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28 avril 2025 1 28 /04 /avril /2025 01:00

Elle a marqué beaucoup de positions du défunt pape François. Ainsi l’appui inconditionnel qu’il a toujours porté aux migrants. Ce faisant il se situait, par exemple, dans le droit fil de l’épisode évangélique du Bon Samaritain. L’intention évidemment était belle et louable, même si le président français a rappelé à ce propos et au nom du réalisme la phrase de Michel Rocard, selon laquelle un pays ne peut pas accueillir toute la misère du monde. [lien]

 

En fait la voix de François en la matière était celle d’un prophète. On sait que ce dernier a toujours mission de réveiller les consciences assoupies. Contre la tiédeur et la fossilisation où peut mener l’observation machinale de la Loi, la voix prophétique a une fonction d’aiguillon. Elle fait entendre ce que peut être une morale ouverte, par opposition à la morale close des sociétés figées : Bergson a bien montré cela dans Les Deux sources de la morale et de la religion.

 

Mais la radicalité prophétique se heurte souvent à la nécessité d’une réflexion plus nuancée sur des cas concrets. Le cas de la guerre est typique à cet égard. On sait que François était partisan d’un pacifisme complet. Sa réaction sur l’Ukraine, qu’il a conviée à dresser le drapeau blanc de la capitulation face à l’agression russe, le montre bien. Je ne sais s’il a voulu en l’espèce ménager le patriarche orthodoxe Kyril, ami de Poutine. Je préfère penser qu’à ses yeux il n’existait pas de guerres justes, dont le seul but est de se défendre. C’est pourtant le cas de ce conflit.

 

C’est le propre du prophète que de maximaliser la position qu’il défend, pour persuader la foule qui l’écoute d’un changement possible par rapport à ce qu’elle connaît. Bien sûr on a besoin de lui, quand l’écoute de la seule raison est décourageante. Mais cela ne dispense pas, ensuite ou à côté, d’ouvrir les yeux.

 

Voyez ce que dit Isaïe : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. » (11/6) Cette très belle maxime dessine simplement un horizon, trace un espoir : un jour viendra où il n’y aura plus de guerre. Qu’on en ait besoin comme d’un réconfort pour le présent, soit. Mais il est difficile de l’appliquer à l’analyse d’un vrai conflit. Peut-être le loup dormira-t-il avec l’agneau, mais cette nuit là l’agneau ne dormira pas beaucoup…

 

D.R.

 

 

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26 avril 2025 6 26 /04 /avril /2025 01:02

Un ancien article (25 novembre 2021)

 

C’est contre lui que s’est élevé le pape François, dans une intervention du 20 août 2018 : il faut, a-t-il dit, « dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme ». Je pensais donc que la question était entendue, et que cette décision essentielle était actée. Pourtant, lors d’une cérémonie pénitentielle à Lourdes, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la conférence des évêques de France a déclaré : « Ô Dieu, pardonne-nous de n’avoir pas compris que le pouvoir que tu nous donnes demande une exemplarité sans faille. » (Source : Cath.ch, 07/11/2021)

 

Sans doute cet évêque n’a-t-il lui-même rien vu de répréhensible dans ce qu’il a dit, qui a dû lui venir aux lèvres tout naturellement, et je dirai naïvement. Et pourtant c’est bien là que le bât blesse. Par cette simple expression « le pouvoir que tu nous donnes », le clerc est mis à part des autres hommes, par rapport auxquels il est situé en position de supériorité et de domination. C’est donc bien là une réapparition de ce cléricalisme qu’on pensait ou espérait disparu après l’intervention papale. Comme si ce réflexe révélant le goût du pouvoir était si profondément invétéré qu’il peut toujours ressurgir à telle ou telle occasion, même à l’insu de ceux qui peuvent le faire réapparaître.

 

Jésus n’a pas voulu du pouvoir sur les hommes, si l’on en croit sa Tentation au Désert rapportée dans les évangiles synoptiques : pas plus le pouvoir direct par imposition de la force, que celui, indirect, consistant à éblouir les hommes par des miracles. Le second d’ailleurs, qui touche les âmes, est plus sournois et dangereux que le premier, qui ne touche que les corps. C’est pourquoi la version de Luc termine par lui, pour indiquer qu’il y a là une tentation majeure.

 

Eh bien, les hommes d’église y ont souvent succombé, et, on le voit, le font encore. Préposés à la thaumaturgie (voyez la transsubstantiation, ou encore l’absolution), leur pouvoir s’y satisfait. Devant lui on ne peut que baisser la tête, comme on le fait à la messe, lors de l’Élévation. Évidemment ce pouvoir miraculeux vient de la projection que font les fidèles sur l’officiant. Comme le dit La Boétie des tyrans : « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »

 

Le peuple fidèle grandira lorsque ses pasteurs seront au même niveau que lui : tous simples hommes cherchant Dieu. Mais peut-on faire disparaître chez l’homme le désir de pouvoir, la libido dominandi ?

 

D.R.

 

***

 

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16 avril 2025 3 16 /04 /avril /2025 01:00

J’ai regardé l’émission Femmes prêtres : Vocations interdites, diffusée sur Arte en fin de soirée, le 12 avril dernier. A cette occasion beaucoup de revendications féministes, anti-patriarcales que j’ai entendues, sympathiques au demeurant, ne m’ont pas paru toucher l’essentiel de la question, qui tient à mon avis à la fonction spécifique du prêtre dans l’Église catholique. Il est la figure d’un sacrificateur, et c’est pourquoi je doute, sauf à supprimer cette figure, que cette fonction puisse être incarnée par une femme.

 

On sait que la Messe, élément central de la construction catholique, a deux phases. D’abord la liturgie de la Parole, où il s’agit de méditer sur un héritage textuel transmis. Les femmes peuvent parfaitement transmettre cet enseignement, qui n’est pas genré – comme cela se passe chez les pasteurs protestants ou les rabbins juifs. Mais ensuite, à partir de l’Offertoire, il s’agit de réitérer en le mettant en scène le sacrifice du Christ, et c’est ce rôle qui est dévolu au prêtre, incarnant par exemple la figure du Grand Prêtre Melchisédech. Tous les éléments du scénario sacrificiel sont réunis : l’Offertoire est l’offrande de la victime expiatoire, l’autel en est le lieu et le support, et la prière d’invocation (l’épiclèse) a pour but de la rendre propice pour les assistants.

 

Eh bien, il me semble que ce rôle ne peut pas être tenu par une femme. Cette dernière transmet la vie, elle ne l’ôte pas. Dans les campagnes, traditionnellement, c’est l’homme qui sacrifie, la femme se contente de recueillir le sang. En Corse aussi, lorsqu’une femme veut pratiquer la vendetta, elle se déguise en homme. Et on sait, les statistiques criminelles le montrent, que les hommes qui tuent en versent le sang sont infiniment plus nombreux que les femmes.

 

Cette répartition fonctionnelle explique il me semble le refus de l’Église d’ordonner prêtres les femmes. Mais je ne comprends pas pourquoi elles se cramponnent encore à cette revendication. Car est-il encore désirable d’incarner un rôle qui à y bien réfléchir n’est pas très reluisant ? Dans ce théâtre sanglant, on implore un dieu potentiellement courroucé qu’il faut apaiser (placare, dit le Canon romain), seule une effusion de sang procurant le pardon, selon l’Épître aux Hébreux (9/22). N’y a-t-il pas une meilleure ambition, plus humaine, plus empathique, plus féminine au fond, que celle de se prêter à ce rituel sanglant ?

 

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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