25 septembre 2016
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Je ne comprends pas pourquoi tant de gens l’étalent sur Internet, par exemple sur les réseaux sociaux. Combien s’exhibent sans vergogne, eux et leurs proches, sur la Toile face à des inconnus ! Et aussi sans prudence, car qui sait ce que tel post peut produire comme conséquences ? Sur Internet, on peut traîner des « casseroles » bien longtemps, et le « droit à l’oubli » n’est jamais garanti.
Je viens de lire qu’une jeune autrichienne de 18 ans vient d’attaquer en justice ses parents, pour avoir publié depuis 7 ans un demi-millier de photos la représentant toute petite, « y compris bébé nue dans son berceau, ou lors de changement de couches, ou apprenant à faire sur le pot. » (Source : rue89.nouvelobs.com, 15/09/2016) Son père estime que puisqu’il a pris les photos, elles lui appartiennent et il a le droit de les publier. Mais elle leur reproche de ne connaître en l’affaire ni honte ni limites. L’avenir dira si elle gagne son procès.
Certes je comprends bien que des parents trouvent que leur enfant est le plus beau de tous. Leur narcissisme en est flatté. Mais songent-ils que leurs enfants ne sont pas à eux ? Ils pourraient suivre le conseil que leur donne Gibran : « Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. »
D’un point de vue juridique, il est vrai que les lois autrichiennes sur la vie privée appliquées aux réseaux sociaux sont moins strictes que dans d’autres pays : en France, la publication d’une photo sans le consentement de la personne peut être fortement sanctionnée – jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Mais qui y pense ? Et qu’il s’agisse d’enfants petits ne change rien à la donne, car ils grandiront et pourront être exposés aux résultats catastrophiques de l’indiscrète fierté de leurs géniteurs. Iront-ils alors jusqu’à dire comme Jules Renard que tout le monde n’a pas la chance d’être orphelin ?
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Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)
21 août 2016
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Peut-être ce mot va-t-il avoir un jour droit de cité dans nos dictionnaires. Formé à partir du grec, il signifie « haine des pauvres ». Le mouvement ATD Quart Monde vient en effet de lancer une consultation sur les réseaux sociaux, baptisée « Un nom pour dire non », pour désigner l’exclusion dont aujourd’hui les pauvres sont victimes. D’autres noms ont été proposés : comme « classisme », « paupérophobie », « pauvrophobie », « pauvrisme », « misérophobie » (Télérama, 06/072016, p.14). Personnellement, je préfère le premier, qui ne mêle pas le grec et le latin.
Le problème est que cette recherche d’un nom pour un phénomène atteste bel et bien son existence. Comment est-on passé de la valorisation traditionnelle des pauvres, sur fond de morale chrétienne, au mépris dont aujourd’hui on les accable ? De leur défense prise par La Bruyère dans ses Caractères, de l’« éminente dignité des pauvres » dont parlait Bossuet appelant les riches à « porter leur fardeau », ou encore de leur sanctification telle qu’on la voit dans Le Mendiant de Victor Hugo, à leur exclusion nécessitant de trouver un nom pour leur mise à l’écart ? Cette « précarité sociale », doux euphémisme dont on les affuble, est bien devenue aujourd’hui un critère de discrimination.
Lorsque Baudelaire dans un de ses Poèmes en prose, disait : « Assommons les pauvres ! », ou encore lorsque Autant-Lara, dans La Traversée de Paris, faisait dire à Gabin : « Salauds de pauvres ! », il s’agissait d’un discours subversif, destiné à critiquer un catéchisme humanitaire anesthésiant, une passivité s’accommodant de l’ordre social en place, et finalement appelant à la révolte des exclus. Mais aujourd’hui ces formules ne sont pas prises pour ironiques, mais au premier degré. Je pense à la phrase d’un publicitaire naguère, qui avait mis pourtant ses talents à faire élire un Président de gauche : « Si on n’a pas de Rolex à cinquante ans, c’est qu’on a raté sa vie. » Autrement dit : Vous êtes pauvres, c’est bien fait pour vous !
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Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)
8 août 2016
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Il est insupportable à beaucoup. Toujours se rejoue pour ceux qui souffrent de leur obscurité sociale le cas d’Érostrate, qui incendia le temple d’Artémis à Éphèse. Il cherchait simplement la célébrité et n’avait pas d’autre moyen d’y parvenir. Les Éphésiens interdirent de citer son nom, mais leur décision ne fut pas suivie, puisque ce nom est passé à la postérité, l’histoire étant mentionnée par maints historiens antiques. Plus près de nous, elle est reprise dans une des nouvelles qui composent Le Mur, de Sartre : on y lit que si l’architecte du temple nous est demeuré inconnu, il n’en est pas de même de son destructeur, dont ainsi le calcul a été couronné de succès.
Il est aussi celui des auteurs des attentats barbares auxquels nous assistons. Leur but est de semer la terreur à l’aveugle, de faire parmi les populations qu’ils honnissent le plus de victimes possibles avec les moyens minimaux dont ils disposent. Évidemment ils veulent que leur acte ait le plus de retentissement médiatique possible, de façon que la terreur qu’ils initient se répande le plus, et que leur nom soit connu de tous, en tant que martyrs héroïsés. En quoi ils ont raison, puisque tous les médias ne tarissent pas de renseignements sur les auteurs de ces massacres. De totalement inconnus qu’ils étaient, les voilà devenus des vedettes de l’actualité. Leur revanche est une énorme célébrité posthume, et tant que ce processus perdurera, il fera tache d’huile, beaucoup de candidats pouvant se présenter ensuite pour les imiter.
Nos gouvernants tombent ainsi dans le piège de l’organisation terroriste. Aussi la première des mesures à prendre serait de faire un silence complet, une fois le crime perpétré, sur l’identité de ses auteurs, une de leurs motivations essentielles étant leur refus de l’anonymat. Mais notre curiosité de voyeurs est telle qu’on continue de la satisfaire, et de l’alimenter par la publicité qu’on donne aux criminels. L’irréflexion est totale, et ne peut qu’accentuer l’enchaînement même de ces crimes.
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Chroniques de Golias Hebdo (Actualité)