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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 02:01

J’ai entendu, aussi bien à la radio qu’à la télévision, Michel Onfray faire la promotion de son dernier livre Décadence. Il y annonce la mort de notre civilisation judéo-chrétienne, et avec lui je serais bien d’accord, vu la sécularisation de notre société que chacun peut constater. Il dit aussi que le christianisme n’est qu’une vaste fiction, construite à partir de textes de la Bible juive pris comme des prophéties dont on a pensé qu’elles avaient été réalisées effectivement. Il y inclut la figure du Christ, pour lui totalement inventée, à la fois au sens ancien (invenire) de trouvée dans le Texte de référence, et au sens moderne, imaginée, objet d’un progressif storytelling ecclésial, et aussi finalement politique, à partir de Constantin. Cette position d’un Christ personnage fictif a d’ailleurs déjà été soutenue naguère par Prosper Alfaric, et plus récemment par Bernard Dubourg dans L’Invention de Jésus, comme je l’ai indiqué à l’article Mythistes de mon Petit lexique des hérésies chrétiennes (Albin Michel, 2005).

 

Avec tout cela encore je pourrais être d’accord. Mais là où je me suis senti en opposition avec Onfray, c’est sur le statut du mythe. La « fonction fabulatrice », comme dit Bergson, est vitale pour l’homme : il est le fils de ses propres fictions, qui le construisent, l’édifient. Il descend du Songe. Qu’il y ait donc un mythe chrétien, soit. Mais qu’il soit une mystification, comme cela ressort finalement de la façon qu’a notre auteur de s’exprimer, je ne l’approuve pas. Car le mythe non seulement fait battre le cœur, mais aussi il éveille l’intelligence, n’en déplaise à l’athée Onfray, qui rejette sans regret aux oubliettes toute la construction chrétienne. Bien sûr il faut faire un tri dans les textes. Mais enfin, qui niera que la parabole du Bon Samaritain, ou de l’Enfant prodigue, ou même celle des Talents, ait une profonde vérité ? Il n’y a pas que les sages antiques qui puissent soigner notre âme, comme le pense notre philosophe, que je trouve ici trop polémique et sélectif.

 

***

Voir aussi, sur le même sujet :

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 18:27

La confiance et la peur sont les deux pôles entre lesquels nous oscillons dans nos vies. Mais la première a précédé la seconde. Voyez comment les enfants sont encore pleins de confiance, comment ils vont au-devant des inconnus, avec un beau sourire. Ce sont les parents, les adultes qui ensuite la détruisent en sabotant leurs élans : On ne va pas vers quelqu’un qu’on ne connaît pas, on ne lui sourit pas, etc. En fait ils projettent leur propre peur sur leur progéniture. Et pourquoi cette peur ? Parce qu’ils imaginent toujours l’existence de dangers, par des anticipations qui ne sont pas forcément toujours justifiées. Voyez alors ces maximes qui, dit-on, sont la sagesse des nations : Méfiance est mère de sûreté, etc.

 

Mais si c’était le contraire ? Si la mère de la sûreté était la confiance ? Bernanos disait de la sagesse qu’elle était « le vice des vieillards ». Elle est bien rancie en tout cas, et paralyse beaucoup d’adultes tout au long de leur vie. Ils n’osent rien faire, par peur de ce qui pourrait en résulter. Écoutons ce que dit Scapin chez Molière : « Je hais ces âmes pusillanimes, qui pour trop prévoir les suites des choses, n’osent rien entreprendre. »

 

On se rassure ordinairement d’une expression comme : « Il ne t’arrivera rien ». Mais est-il quelque chose de plus terrifiant que cette formule, qu’on peut comprendre au rebours du sens habituel : « Rien ne t’arrivera » ?

 

Pour se délivrer des peurs, pour continuer à avancer dans la vie (car, comme à bicyclette, il y faut avancer pour ne pas tomber), écoutons ces petits enfants pleins de confiance et ignorant la peur, à qui appartient le Royaume, à en croire le texte évangélique, y compris celui de Thomas : « Ses disciples dirent : ‘Quel jour nous apparaîtras-tu et quel jour te verrons-nous ?’ Jésus dit : ‘Lorsque vous vous départez de votre pruderie et prenez vos vêtements, les déposez à vos pieds comme les tout petits enfants, les piétinez, alors vous verrez le Fils de celui qui est Vivant et vous n’aurez pas peur.’ » (logion 37).

 

D.R.

D.R.

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 02:01

Il existe réellement sur Internet. Ainsi, harcelée sur Facebook par des messages insultants lui disant qu’elle était grosse et laide, une adolescente de 18 ans a fini par mettre fin à ses jours d’un coup de revolver. Elle avait bien voulu porter plainte, mais la police lui avait dit qu’elle ne pouvait rien pour elle, car les harceleurs utilisaient une application rendant leurs messages intraçables (Source : fredzone.org, 04/12/2016).

 

Pourquoi attacher tant d’importance au regard des autres ? Certes les adolescents sont particulièrement fragiles de ce côté-là, car ils ne se sont pas encore assumés tels qu’ils sont, et leur tribunal est très souvent le regard d’autrui. Mais aussi l’éducation qu’ils reçoivent ne les protège pas, et cet asservissement aux autres est souvent intégré comme normal chez les adultes mêmes. Combien de parents connaissons-nous, qui menacent leurs enfants de les corriger « devant tout le monde », pour leur faire honte ! Combien aussi les menacent de la sanction du ridicule : « C’est ainsi qu’il faut se comporter, car sinon, de quoi est-ce qu’on aurait l’air ? »

 

On aurait l’air tout simplement de personnes qui ne réfléchissent pas. C’est un trait de bêtise que de décréter ridicule ce que l’on n’assume pas. On se range à la doxa, à l’opinion publique dont on sait qu’elle écrase, de façon fascisante, tout individu qui ne s’y conforme pas. Ici, il s’agit des valeurs de représentation. Mais ce qui compte chez un individu, c’est non pas ce qu’il a en termes de possession, ou ce qu’il représente en termes d’image, mais ce qu’il est, au fond de lui-même. Que n’a-t-on la sagesse de Sacha Guitry, qui disait : « Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d’eux, ils en diraient bien davantage » !

 

Si les parents et les éducateurs montraient aux enfants, dès l’origine, la nécessité de se moquer absolument de ceux qui se moquent d’eux, la suite serait moins tragique, et on éviterait les lynchages du genre de celui dont a été victime notre pauvre adolescente.

 

D.R.

D.R.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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