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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 02:01

On en formule à chaque début d’année. Ordinairement on souhaite aux autres la réalisation de leurs désirs. Et si, pour une fois, on essayait de varier la formulation, dire par exemple : « Je vous souhaite de ne pas obtenir, cette année, tout ce que vous désirez » ? Je vois d’ici les réactions : De qui se moque-t-on ? Que lui ai-je fait pour qu’il m’agresse ainsi ? – Et pourtant...

 

Pourtant il y a sûrement quelque sagesse à ne pas vouloir obtenir tout ce qu’on désire. Tout simplement parce que s’il y a obtention, on ne peut plus rien désirer. Il est dur, certes, de ne pas obtenir ce qu’on désire. Mais il peut être aussi dur de l’obtenir. On peut menacer quelqu’un de l’accomplissement de tous ses vœux. Les dieux nous punissent en nous exauçant.

 

« Le désir fleurit, la possession flétrit toute chose », dit Proust. L’expression : « laisser à désirer », chez nous péjorative, peut être réhabilitée dans un sens positif. Qui ne voit que la vraie fête est la veille de la fête, le vrai dimanche le samedi soir, et le meilleur moment en amour, quand on monte l’escalier ? Quand quelque chose a commencé de se réaliser, l’émotion et l’élan initiaux diminuent, et très vite s’installe l’habitude, fossoyeuse du cœur. C’est peut-être pour cela qu’au deuxième jour de la création Dieu ne redit pas que ce qu’il a fait est bon (Genèse 1/8).

 

Je laisserai sourire les lecteurs, sceptiques devant cet idéalisme, qui chez certains esprits au moins est profondément ressenti. Pensez à la réponse que fait chez Saint-Exupéry l’aviateur au Petit Prince qui lui demande de dessiner un mouton. Comme aucun mouton dessiné ne satisfait l’enfant, finalement l’aviateur lui dessine la caisse dans laquelle le mouton est contenu, à charge pour lui de l’imaginer. C’est la seule réponse satisfaisante. Je trouve, après Bachelard par exemple, qu’un coffret, une armoire, pourquoi pas l’enveloppe d’une lettre, sont plus attirants fermés, parce qu’on peut davantage imaginer leur contenu. Et je laisserai les analphabètes du cœur se ruer pour les ouvrir...

 

Vœux (2)

***

 

Voir aussi : 

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 02:01

Une vaste enquête de la BBC, « The Rest Test », vient de montrer que pour la plupart des gens il faut être seul pour se sentir pleinement reposé. La solitude choisie (à ne pas confondre avec l’isolement subi, qui est une mauvaise chose) est éminemment positive. Elle nous permet de nous écouter, d’être attentif à nous-mêmes, ce qu’on ne fait pas lorsqu’on est sans cesse sollicité. L’étude se termine même par un éloge de la paresse, notion pourtant chez nous culpabilisante : « Nous avons vraiment besoin de combattre l’idée que si vous prenez plus de repos, vous êtes paresseux. Le fait que les gens qui se reposent le plus sont ceux qui vont le mieux prouve sa nécessité. » (Source : BBC.com, 27/09/2016)

 

Cela fait bien longtemps que je suis persuadé de tout cela. Que les obligations sociales soient stressantes et aliénantes, et qu’à l’inverse la recherche de la solitude soit bénéfique et féconde pour se retrouver et se réunir à soi-même, voilà ce que j’ai toujours défendu, aussi bien dans mes paroles et mes cours que dans mes livres. Je suis loin d’ailleurs d’être le premier. L’attention à soi n’est possible que dans cette solitude qui permet d’atteindre ce qu’on appelle l’état de pleine conscience (Mindfulness), essentiel dans la méditation bouddhiste, mais aussi principe et méthode utilisés aujourd’hui en thérapie pour la réduction du stress. Évidemment on ne conçoit pas de suivre cette voie à plusieurs.

 

Quant à la paresse vitale, il suffit de lire Le Droit à la paresse de Paul Lafargue (1880), pour se persuader que le travail n’a en soi aucune valeur, et que ce sont « les prêtres, les économistes, les moralistes » qui ont favorisé cet amour absurde que l’on a pour lui, et qu’ignoraient les civilisations antiques. Le dolorisme et le masochisme chrétiens n’ont pas peu fait pour cette valorisation.

 

Bien sûr, on pourra ne pas généraliser ces considérations. Retenons tout de même l’idée que le repos en solitude et le farniente sont éminemment nécessaires, au moins comme haltes, pour se rééquilibrer.

 

D.R.

D.R.

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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 02:01

Le jour de Noël dernier, à midi, 150 000 cadeaux reçus dans la nuit étaient déjà en vente sur EBay. Un sondage a montré que 40% des destinataires ont avoué « ne pas aimer leur cadeau ». Et on a estimé qu’entre Noël et le Jour de l’An le montant des cadeaux revendus pourrait s’élever à 350 millions d’euros. C’est ce que j’ai entendu au Journal de 19 heures de France Inter, le 25 décembre dernier.

 

L’échange des cadeaux relève donc souvent aujourd’hui d’un pur formalisme : c’est une démarche qu’on effectue par tradition, mais elle est vidée de vraie signification, puisqu’aussitôt reçu le cadeau est appelé la plupart du temps à rentrer dans le grand cycle de la circulation des marchandises. Cela montre bien l’esprit mercantile qui anime notre civilisation de la consommation : elle n’a égard, de façon strictement utilitaire, qu’aux biens effectivement convoités, et oublie le reste, l’intention humaine qui normalement doit présider à l’offrande d’un cadeau, et être en tant que telle respectée.

 

Tout ce qu’on peut dire alors est que le commerce et l’économie sortent gagnants de cette déshumanisation. Mais accepter cet argument reviendrait à sanctionner notre aliénation. Car de même que, selon la parole évangélique, le sabbat est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat, on pourrait dire que l’économie est faite pour l’homme et non pas l’homme pour l’économie.

 

Je songe maintenant à l’étonnement navré qui pourrait affecter celui qui découvre en vente sur EBay le cadeau qu’il a fait lui-même de bon cœur. Ou bien simplement celui à qui l’on demande, en recevant le cadeau, le ticket de caisse en vue d’un échange. Car offrir n’est pas toujours une action purement formelle : certains encore peuvent y investir leur âme. Le problème est que cette belle attitude altruiste peut s’oublier chez d’autres, au bénéfice du seul calcul personnel. J’aimerais bien croire, avec Claudel, que « le pire n’est pas toujours sûr ». Mais à voir parfois les réactions de mes contemporains, je n’en suis pas du tout certain.

 

D.R.

D.R.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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