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1 août 2026 6 01 /08 /août /2026 01:00

Un ancien article (17 octobre 2024)

 

Elle est une caractéristique essentielle de la sagesse, comme le dit l’adage Est modus in rebus – Il y a une mesure en toute chose. Elle implique raison et proportion entre les moyens mis en œuvre dans l’action, et son résultat. S’il n’y a pas cette proportion, on peut s’interroger sur le bien-fondé de l’action.

 

Dans Les Justes, Camus évoque la possibilité pour un révolutionnaire de jeter une bombe sur la calèche du tyran qui opprime son pays, auquel par son acte il donnera la liberté. Mais au dernier moment il voit que des enfants du tyran sont près de lui. Que faire alors ? On peut en conclure qu’il ne faut pas jeter la bombe, car ce serait sacrifier des innocents : tous les moyens ne sont pas bons.

 

Ce que n’a pas fait le gouvernement israélien, par exemple dans son exécution du chef du Hezbollah, qui a causé la mort de plusieurs centaines de civils innocents. Quant à ce qu’il a fait à Gaza, je pense à la phrase de Tacite critiquant l’impérialisme romain : Ce qu’ils transforment en désert, ils l’appellent paix – Ubi solitudinem faciunt pacem appellant.

 

Je sais bien qu’on répondra que le Hamas et le Hezbollah se servent de civils comme de boucliers humains, et qu’il faut lutter contre eux sur leur terrain, en imitant leur manque de scrupules. La fin justifie les moyens. C’était la réponse de Sartre à Camus : tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces, et il faut accepter d’avoir les mains sales.

 

Mais enfin ici la disproportion est majeure. Elle va même bien au-delà de la traditionnelle loi du talion hébraïque (œil pour œil, dent pour dent), qui instaurait au moins une mesure dans la riposte à l’agression subie. Et surtout si on suit cette voie, la tentation existe de ne faire crédit qu’à la force. Ainsi procédait Staline, à qui on objectait l’autorité morale du pape : « Le pape ? Combien de divisions ? »

 

Quand règne la force, c’est la fin du règne de la parole, qui procède par discussion, négociation, compromis. C’est un grand signe de civilisation quand la parole (réfléchie) remplace l’acte (émotionnel). Et quand l’inverse se produit, c’est signe de régression à l’instinct pur, très vite à la barbarie dont pourtant on pensait s’être arraché.

 

Au reste, la force ne peut jamais faire disparaître une idéologie. Elle perdure toujours dans les esprits et les cœurs, surtout quand ceux qui la nourrissent se voient comme des martyrs s’ils viennent à périr pour elle.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 17 octobre 2024

 

D.R.

 

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30 juillet 2026 4 30 /07 /juillet /2026 01:00

Le jour de la finale de la Coupe du Monde de foot, la chaîne M6 a invité ses téléspectateurs à participer à une loterie, dont le lot promis au gagnant était de 300 000 euros. « Net d’impôts » a cru bon de préciser le journaliste-présentateur, dont l’offre ne brillait pas par le civisme. Cela parachevait l’obscénité du montant, qui était loin de satisfaire à la morale la plus élémentaire, à la common decency (décence ordinaire), chère à Orwell.

 

Chacun donc peut espérer gagner une somme pharaonique, sans rien faire qui puisse la mériter. C’est au rebours de la moralité, et aussi de la rationalité minimale selon laquelle il doit y avoir un lien proportionné (ratio/proportio) entre ce qu’on obtient et l’effort consenti pour l’obtenir. Bien sûr toute institution qui pratique ce genre d’offre y trouve son compte. En endormant ainsi le bon peuple par des chimères, on s’assure de sa passivité, on évite ses révoltes, et on achète la paix sociale : une nouvelle version du panem et circenses (du pain et des jeux) de l’Antiquité.

 

Par association d’idées j’ai pensé au rôle de la grâce en christianisme. Elle est parfois vue comme un don gratuit accordé par un Dieu tout-puissant à une certaine catégorie d’hommes, indépendamment de leur mérite personnel : « Je fais grâce à qui je veux faire grâce, et j’ai pitié de qui je veux avoir pitié » (Exode 33/19 – repris en Romains 9/15) Obtenue ainsi, la grâce est inamissible (elle ne peut être enlevée), et même chez les pécheurs à qui elle est donnée (pécheurs justifiés). Mais celui qui l’accorde est un tyran capricieux, qui anéantit tout désir humain de compréhension supposant toujours un lien entre le mérite et son résultat. On trouvera un exemple de cette tragique destruction opérée dans l’âme d’un enfant dans la Lettre au Père de Kafka.

 

Comme celui qui joue à la loterie et en attend passivement le succès, le croyant peut espérer la grâce avec confiance ou foi. Mais cela suffit-il ? Cela dispense-t-il de bien agir ? Ne faut-il pas aussi pour le salut réhabiliter les œuvres, comme fait l’épître de Jacques, dans le droit fil de l’orthopraxie juive : « La foi sans les œuvres est morte » (2/26) ? Ou au moins qu’il y ait concordance entre la part de Dieu et celle de l’homme : synergie, comme dit le christianisme orthodoxe. Aide-toi, et le ciel t’aidera…

 

…Tant il est dangereux, et en tout domaine, de déposséder l’être humain de sa capacité d’agir !

 

D.R.

 

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28 juillet 2026 2 28 /07 /juillet /2026 01:00

Un ancien article (10 octobre 2024)

 

C’est l’amour porté par chacun à sa patrie. Il ne faut surtout pas le confondre avec le nationalisme, qui en est la caricature, et qui porte la guerre comme la nuée porte l’orage. Au contraire, et en soi, le patriotisme est une bonne chose, et normale.

 

Eh bien, aujourd’hui on peut dire que pour la majorité de nos députés le patriotisme est en déclin. Se sont-ils en effet occupés de la France, ces parlementaires qui viennent de nous offrir un affligeant spectacle, un psychodrame vaudevillesque tous les instants ? Si réellement la situation financière de notre pays est si catastrophique qu’on nous le dit, la moindre des choses aurait été qu’ils se retroussent les manches, discutent et s’entendent entre eux pour y remédier. Ou au moins qu’ils l’essaient. Mais non, avec des pudeurs de gazelle effarouchée ils ont refusé, qui d’entrer au gouvernement, qui de se commettre avec les collègues du bord opposé, et tous d’envisager une entente collective pour améliorer la situation.

 

Je pense à ce que dit Aragon dans La Rose et le Réséda : « Quand les blés sont sous la grêle / Fou qui fait le délicat / Fou qui songe à ses querelles / Au cœur du commun combat ! » Au lieu de cela, on ne s’est occupé, au mieux que d’alimenter l’affrontement idéologique, et au pire, de satisfaire l’intérêt personnel.

 

C’est d’ailleurs une constante dans la décomposition du régime démocratique. Combien nombreux sont ceux qui au lieu de servir l’état, ne songent dans ce cas qu’à s’en servir et à se servir ! On est bien loin du souci de l’intérêt public ou du bien commun, de la « vertu » selon Montesquieu, base de toute démocratie véritable, qui empêche que la république ne soit qu’une dépouille offerte en proie aux appétits particuliers.

 

On ne se déshonore pas en acceptant de discuter, même avec son adversaire. Si ensuite rien ne peut être obtenu par la discussion, il est toujours temps d’en venir à l’affrontement. Mais au moins aura-t-on, ce faisant, tenté le dialogue. Au lieu de quoi, s’en tenir d’emblée à une lutte bloc contre bloc ne peut qu’influencer et modeler sur ce schéma l’ensemble du corps social. Et alors, faute de discussion et de compromis, la guerre civile n’est pas loin.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 10 octobre 2024

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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