance se perd (voyez aussi, par exemple, les médecins, souvent objets de suspicion, etc.).

 

Je parle ici d'expérience, ayant fait toute ma carrière comme professeur dans l'enseignement public. Aussi cette emprise parentale sur l’école, matérialisée par la participation aux divers conseils et réunions, procède d’un esprit clientéliste, ou consumériste, qui caractérise toute notre société. L’école devient un prestataire de services comme un autre, dont on attend un résultat, et que l’on peut noter en fonction de ce résultat : voyez les différents palmarès publiés, où le rang de chaque établissement est fonction du service rendu (ou de ce qu’on croit être tel), et les différents « Salons de l’Étudiant » où chacun fait son marché et apprécie en quelque sorte le rapport qualité/prix des prestations offertes, ce consumérisme touchant aussi lycéens et étudiants. C’est aussi le sort de tous les services publics, comme la Poste ou la SNCF, où les anciens usagers sont devenus des clients : capitalisme libéral oblige !

 

Cette manie du classement oublie que l’enseignement que prodigue l’école est par principe un savoir gratuit, au sens de définalisé, qui vise essentiellement à développer l’esprit libre, en dehors de tout lien avec la consommation et la société marchande. Le mot école vient, via le latin, du grec skholè, qui veut dire loisir. Il ne faut jamais l’oublier.

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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