J’ai regardé avec intérêt l’émission Scientologie, l’empire du secret, diffusée en début de soirée sur Arte, le 15 février dernier. On y voyait quel fatras de croyances bizarres comporte cette Église, dont par exemple l’existence de vies antérieures que chacun aurait déjà connues sur d’autres planètes. Le fondateur, Ron Hubbard, est à l’origine un écrivain de science-fiction. On ne peut donc s’étonner de toutes les spéculations abracadabrantes qui forment le corpus de l’Œuvre qu’il a fondée.
J’ai parlé de croyances. Ce m’est donc ici l’occasion de réfléchir sur la croyance elle-même, sur ses modalités. Ainsi il faut bien distinguer croire en, qui est une opération de confiance venue de la sensibilité, un virement de crédit accordé à un être et à ce qu’il représente, et croire que, qui est une opération purement intellectuelle, qui se donne comme adhésion à un fait. Notre Credo le dit bien. « Je crois en Dieu » signifie je fais confiance à Dieu (comme à une force qui me dépasse). En latin c’est très clair, il y a un accusatif (Credo in Deum), cas de la direction, du déplacement, du lieu vers lequel on se porte. Au contraire, si on voulait dire « Je crois que Dieu existe », il y aurait une proposition infinitive : Credo Deum esse. En grec l’idée de direction indiquée par l’accusatif est la même (pisteuô eis Theon). Comment mieux indiquer la différence entre une vision dynamique, un élan du cœur, une ouverture toujours fragile, et une vision statique, fermée et factuelle, une opération purement intellectuelle faite pour se rassurer ?
Les adeptes de la scientologie ne relèvent à mon sens que du Croire que. En cela ils sont étrangers à la vraie croyance, ne connaissent que la crédulité. La vraie croyance, vraie confiance ou vraie foi, connaît essentiellement le doute. Et en cela elle est à hauteur d’homme, à la différence des esprits crédules et aveuglés. Il y a dans l’évangile de Marc un passage essentiel où un père demande à Jésus de guérir son fils possédé par un esprit impur. Quand Jésus lui dit « Tout est possible à celui qui croit », le père s’écrie : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » (9/23-24)
Cette parole doutante est la plus profonde qui soit. Si l’on est croyant il faut la méditer tous les jours, ne serait-ce que parce qu’elle préserve du fanatisme, où peuvent tomber, entre bien d’autres, nos scientologues.
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Le blog de
Michel Théron
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