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23 juin 2024 7 23 /06 /juin /2024 17:00

A voir ce soir, sur France 2, le film Sage Femme. Voici un ancien article paru dans le journal Golias Hebdo, où je présente mes réflexions à son propos :

 

Je viens de voir le dernier film de Martin Provost, Sage femme, et je l’ai beaucoup aimé. L’héroïne incarnée par Catherine Frot est bien de son métier sage-femme, mais comme on le voit dès le générique initial, le trait d’union disparaît et le titre devient effectivement : Sage Femme – ce qui montre que le sujet du film va être son acheminement vers une sagesse. Sa réconciliation avec la vie va être progressive : de réservée au début, elle va s’immerger finalement dans le grand flux de l’existence, au contact de la femme fantasque incarnée par Catherine Deneuve. La mort de la seconde va donner la vie à la première, par une sorte de chiasme intéressant.

 

Ce qui m’a plu surtout est le contenu de cette sagesse enfin trouvée. En effet on voit bien que la sage-femme exerce son métier de façon traditionnelle : étant dans le soin, ou le care comme on dit aujourd’hui, elle est pleine d’empathie pour ses patientes, et les assiste avec le plus d’humanité possible. Mais on voit aussi dans le film, dont le côté social est très important et souvent passé sous silence (par exemple dans la critique de Télérama) que tout cela change aujourd’hui. Les petites maternités ferment, au prétexte qu’elles ne sont pas rentables, et les remplacent de grandes structures, des « usines à bébés », qui jouent tout sur la technique, et n’ont que faire du contact humain. On est bien dans ce René Guénon appelait « le règne de la quantité et les signes des temps ». Aussi notre héroïne décide-t-elle de se mettre en congé de ce monde déshumanisé. Un temps elle songe à fonder une « école » où serait enseigné ce qu’elle a reçu elle-même. De toute façon, et c’est la grande leçon de ce film, seule compte désormais, comme elle le dit, la « transmission ».

 

J’ai senti là beaucoup d’échos personnels. Quelques années avant que je prenne ma retraite de professeur, j’ai remarqué que l’attitude seulement consumériste et utilitaire se répandait chez mes étudiants. Face à cette déshumanisation, reste donc la transmission de ce qu’on sait et à quoi l’on a cru à certains, sans doute bien rares aujourd’hui, qui en sont demandeurs. Protégeons de nos mains cette petite bougie, pour éviter qu’elle ne s’éteigne au grand vent de la barbarie consumériste et technicienne.

 

D.R.

D.R.

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20 juin 2024 4 20 /06 /juin /2024 01:01

Un ancien article, encore actuel vu la situation d'aujourd'hui (Euro de foot)

 

Quiconque réfléchit doit voir la totale disproportion qu’il y a entre la célébration hyperbolique de la victoire des Bleus lors de la dernière coupe du monde de foot, et la réalité sociale de notre pays. Seul un Philippe Poutou a eu le courage de la remarquer, en disant après la qualification de la France pour la finale : « C’est donc ça, le tous ensemble et le vivre ensemble ? Juste une place en finale ? Le temps d’oublier nos malheurs comme si ça pouvait les effacer ? Et puis tout reviendra à la normale, tout le monde reprendra sa place ? N’est-ce pas artificiel et manipulateur quelque part ? » (Source : lematin.ch, 12/07/2018)

 

Mal lui en a pris d’ailleurs, puisqu’il a subi aussitôt sur les réseaux sociaux un tas d’insultes, allant de « grincheux » à « mauvais français ». Quant à moi, je souscris entièrement à sa formulation, et déplore les commentaires chauvins ou aveuglés qu’on ne cesse d’entendre. Ainsi celui du Journal de 13 heures sur France Inter, le lendemain de la finale : « La politique divise, le sport rassemble. » Autrement dit, pour assurer l’unité et la cohésion de la nation, cessons de nous occuper de politique, et communions dans l’émotion d’un spectacle décérébrant !

 

Les politiques professionnels d’ailleurs surfent sur ce mouvement, et trouvent là une occasion rêvée pour détourner l’attention des citoyens des problèmes qui pourtant les concernent. Comme l’a bien vu Valéry : « La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. »

 

On me dira qu’il en a toujours été ainsi, et que le peuple depuis l’ancienne Rome ne veut que du pain et des jeux (Panem et circenses). Mais qu’une situation soit ancienne n’implique pas qu’il faille l’accepter. Au reste, elle a été prédite pour le futur par Alexis de Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique, et aussi par Aldous Huxley dans son roman dystopique Le Meilleur des Mondes : « La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader, un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. »

 

Cette prédiction s’est réalisée, et même elle a été dépassée.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 23 août 2018

 

 

D.R.

 

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18 juin 2024 2 18 /06 /juin /2024 01:01

 

 

 

Un ancien article, mais toujours actuel

 

  Elle me semble très fâcheusement le fait de beaucoup de décisionnaires dans notre pays. Je n’en veux prendre que deux exemples.

 

Plus de 8000 desserts au chocolat d’une cantine scolaire du Havre ont été jetés au motif qu’ils contenaient de la gélatine de porc interdite à la consommation par certaines religions.

 

Comment ne pas voir là d’abord un gaspillage scandaleux à l’heure où vient de commencer la nouvelle campagne des Restos du Cœur, où beaucoup de personnes démunies n’ont pas de quoi se nourrir, et pour ce faire en sont réduites à fouiller les poubelles ?

 

Ensuite, au nom d’un argumentaire inverse et symétrique, certains consommateurs, par réflexe anticlérical, pourraient refuser à leur tour de manger de la nourriture religieusement permise qui leur serait imposée par cantines et restaurants : à partir de là pourraient s’engendrer des conflits sans fin, car évidemment il ne faut pas faire deux poids deux mesures.

 

Enfin, et plus profondément, il me semble que, comme dit l’Évangile, ce qui est pur n’est pas ce qui entre en nous, et qui terminera de toute façon aux lieux d’aisance, mais ce qui en sort : paroles et regards, par exemple.

 

Second exemple : il y a quelques jours déjà la directrice d’une école maternelle de Montargis a voulu annuler la visite du Père Noël, sous la pression de certains parents hostiles à cet usage au nom de leur confession religieuse.

 

À quoi il faut répondre deux choses. D’abord le Père Noël n’a aucune origine religieuse. Il a été créé par un dessinateur américain en 1931 pour vanter le Coca-cola ! À la limite, c’est à saint Nicolas que ces parents auraient dû s’en prendre.

 

Ensuite, il me semble bien dommage de supprimer pour les enfants une occasion de rêver. L’homme a besoin de s’émerveiller pour vivre. Toute occasion de le faire est bonne, surtout au regard du matérialisme et du positivisme ricanant qui nous environnent.

 

La vérité est que ces décisions sont dictées par la peur. On sacrifie aux exigences du communautarisme, par peur des conséquences, très souvent supposées d’ailleurs, que telle ou telle décision peut avoir. Signe des temps... Relisons Péguy, dans Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc : « Il y a partout une lâcheté infinie. » Toutes ces démissions auxquelles nous assistons n’ont pour origine, sur fond d’ignorance et d’inculture, que la poltronnerie.

 

Article paru dans Golias Hebdo,19 décembre 2012

 

D.R.

 

***

Ce texte est extrait de mon dernier recueil d'articles Petite philosophie de l'Insolite. L'ouvrage est disponible en deux formats, papier et livre électronique (E-Book). On peut en feuilleter le début en cliquant ci-dessous sur : Lire un extrait. On peut le commander sur le site de l'éditeur en cliquant sur : Vers la librairie BoD. Il est aussi disponible sur commande en librairie et sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00€Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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