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1 janvier 2026 4 01 /01 /janvier /2026 02:00

Un ancien article (9 mars 2023)

 

Aux États-Unis vient d’être initiée une campagne pour « réhabiliter l’image de Jésus ». Ainsi le 12 février dernier deux publicités ad hoc ont été retransmises lors du Super Bowl, le rendez-vous sportif le plus suivi de l’année, s’inscrivant dans une campagne d’un milliard de dollars pour « réhabiliter l’image » du Christ outre-Atlantique. Une photo d’une d’elles montre une gigantesque banderole publicitaire lumineuse projetée sur un immeuble et portant mention de la venue de Jésus (Source : la-croix.com, 08/02/2023).

 

Ce m’est ici l’occasion de réfléchir sur l’image des choses, opposée au discours qu’on fait sur elles. La première séduit, sidère ou hypnotise à l’occasion, mais seul le second fait réfléchir. Ce n’est pas pour rien que la publicité utilise essentiellement l’image : elle ne vise pas à faire réfléchir, car si l’on réfléchit, on n’achète pas.

 

S’agissant de Jésus, son discours a été vite recouvert par un storytelling rapportant ses faits et gestes supposés, au point que s’est installé à son propos tout un imaginaire propre à faire rêver certes, mais propre à faire oublier son message initial. La Bonne nouvelle du Christ (Evangelium Christi) a été remplacée par la Bonne nouvelle au sujet du Christ (Evangelium de Christo). Au lieu de méditer sur des paroles, on a été séduit par des représentations. On s’est occupé ensuite d’imiter sa vie à partir des images qu’on s’en est faites (image est de la famille d’imitation). L’Imitation de Jésus-Christ illustre ce mouvement, dans lequel l’image de la personne recouvre facilement son langage même. Et là on est proche de la publicité, de l’actuelle civilisation médiatique, où l’essentiel comme l’a dit Mac Luhan n’est pas le message, mais le medium lui-même.

 

Les disciples de Jésus son sont mués en son fan club, dévoué à son idole : on l’a célébré sans trop réfléchir sur ce qu’il avait dit. De cette jésulâtrie, on peut penser que le Maître n’eût pas voulu. Il a été victime, au sens propre, d’un malentendu. On peut le voir en effet comme un rabbin marginal, mais toujours orthopraxe : « Pourquoi m’appelez vous ‘Seigneur, Seigneur’, et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Luc 6/46)

 

Article paru dans Golias Hebdo, 9 mars 2023

 

D.R.

 

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30 décembre 2025 2 30 /12 /décembre /2025 02:00

C’est un spectacle que j’aime bien regarder. J’admire beaucoup l’habileté et l’adresse de certains, la force physique d’autres, la bonne humeur et l’enjouement de tous. Cependant il arrive que ce qu’il présente à mes yeux suscite en moi quelques réserves.

 

Je veux parler du dressage des animaux, conditionnés j’imagine au prix d’un long apprentissage, à obéir aveuglément aux injonctions de leur maître humain. Certes je sais bien qu’il y a eu ici une évolution : le dressage d’animaux sauvages est en voie de disparition aujourd’hui. Il est même légalement interdit en Autriche et en Grèce, bientôt en Belgique (Source : Le Monde.fr, 09/01/2014) Mais reste celui d’animaux domestiqués, comme les chiens ou les chevaux. Et je ne peux approuver au fond de moi le spectacle qu’ils me donnent, malgré les applaudissements et la satisfaction très fréquents du public qui pourraient ici me contredire. J’y vois pour ma part un tableau d’humiliation très souvent pathétique.

 

C’est l’image d’êtres forcément considérés comme inférieurs, puisque obligés à se plier en tout point à la volonté de leur maître, un manipulateur qui dément leur supposé désintéressement en leur délivrant des friandises dès lors que le tour est réussi. Le portrait que je me fais de ce dernier est celui de l’homme présenté dans le début de la Genèse comme un roi de la Création appelé à « dominer et soumettre » la terre (1/28). Ce désir de domination et de soumission s’applique bien, il me semble, aux animaux présentés dans les cirques, dans une évidente position d’infériorité.

 

Au fond, me dis-je, au lieu de séparer radicalement l’espèce humaine des autres espèces, comme y invite expressément la Genèse, il convient au contraire de les unir, et de considérer que l’homme est un animal humain. C’est ce que soutient l’antispécisme d’aujourd’hui. Dans cette vision, il n’y a aucune raison de penser que les animaux doivent nous être soumis, puisque nous sommes à la base et comme eux des animaux, qui n’ont fait ensuite qu’évoluer différemment d’eux.

 

Au cirque je cesserai alors de voir avec désolation le manège absurde et ridicule des chevaux grotesquement affublés galopant tout autour de la piste, et je les imaginerai maintenant galopant dans leur lieu de naissance et leur native liberté, celle là même à laquelle il m’arrive moi-même d’aspirer.

 

D.R.

 

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28 décembre 2025 7 28 /12 /décembre /2025 02:00

Un ancien article (2 mars 2023)

 

Le langage d’un homme en dit beaucoup, à la fois sur lui-même et sur la culture à laquelle il appartient. Voici par exemple ce que vient de dire le patron de l’organisation paramilitaire Wagner Evguéni Prigojine, déplorant la résistance ukrainienne à Bakhmout : « On ne fera pas la fête de sitôt. Bakhmout ne sera pas prise demain, parce qu’il y a une forte résistance, un pilonnage, le hachoir à viande est en action. » (Source : lefigaro.fr, 14/02/2023)

 

Déjà Voltaire, dans Candide, avait qualifié la guerre de « boucherie ». Mais ici cela va encore plus loin, avec l’expression « le hachoir à viande », voisinant avec « faire la fête ». Quelle image de l’être humain se fait donc ce personnage, que penser d’une certaine façon générale de voir qu’il incarne ? Dans le cas de la guerre, celle d’une parfaite chair à canon, comme l’on dit aussi parfois. Mais au-delà même du contexte guerrier ?

 

Quand les êtres humains en arrivent à se considérer comme des « tas de viande », disparaît en eux toute aspiration vers autre chose que ce à quoi cette condition animalisée les condamne – qu’on l’appelle âme, ou sentiment de transcendance, comme on veut. C’est ce qu’a dénoncé Huxley dans son roman dystopique Le Meilleur des mondes, et aussi Marcuse, dans son essai L’homme unidimensionnel. C’est donc bien cette unidimensionnalité bestiale qui pourrait être incarnée par Prigogine et son langage pour le coup entièrement « désublimé », pour reprendre un mot de Marcuse.

 

Ceux qui connaissent la Russie reprochent aux Occidentaux de ne pas savoir que le peuple russe peut supporter énormément de souffrances, comme s'il s’était habitué depuis toujours aux plus mauvais traitements. Comment s’étonner alors que ceux qui les lui ont infligés au fil des siècles sans rencontrer d’opposition puissent manquer à ce point d’empathie envers l’humain ? « Il faut écorcher un Moscovite, disait Montesquieu, pour lui donner du sentiment. »

 

Assurément la vie n’un homme ne pèse pas autant en Russie que chez nous. Là elle n’est qu’une vague dans l’océan, et ici la fin du monde. Les Ukrainiens qui voient déferler sur eux les vagues de soldats russes les comparent à des fourmis, dont le nombre ne diminue jamais. Plaignons cependant ces derniers, car ce bétail est sous la menace d’être mis à mort, et dans la plus barbare des conditions (à coup de masse chez Wagner), s’il lui prend l’envie de déserter.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 2 mars 2023

 

Des militaires ukrainiens assis sur un combat d'infanterie BMP-2 près de Bakhmout, dans le Donetsk, en Ukraine, le 11 février 2023. - D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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