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4 juillet 2026 6 04 /07 /juillet /2026 01:00

Un ancien article (15 août 2024)

 

Le tableau dénommé Festivité, présenté lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris, a suscité les critiques de l’épiscopat français ainsi que des mouvements d’extrême droite. On y a vu une parodie, dans un esprit woke (critique démystificatrice), du tableau célèbre de Léonard de Vinci La Cène. Ce dernier est censé représenter le dernier repas Jésus avec ses disciples, avant qu’il affronte sa Passion. Or le tableau parisien montrait, sur un pont enjambant la Seine, debout de part et d’autre d’une DJ arborant une couronne auréolée, des drag queens, accompagnées de danseurs et de performeurs, se préparant à défiler un à un sur le pont. Interrogé à France Inter, un metteur en scène de l’événement a défendu un tableau prônant le « vivre ensemble » et l’idéal inclusif de la culture française.

 

Bien sûr rien n’y peut faire, et il n’est pas étonnant qu’on ait vu dans la chose un « blasphème » et un « sacrilège », comme sur le site de Tribune chrétienne. L’irréflexion est si partagée ! Et pourtant…

 

D’abord le tableau de Vinci ne nous met pas face à face avec ce qu’il en fut du dernier repas de Jésus. C’est une mise en scène, née de l’imagination du peintre. Qu’on puisse prendre ce tableau comme une relation historique fidèle, montrant ce qui s’est réellement passé, montre bien l’étourderie de beaucoup de gens. Et critiquer la mise en scène de l’événement parisien est oublier qu’elle ne fait allusion qu’à ce qui est déjà une mise en scène, une autre représentation.

 

Plus radicalement, comprendra-t-on enfin qu’on n’à affaire dans ce domaine qu’à des opérations de langage (visuel ou verbal), qui n’est jamais ce qu’il désigne ? L'image d’une pipe n’est pas une pipe, et le mot chien ne mord pas. Crier ici au blasphème est être prisonnier de l’illusion référentielle, qui fait prendre ce qu’on voit ou dit pour les choses elles-mêmes.

 

Et c’est aussi être idolâtre, prendre la statue ou « l’image taillée », comme dit la Bible, pour Dieu lui-même. Ce dernier échappe de toute façon à toute représentation qu’on en peut faire. Ce n’est pas pour rien qu’ici la levée de boucliers s’est faite dans les milieux catholiques traditionalistes, alors qu’on n’a rien constaté de tel chez les protestants. Ces derniers font bien la différence entre une quelconque représentation de Dieu et sa réalité. Un minimum de discernement le montre, quand on n’est pas aveuglé par l’émotion irréfléchie.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 15 août 2024

 

D.R.

 

Compléments (liens Internet) :

 

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2 juillet 2026 4 02 /07 /juillet /2026 01:00

Ce mot est devenu péjoratif aujourd’hui. Il sert de repoussoir aux démagogues, qui opposent ceux qui sont injustement privilégiés au « bon peuple » qui s’en sent méprisé et à qui il faut rendre justice en lui donnant enfin la parole. Pourtant je trouve qu’il y a là une fondamentale ambiguïté, qui  empoisonne souvent le régime démocratique.

 

Ce n’est pas la différence seule de position sociale entre les êtres qui doit scandaliser, c’est simplement le cas où cette différence est usurpée par certains, et où est déniée à tous la possibilité d’y accéder. Pour le reste, les différences peuvent exister naturellement, chacun œuvrant selon ses capacités pour concourir au bien commun, comme d’ailleurs le stipule l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme.

 

Mais la vision des différences est tellement insupportable à certains, qu’ils n’ont de cesse de vouloir les abolir toutes, en nivelant et égalisant, comme sur un lit de Procuste, toutes les conditions. Se déchaîne alors, sur base de ressentiment, la haine démocratique, l’invidia democratica. Et paradoxalement cette haine, comme l’a bien vu Tocqueville, augmente à proportion même que l’inégalité diminue. Quand cette dernière est très grande, elle choque moins que quand elle régresse substantiellement.

 

L’élitisme, en soi, ne recèle rien qui puisse choquer, quand il est le résultat du travail et du mérite. Un ancien ministre de l’Éducation parlait bien naguère de « l’élitisme républicain » ! Mais la perversion ici consiste à récuser à certains la valeur qu’ils ont acquise et qui les différencie des autres. Par exemple, on sait que dans nos collèges celui qui réussit est stigmatisé par ses condisciples, sous le nom infâmant d’« intello ». Si l’on est soi-même paresseux, on postule que tous doivent l’être.

 

Ou alors on s’abrite derrière les poids des déterminismes sociaux. Je ne suis pour rien dans mon sort, je suis le résultat des circonstances qui ont pesé sur moi. Mais pourquoi alors ceux qui ont subi les mêmes circonstances ont-ils pu réagir différemment et améliorer leur condition ? L’image qu’on se fait de l’homme est celle d’un être mou et influençable, dépourvu de toute liberté.

 

Finalement la propagande populiste aboutit à voir au mieux du hasard ou au pire du complot dans les différences, et la nécessité de l’assistanat chez les moins lotis. Dans les deux cas, la vision de l’homme qui s’en dégage n’est pas très reluisante.

 

D.R.

 

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30 juin 2026 2 30 /06 /juin /2026 01:00

Le squelette d’une femme a été découvert par un huissier de justice, mardi 16 juin 2026, dans son appartement du XVe arrondissement de la capitale. Dans le logement, les journaux les plus récents dataient de 2022. Du côté du voisinage, personne ne s’était rendu compte de l’absence de la femme. « Je me disais bien qu’elle ne faisait plus de bruit », a simplement déclaré un locataire. (Source : ouest-france.fr, 22/06/2026)

 

La réaction du locataire, totalement dépourvue d’empathie, est très significative. On peut désormais, par Internet et les réseaux numériques, être en communication avec le monde entier, et ignorer totalement la présence de son voisin de palier. C’est une société schizophrène, solipsiste, résumée par l’image, devenue archétypale, du passant dans les rues de nos villes, marchant les yeux rivés sur son portable, et ignorant tous ceux qu’il côtoie. La convivialité, les traditionnelles relations de bon voisinage, n’existent plus. Société atomisée, où chacun vit l’isolement le plus complet, même si l’air du temps, l’ambiance euphorisante des médias veulent le persuader du contraire, en le convainquant d’une fête permanente.

 

J’ai bien parlé d’isolement, et non pas de solitude. C’est celui-là qui est catastrophique, car la vie relationnelle est essentielle pour l’homme, animal social. Mais celle-ci au contraire est bénéfique et vitale, et en particulier pour certains d’entre eux, que leur tempérament pousse davantage vers elle. Tous pourtant il me semble devraient se ménager dans leur vie des moments pour la goûter et l’habiter. Le marcheur solitaire est plus curieux de ceux qu’il rencontre que les esclaves du portable perdus au sein de la grande foule.

 

Ils courent aveuglés et isolés au fond, sans s’intéresser à autre chose qu’à leur petite personne. Autrui n’est pour eux qu’un vague brouillard numérique, perdu dans une essentielle inexistence. Les écrans font écran entre lui et eux. Ils vivent pour eux-mêmes et par les autres, mais en fait dans un simulacre de contact, alors qu’il faudrait vivre par soi-même, et véritablement pour les autres. D’où l’isolement absolu et la mort sociale qui condamne certains, et le manque de considération et de bienveillance des autres à leur égard. Si sans doute le locataire susdit s’était occupé de sa voisine, elle n’aurait pas été ainsi trouvée morte, et depuis quatre ans.

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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