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23 mars 2025 7 23 /03 /mars /2025 02:00

L

a police de Chicago enquête sur le viol présumé d’une Américaine de 15 ans retransmis en direct sur Facebook Live. Une quarantaine de personnes ont regardé la vidéo en direct, selon la police, sans qu’aucune d’elles prévienne les autorités. (Source : LeMonde.fr, 23/03/2017)

 

Ce n’est pas la première fois que des événements de ce type, agressions, accidents, suicides même, filmés et diffusés en direct par le même canal, se produisent sans susciter de réactions de la part de ceux qui les regardent. Le réseau social, malgré l’existence de modérateurs, ne supprime les vidéos violentes ou choquantes qu’après qu’elles ont été signalées en tant que telles par des utilisateurs (même source).

 

À l’évidence, ce non-signalement devrait être une infraction à la loi. Quiconque est le témoin d’un fait analogue est normalement tenu d’en informer la police, sauf à être accusé de non-assistance à personne en danger.

 

Il est même plus coupable en un sens que l’acteur lui-même de la scène : laisser faire, disait Péguy, est pire que faire. Car celui qui fait, il a au moins la hardiesse de faire. Mais pour celui qui laisse faire, il y a la lâcheté en plus. Il semble qu’il y ait partout, aujourd’hui, une lâcheté infinie : il y a plus de crimes qui se commettent en fermant les yeux que par vraie scélératesse. Le silence des pantoufles est plus effrayant que le bruit des bottes.

 

Mais en l’espèce les yeux sont restés ouverts par fascination morbide, par voyeurisme. Freud, puis Jacques Lacan ont parlé de la « pulsion scopique », ou « scopophilie », qui renvoie aux zones les plus troubles de l’être, en dépersonnalisant totalement ce qui est regardé.

 

Aussi c’est un trait de civilisation. À force de voir le déluge d’images dont chaque journée nous gratifie, on ne distingue plus l’image du réel : tout n’est que cinéma, ou jeu vidéo. Il y a là une véritable et constante aliénation : l’image sidère et anesthésie, elle ne nous ouvre plus les yeux sur la vie, et ce que nous voyons n’est plus qu’une fantasmagorie de somnambule, un rêve éveillé. Yeux grands ouverts peut-être, mais aussi grands fermés : Eyes wide shut.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 6 avril 2017

 

D.R.

 

***

 

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Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

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21 mars 2025 5 21 /03 /mars /2025 02:00

Ce mot récent, contraire du libéralisme, désigne une doctrine qui défend la voix de la majorité au détriment de l’État de droit. Ce concept devenu populaire fait concurrence à celui de « populisme ».

 

Traditionnellement la démocratie libérale distingue des pouvoirs spécifiques qu’il convient de bien séparer : exécutif, législatif, et judiciaire. Les deux derniers sont des instances de contrôle, nécessaires pour borner les abus toujours possibles du premier. Montesquieu par exemple a bien insisté sur l’importance de leur indépendance. Il y a là une grande prudence, et une vision lucide de l’être humain, qu’il convient de prémunir contre sa propre folie en restreignant ses possibilités d’agir. Peut-être cette vision dans la vieille Europe a-t-elle été induite par le choix du dogme du péché originel : l’être humain n’est pas totalement libre, il doit être protégé contre lui-même.

 

Important aussi est le mandat qui est confié en démocratie libérale aux dirigeants : il est limité dans le temps. On peut en changer si l’on n’en est pas satisfait. C’est une sécurité supplémentaire, qui évite la confiscation du pouvoir par une autocratie. Mais certains voient dans ce caractère éphémère une condamnation à la paralysie, les mesures prises ne l’étant toujours qu’à un horizon assez bref, et toujours susceptible d’être modifiées ensuite.

 

Aussi les critiques de ce système, les illibéraux, veulent abandonner toutes les protections susdites, pour ne recevoir comme socle et moteur de l’action politique que le suffrage des citoyens, exprimé une fois pour toutes. Ce n’est pas pour rien que l’illibéralisme qui triomphe actuellement vient des Etats-Unis, peuple majoritairement protestant, de tendance libertarienne, qui ne croit pas au péché originel : victoire de Pélage sur saint Augustin !

 

Or Hitler, on le sait, fut élu démocratiquement. Et ce fut sur un saccage de toutes les protections traditionnelles en usage alors. Et en outre que penser du seul vote même, support obligé de toute démocratie ? Que dire d’une opinion exprimée sans réflexion ? La foule peut préférer Barrabas à Jésus. Et combien il est facile de diriger les esprits ! Voyez là-dessus Propaganda – Comment manipuler l’opinion en démocratie, d’Edward Bernays (1928). On voit le danger qu’il y a si l'on prétend qu’il suffit de demander son avis au peuple, surtout si l’ayant fait une fois on fera en sorte de ne pas le lui demander à nouveau.

 

 

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19 mars 2025 3 19 /03 /mars /2025 02:00

E

ntendu en ce jour de l’investiture de notre nouveau président, 15 mai 2012, au journal de 13 heures de France Inter, lors d’un micro-trottoir, ce commentaire dépité d’un partisan du président sortant : « On avait un président qui en avait… Vous voyez ce que je veux dire… » Évidemment, pour lui, le nouvel élu, qui par ailleurs répète qu’il se veut « normal », « n’en a pas… »

 

Je suis resté effaré, non tant par la trivialité ou la grossièreté du propos, que par la vision de la politique qu’il dénote, et qui est sans nul doute partagée encore par bien des hommes machistes. On préjuge des liens nécessaires entre la compétence au pouvoir et la performance sexuelle masculine.

 

Bien entendu, je suppose ici connue des lecteurs le sens de l’ellipse contenue dans cette expression française. En anglais par exemple l’ex­pression « En avoir ou pas » peut concerner simplement l’argent, comme il se voit dans le roman d’Hemingway qui porte ce titre.

 

Cette virilité hautement affirmée et posée comme gage d’efficacité m’a toujours fait rire. Elle se trouve dans Le Cid de Corneille, qui n’est à bien des égards qu’une pièce simplement phallocrate, où l’honneur chevaleresque, comme l’a remarqué Schopenhauer, ne fait que se pavaner et se camper absurdement comme un coq sur ses ergots. Il suffit de transcrire le fameux : « Rodrigue, as-tu du cœur ? », par le sens trivial qu’il recouvre en fait : « Rodrigue, est-ce que tu en as ? » Ne craignons donc pas de revisiter nos classiques…

 

... Et de revisiter aussi nos préjugés. Quid de la fameuse force virile, et de la supposée faiblesse féminine ? Bien souvent la femme est bien plus courageuse, volontaire et énergique que l’homme, et l’ex­pres­sion « le sexe faible » est ici un cliché. Il ne faut donc pas généraliser.

 

Au reste, à force de s’obnubiler sur sa virilité, l’homme oublie qu’il peut la perdre, et bien facilement. C’est alors que toute sa fierté peut s’effon­drer. Comme le dit le proverbe latin : « Neque semper arcum tendit ApolloEt Apollon ne tend pas toujours son arc… »

 

Article paru dans Golias Hebdo, 24 mai 2012

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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