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19 octobre 2025 7 19 /10 /octobre /2025 01:00

Un ancien article (15 décembre 2022)

 

À la fin du confinement dû au Covid, on s’attendait à ce qu’il y ait une explosion de la vie sociale. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit. Le monde du spectacle est sinistré. Les salles de théâtre et celles de cinéma sont loin d’être pleines. Certaines même menacent de fermer. Pour prendre simplement mon cas personnel, l’assistance aux conférences que je donne tous les mois dans la ville où j’habite a diminué des deux tiers par rapport à l’avant-covid.

 

À quoi est due cette situation étrange ? Je pense que, confinés, les gens ont perdu l’habitude de la socialisation, et se sont repliés sur leur petit pré carré, leur chez soi. Empêchés de sortir, ils ont fait de cette situation une norme, dont ils ne peuvent maintenant se dégager. Tant l’habitude peut devenir une seconde nature ! Ils ont visionné des films sur leurs petits écrans, et n’ont plus l’idée de ce qu’est le vrai cinéma : la lumière dans le noir, dans tous les sens de l’expression. Ils se sont fait livrer des repas tout prêts, par porteur à leur domicile, et tout naturellement ils continuent. Ainsi la convivialité qu’on trouve en faisant ses courses dans un vrai magasin leur échappe. Certains disent qu’ils forment une génération de paresseux, de démissionnaires aussi si l’on pense au peu d’intérêt que beaucoup trouvent maintenant pour un métier à l’extérieur.

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Ce repliement de chacun sur sa petite sphère individuelle oublie que l’homme est aussi un animal social, et que le contact avec l’autre l’enrichit. Les anciens Grecs disaient que l’homme avait deux pôles : le foyer (Hestia), et l’échange avec l’autre, la communication (Hermès). À ne privilégier que le premier, il se mutile. On le voit bien par exemple avec les partis politiques xénophobes, qui ne s’ouvrent pas au vent du large, de l’inconnu, et développent une idéologie bien rancie.

 

Plus généralement, il me semble que ce repliement de chacun dans sa bulle, telle la monade leibnizienne, atomise le monde extérieur. Ne regarder que des films sur son smartphone, ne jouer qu’à des jeux vidéo sur son ordinateur, sans sortir de chez soi, sans prendre le risque d’un vrai échange avec un être humain vivant, mène à un enfermement  en soi de type schizophrénique, ainsi que, à la faveur d’une technique digitale de plus en plus perfectionnée, à une totale virtualisation du monde.

 

 

Article paru dans Golias Hebdo, 15 décembre 2022

D.R.

 

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17 octobre 2025 5 17 /10 /octobre /2025 01:00

Un ancien article (5 mai 2022)

 

La récente crise sanitaire a poussé nos contemporains, condamnés au confinement, à se replier sur eux-mêmes et sur leur cadre familial. Avec la levée de cette obligation, on aurait pu penser que ce repliement aurait disparu, et qu’à nouveau ils auraient pu s’ouvrir vers l’extérieur. Mais apparemment il n’en est rien, et la convivialité, l’intérêt et le souci de l’autre ne sont pas réapparus.

 

L’ouverture vers la culture, qui est une toujours une distance prise par rapport au chez-soi et aux seuls horizons connus, ne s’est pas produite. Ainsi les ventes de livres culturels s'effondrent, les conférences publiques n’attirent plus grand-monde, les festivals ne constatent pas une affluence des réservations, pas plus que les cinémas ne voient une grande fréquentation – au moins équivalente à ce qu’elle était avant la crise. La raison pour ce dernier cas est simple : habitués à voir les films sur leurs petits écrans domestiques, smartphones ou autres, les spectateurs potentiels ne se déplacent plus comme avant. C’est fort dommage, car la communion silencieuse dans une grande salle est une atmosphère irremplaçable. On ne voit plus maintenant que le cinéma soit la lumière dans le noir, dans tous les sens de l’expression.

 

Et le deuxième facteur favorisant le repliement est la guerre russo-ukranienne, surtout telle qu’elle est traitée et instrumentalisée chez nous par les politiques et les medias. On ne nous parle que de ses conséquences sur notre pouvoir d’achat, alors que c’est là une chose d’une importance infiniment moindre que cette guerre elle-même, qui se produit aux portes de l’Europe, et peut bientôt y déborder. Au lieu donc d’y prêter attention, de s’informer et de s’ouvrir à autre que soi, on ferme les yeux et on ne voit, de façon égocentrée, que ce qui nous arrive dans notre petite sphère privée.

 

Le repliement est toujours de mauvais augure. Il caractérise les politiques d’extrême-droite, avec l’éloge du localisme, le choix délibéré de la préférence nationale, le refus du cosmopolitisme, le glissement agressif du patriotisme au nationalisme, etc. – Certes le chez-soi, le cadre domestique, n’est pas sans intérêt. Mais enfin il faut aussi se déplier, s’ouvrir à l’extérieur, au vent du large, sauf à demeurer dans une atmosphère bien confinée et rancie. Les anciens Grecs avaient deux divinités pour exprimer cette bipolarité : Hestia, ou le Foyer ; et Hermès, ou l’ouverture, la relation à l’autre. Aujourd’hui il semble que la première fasse oublier la seconde.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 5 mai 2022

 

D.R.

 

***

 

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15 octobre 2025 3 15 /10 /octobre /2025 01:00

Un ancien article (2 juin 2022)

 

Un maillot que portait le footballeur argentin Diego Maradona lors du match de légende face à l’Angleterre pendant la Coupe du monde 1986 a été vendu aux enchères chez Sotheby’s pour 9,3 millions de dollars (Source : lemonde.fr, 94/05/2022).

 

On pensera d’abord ici à un cadre religieux, la relique du footballeur défunt faisant songer par exemple, en tant qu’objet de dévotion, au Saint Suaire de Turin. Maradona est d’ailleurs devenu effectivement l’objet d’un culte, pris en charge par une Église maradonienne, dont on trouvera les caractéristiques dans Wikipédia, en tapant le nom de cette dernière sur Internet (lien).

 

Pourtant même si formellement ces comparaisons religieuses peuvent se faire, il en est tout autrement des contenus respectifs. Si Maradona peut se comparer au Christ, alors le langage n’a plus de sens. Je sais bien qu’à propos du but marqué de la main contre l’Angleterre le 22 juin 1986 au stade de Mexico il a parlé de la « main de Dieu », incarnant par là le dogme théologique de la rétribution, selon lequel la réussite d’une entreprise montre la préférence divine. Mais outre le fait qu’il est peu moral de voir la tricherie récompensée, se trouvera-t-il quelqu’un de sensé pour égaler Maradona au Christ lui-même, lui aussi « élu de Dieu » ?

 

Le vertige nous prend à voir le prix stratosphérique payé pour la relique. Il est d’une indécence absolue par rapport à l’état de dénuement où vit une grande partie des habitants de la planète. On a l’impression aujourd’hui d’une totale absurdité et d’un total chaos. Toutes les valorisations se mêlent et s’échangent, les plus profondes et les plus ridicules, et même jusqu’aux plus repoussantes, avec une parfaite équanimité. Spéculation et argent fonctionnent abstraitement, sans aucun égard pour la réalité des contenus. Certains artistes même ont fait de leurs propres excréments des œuvres d’art (Source : huffingtonpost, 26/04/2013).

 

D’ailleurs seule l’authenticité de la tunique maradonienne a été contestée par la famille du footballeur, et non pas la démarche même de sa vente aux enchères, ce qui montre que cette famille elle aussi n’est intéressée que par l’argent que peut rapporter la relique. On croit rêver. Dans tout cela on est dans l’irréalité totale, mais si on s’éveille on s’aperçoit que ce rêve est un cauchemar.

 

Il faut décidément rompre avec ce monde de pure facticité, et défendre l’authentique et le profond. Comme dit René Char : « Obéissez à vos porcs qui existent, je me soumets à mes dieux qui n’existent pas. »

 

Article paru dans Golias Hebdo, 2 juin 2022

 

Le 20 avril 2022, un employé de Sotheby’s ajuste le maillot porté par Diego Maradona pendant la Coupe du monde de 1986. - D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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