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28 février 2026 6 28 /02 /février /2026 02:00

Lors des Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ), une messe a été célébrée au cours de laquelle des bols avec couvercle plastique et gardant encore leur code-barres Ikea ont été utilisés pour distribuer la communion à la place des ciboires. Ce geste a suscité l’hostilité des traditionnalistes, qui y ont vu un manque de respect pour les symboles sacrés de la messe. (Source : cath.ch, 14/08/2023)

 

Le prêtre responsable assure tout de même avoir laissé des instructions pour recueillir le couvercle plastique après la messe. « Il a été brûlé parce qu’il avait été en contact avec Notre Seigneur. » Cette formule définit ce qu’on appelle le réalisme eucharistique, auquel l’Église catholique s’attache bec et ongles depuis le Concile de Trente, en réaction contre les protestants, et qui est illustré par exemple dans le chant Ave verum (corpus) : « Salut, vrai corps (de Notre Seigneur) ... » Cette transsubstantiation est une vision magique, prestidigitatrice, ne laissant aucune possibilité d’une vision symbolique des choses.

 

Pourtant on aurait pu voir dans les ciboires en bois, comme l’ont suggéré certains, un message d’humilité et de simplicité, en invitant les jeunes à réfléchir à la valeur toute relative des éléments matériels dans la liturgie. Et dans le couvercle plastique une salutaire protection contre le vent qui soufflait ce jour là, empêchant les hosties de s’envoler. Mais non, on s’est arc-bouté sur le respect d’habitudes, renvoyant à un héritage dont on ne se rend pas compte d’ailleurs qu’il n’a pas toujours existé – tout au long du premier millénaire on s’est contenté de dire qu’à la messe Jésus était présent sur l’autel d’une certaine manière (secundum quemdam modum), sans plus.

 

Ce qui est en question est le sacré, et son côté régressif, obscurantiste. Un de ses grands pourfendeurs est Jésus lui-même, lorsqu’il dit que l’important n’est pas ce qui entre en nous, car de toute façon cela finit aux lieux d’aisance, mais ce qui sort de nous, regards, paroles, gestes, etc. De la même façon dans Qu’est-ce que le bouddhisme ? J-L. Borges dit que dans certains monastères les images du Maître servent à alimenter le feu, les écritures saintes ont une fin des plus malpropres. Il n’en est pas autrement de l’hostie de la communion : elle est digérée, puis expulsée du corps. Combien plus importante alors est la seule parole du Maître ! Mais certains ne le voient pas.

 

D.R.

 

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26 février 2026 4 26 /02 /février /2026 02:00

Un ancien article (31 août 2023)

 

Dans le monde païen elle est considérée comme un état provisoire, et celle qui ne peut connaître ce qui doit normalement la suivre (la maternité) donne l’image d’un tragique gaspillage. Voyez comment Lucrèce caractérise Iphigénie, qui va être sacrifiée : laissée vierge criminellement (casta inceste). Vie fauchée dans sa fleur, destin inadmissible...

 

Mais le christianisme au contraire célèbre la virginité et la valorise dans la figure de Marie, la mère de Jésus. On vient de la fêter à l’occasion du 15 août, à grand renfort de processions, en Belgique et ailleurs. Qu’en penser ?

 

D’abord cette quasi divinisation d’une vierge vient sans doute d’un contresens sur la prophétie d’Isaïe 7/14. Le texte initial hébreu dit que le Messie-Sauveur sera engendré par une jeune femme nubile et non mariée (almah). Mais la Septante a traduit en grec : par une vierge (parthenos). Toute la dogmatique chrétienne sur la virginité de Marie peut venir de ce contresens des soixante et dix rabbins d’Alexandrie, que certains ont dit avoir été inspirés par le Saint Esprit à cette occasion ! A quoi tiennent les choses...

 

La construction mariale à pu se faire à partir de là. On y a disjoint maternité et sexualité. Je ne sais si les esprits aujourd’hui peuvent faire cette disjonction. Sans doute vient-elle d’un fantasme masculin : combien d’hommes encore, surtout dans les pays latins, sacralisent la figure de la mère, et n’imaginent pas qu’elle ait pu avoir une quelconque vie sexuelle ! Sans doute aussi est-elle un moyen de refuser à la femme, sous couvert de la valoriser, une part importante de sa vie. Si cette séparation s’effaçait, le culte marial n’aurait que la dimension d’un retour au féminin païen, à la Grande Mère (Magna Mater), où l’on célèbre fécondité et maternité, la virginité étant oubliée. C’est peut-être cette tendance qu’on voit dans les processions d’aujourd’hui.

 

Pourtant je sens dans la valorisation de la virginité quelque chose d’important du point de vue symbolique. Nous pouvons y voir que les exigences du corps ne sont pas la seule instance à laquelle nous sommes promis et devons obéir. L’âme aussi peut l’envelopper et le recouvrir, l’outrepasser à certains instants du moins qu’il serait dommage d’oublier. C’est la part, certes momentanée et épisodique, mais toujours possible en nous de Marie ouverte à l’Esprit, et dont le destin est de pas connaître d’homme (Luc 1/34).

 

Article paru dans Golias Hebdo, 31 août 2023

 

D.R.

 

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24 février 2026 2 24 /02 /février /2026 02:00

J’ai regardé avec intérêt l’émission Scientologie, l’empire du secret, diffusée en début de soirée sur Arte, le 15 février dernier. On y voyait quel fatras de croyances bizarres comporte cette Église, dont par exemple l’existence de vies antérieures que chacun aurait déjà connues sur d’autres planètes. Le fondateur, Ron Hubbard, est à l’origine un écrivain de science-fiction. On ne peut donc s’étonner de toutes les spéculations abracadabrantes qui forment le corpus de l’Œuvre qu’il a fondée.

 

J’ai parlé de croyances. Ce m’est donc ici l’occasion de réfléchir sur la croyance elle-même, sur ses modalités. Ainsi il faut bien distinguer croire en, qui est une opération de confiance venue de la sensibilité, un virement de crédit accordé à un être et à ce qu’il représente, et croire que, qui est une opération purement intellectuelle, qui se donne comme adhésion à un fait. Notre Credo le dit bien. « Je crois en Dieu » signifie je fais confiance à Dieu (comme à une force qui me dépasse). En latin c’est très clair, il y a un accusatif (Credo in Deum), cas de la direction, du déplacement, du lieu vers lequel on se porte. Au contraire, si on voulait dire « Je crois que Dieu existe », il y aurait une proposition infinitive : Credo Deum esse. En grec l’idée de direction indiquée par l’accusatif est la même (pisteuô eis Theon). Comment mieux indiquer la différence entre une vision dynamique, un élan du cœur, une ouverture toujours fragile, et une vision statique, fermée et factuelle, une opération purement intellectuelle faite pour se rassurer ?

 

Les adeptes de la scientologie ne relèvent à mon sens que du Croire que. En cela ils sont étrangers à la vraie croyance, ne connaissent que la crédulité. La vraie croyance, vraie confiance ou vraie foi, connaît essentiellement le doute. Et en cela elle est à hauteur d’homme, à la différence des esprits crédules et aveuglés. Il y a dans l’évangile de Marc un passage essentiel où un père demande à Jésus de guérir son fils possédé par un esprit impur. Quand Jésus lui dit « Tout est possible à celui qui croit », le père s’écrie : « Je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » (9/23-24)

 

Cette parole doutante est la plus profonde qui soit. Si l’on est croyant il faut la méditer tous les jours, ne serait-ce que parce qu’elle préserve du fanatisme, où peuvent tomber, entre bien d’autres, nos scientologues.

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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