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27 avril 2026 1 27 /04 /avril /2026 01:00

C’est un rêve essentiel et immémorial de l’homme, incarné par exemple dans l’épopée sumérienne de Gilgamesh. Eh bien, l’intelligence artificielle permet aujourd’hui de le réaliser. Ainsi en Chine des sociétés sont spécialisées dans la création d’avatars de défunts. L’intelligence artificielle permet aux familles endeuillées de ramener virtuellement leur proche à la vie. Il suffit de disposer de 30 secondes de vidéo de quelqu’un pour en créer un double numérique, qui peut exister pour toujours, même si son corps n’est plus là. Cette technologie nous dit-on représente « un nouveau genre d’humanisme » (Source : bfmtv,  20/12/2023)

 

Il y a bien sûr le cas où ces doubles fantômes pourraient ne pas être fidèles à la personne qu’ils sont censés imiter, et dont abîmeraient sa mémoire. Et comment savoir alors si elle aurait été réellement consentante des libertés ainsi prises ? A-t-on toujours raison de se fier aux algorithmes ?

 

Mais le plus grand reproche à faire à ces initiatives est qu’elles ne comprennent rien à la psychologie humaine. Il n’est pas sûr du tout que d’avoir sous les yeux une personne disparue rende effectivement service au survivant. Le vrai tombeau des morts est le cœur des vivants. Faire son deuil est s’apprivoiser progressivement à une perte. L’être aimé s’estompe peu à peu, le regret que sa mort nous laisse s’adoucit, et son image change de sphère. Il passe du monde des vivants à celui des disparus, pour son bénéfice et aussi celui des vivants.

 

En Afrique on dit qu’il faut « tuer le mort », c’est à dire le transformer en ancêtre. Son éloignement est indispensable pour continuer à vivre. Sinon il parasite le vivant, comme il se voit chez le cas des vampires, dont la caractéristique est qu’ils ne sont pas encore morts. Combien en connaît-on, d’inconsolables d’une perte, qui refusent de vivre, comme dans La Chambre verte de Truffaut ! Ce n’est pas pour rien que l’Église admet le remariage dans le cas d’un veuvage. Elle a bien compris ce qu’est le nécessaire travail du deuil.

 

Avoir toujours accès à une image précise du défunt empêche ce processus de détachement. Pareillement pour sa voix, qu’aussi on prétend ressusciter. L’inflexion des voix chères qui se sont tues, du poète, signifie qu’elles ne sont chères que pour s’être tues. Désormais absentes de la vie, elles parlent à l’âme.

 

Humaniste, cette technique ? Bien plutôt ignorante et dangereuse.

 

#Mort. #Deuil. #Réalité virtuelle.
D.R.

 

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23 avril 2026 4 23 /04 /avril /2026 01:00

Un ancien article (25 janvier 2024)

 

La nouvelle ministre de l’Éducation, à peine entrée en fonctions, connaît de sérieux déboires. Elle a avoué avoir retiré ses enfants de l’école publique pour les mettre dans une prestigieuse et très conservatrice école privée catholique, en raison de sa « frustration » devant « les paquets d’heures » d’enseignement « qui n’étaient pas sérieusement remplacées » dans l’Enseignement public, lors des absences de professeurs. Dans un premier temps, devant le tollé provoqué par ces propos, elle a dit simplement « regretter » d’avoir pu choquer « certains » de ces derniers. Ensuite, sous la pression, elle a décidé de s’excuser publiquement, remplaçant donc « certains » par « tous ». Mais ces excuses de mauvaise grâce n’ont pas suffi. En effet, le personnel de l’école publique qu’elle a stigmatisée l’a accueillie sous les huées quand elle s’y est rendue pour présenter ses excuses, et il a témoigné qu’il n’y avait pas eu au sein de l’établissement les absences qu’elle dénonçait. Elle a donc ajouté à sa critique, pour la justifier, un vrai mensonge.

 

Tout cela a justifié le dépôt d’une plainte en diffamation déposée le 16/01/2024 devant la Cour de Justice de la République par le Syndicat national des agents publics de l’Éducation nationale (SNAPEN).

 

Il me semble qu’un ministre, en tant que personne chargée de gérer un organisme public, doit faire preuve d’exemplarité. On ne peut pas défendre cet organisme, et en même temps le décrédibiliser aux yeux de l’opinion. Que penserait-on d’un directeur des ventes, chargé de faire la promotion d’un produit, qui dirait qu’on en trouve un meilleur chez un concurrent ? La ministre a-t-elle informé celui qui l’a nommée de son choix passé pour l’enseignement privé ? Si oui, pourquoi a-t-elle été nommée ? Et aussi et surtout, pourquoi a-t-elle ajouté ensuite un mensonge à des propos dépréciateurs, hostiles à ce qu’elle devait défendre et protéger ?

 

La caste politique se déshonore à ne plus pratiquer l’exemplarité, qui devrait être la colonne vertébrale de la démocratie. Elle se plaint de la défaveur et de l’irrespect qu’elle rencontre auprès des citoyens. Mais précisément le respect se mérite, et pour respecter quelqu’un il faut qu’il y ait une cohérence entre sa position et ses actes, il faut qu’on le sente respectable. Est-ce le cas, quand sa conduite revient à un : « Faites ce que je vous dis, mais ne faites pas ce que je fais » ?

 

Article paru dans Golias Hebdo, 25 janvier 2024

 

D.R.

 

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21 avril 2026 2 21 /04 /avril /2026 01:00

C’est une dimension essentielle à redécouvrir, malgré l’extraversion et l’activisme de nos contemporains, spécialement dans la conception que nous pouvons avoir de Dieu. C’est à quoi j’ai pensé en voyant sur Internet la reproduction d’une affiche apposée dans une rue de la ville de Genève. [lien]

 

L’affiche porte une seule inscription : « N’aie pas peur, car je suis avec toi. Signé : Dieu ». Mais le mot « avec » a été barré, par un passant sans doute, et remplacé par « en ». Cela fait évidemment une énorme différence. L’enjeu est la position de Dieu par rapport à nous : est-il avec nous, comme un être extérieur à nous, distinct de nous, avec lequel on peut entrer en contact et nouer dialogue, conclure alliance, ou bien au contraire est-il en nous, au fond de nous, où nous pouvons constater seulement sa présence ?

 

Personnellement j’opte pour la seconde possibilité, la première me paraissant dangereuse car potentiellement infantilisante, et aussi par certaines de ses conséquences. En effet si nous avons besoin dans certaines détresses d’une présence consolante à nos côtés (« Dieu avec nous ») n’est-ce pas au fond, même s’il est très compréhensible, un besoin de petit enfant cherchant le secours parental ? Et d’autre part ne devons-nous pas nous méfier de ces élans irréfléchis qui nous font nous abriter derrière le slogan « Dieu avec nous », quand nous voulons écraser les autres ? On connaît les étendards des Guerres saintes, et aussi le Gott mit uns (Dieu avec nous) des nazis, de sinistre mémoire.

 

Il vaut mieux je crois dire que Dieu est en nous, comme d’ailleurs son Royaume (Luc 17/21). Nous sommes en effet le lieu d’un combat intérieur, (comme le djihad pour certains théologiens libéraux musulmans), entre les forces de vie et les forces de mort. Les premières viennent-elles à triompher, nous les appelons divines. Et comme leur triomphe qui se produit en nous n’est pas toujours volontaire et prévisible, ce qui vient de nous, pour nous est plus que nous. Dieu est alors une façon de dire qu’il y a une limite constitutive à notre savoir. Ce n’est pas un être ou une personne, pas plus qu’un principe abstrait. C’est l’aveu que nous ne savons et ne saurons jamais tout. Quant à sa présence en nous, elle se constate, ne s’analyse pas. On peut dire que Dieu est en nous (« enthousiasme ») à certains moments d’élan particuliers, non prévisibles. Rien de plus. Mais aussi rien de plus essentiel.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 18 janvier 2024

 

 

D.R.

 

Voir aussi, sur le même sujet :

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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