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12 novembre 2025 3 12 /11 /novembre /2025 02:00

Elle semble ne pas avoir de limites chez nos contemporains. On en voit un bel exemple dans l’accueil enthousiaste fait à la proposition de la Mairie de Paris d’organiser une loterie où les heureux gagnants obtiendront le privilège d’être enterrés près de célébrités, dans un des très renommés cimetières intra muros de la capitale. Les candidats pour participer à cette loterie se sont déjà manifestés en grand nombre. (Source : fr.news.yahoo.com, 07/11/2025)

 

Tout se passe comme si la proximité d’un glorieux voisinage pouvait assurer au gagnant qui le partagera, par miraculeuse contagion, une part de cette même gloire. À l’ombre de grands personnages du passé, on espère en la promesse d’une survie personnelle. Mais que pèse le voisinage d’un nom illustre à qui va tout simplement revenir à cette terre dont il est issu ? On connaît la formule biblique (Genèse 3/19), récitée par le prêtre en marquant de cendre le front des fidèles lors du jour des Cendres : « Souviens-toi homme que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. » N’y a-t-il pas la une invitation à la modestie ?

 

Cette modestie est garantie d’ailleurs par la Bible elle-même, où l’homme est, selon ce que dit son nom (Adam) « tiré du sol ». Et dans la traduction latine de la Vulgate : l’homme (« homo ») est par son nom de la même origine qu’« humus », « humilité » et « inhumation ». Il suffit de ramasser une motte de terre, et on y verra ce dont nous venons et où nous reviendrons. Image de notre destin et singulière expérience sans doute...

 

À quoi bon alors rêver de gloire et de survie personnelle ? Ce sont de simples valeurs de représentation, et que durent-elles ? Y croire et s’y cramponner, c’est tremper un doigt dans l’eau de la mer, et regarder le trou. L’Ecclésiaste l’a bien dit : « Vanité des vanités, tout est vanité et poursuite du vent » (1/2). Que restera-t-il de nous, même des plus vaniteux d’entre nous, hors un nom entre deux dates ? De quel poids, de quelle aide seront nos voisins dans la terre ?

 

Ce qui importe finalement, c’est d’être en vie ici-bas, et beaucoup ne le sont pas. C’est pourquoi, à l’intention de ces derniers, Jésus a pu dire : « Laissez les morts ensevelir leurs morts. » (Matthieu 8/22). Les sages anciens aussi disaient : Dum vivimus, vivamus (« Tant que nous vivons, soyons en vie »). Après, il est trop tard. Aucune loterie au monde ne pourra l’empêcher.

 

D.R.

 

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8 novembre 2025 6 08 /11 /novembre /2025 02:01

Un ancien article (30 septembre 2021)

 

Normalement il doit être proportionné à l’importance et à la pénibilité de la tâche confiée à celui qui le reçoit, ainsi qu’à sa capacité de lui conférer un statut social convenable, en une époque où on juge de la réussite et du prestige de quelqu’un par l’argent que son métier lui procure.

 

Anne Hidalgo, candidate à la prochaine élection présidentielle, a dit vouloir dans l’espace de son quinquennat doubler les salaires des enseignants français. Ceux-ci, a-t-elle dit, gagnent deux fois moins que leurs homologues allemands, ce que l’on peut sans doute aisément vérifier. Cette mesure donnerait du cœur à l’ouvrage aux enseignants en place, et permettrait le recrutement de nouveaux candidats, en mettant un terme à la désaffection dont est victime actuellement cette profession.

 

Or j’ai été à la fois surpris et scandalisé des réactions que cette promesse a suscitées. Elles ont été unanimes pour dire que cette mesure était impossible à mettre en œuvre, eu égard à son coût pour la collectivité. On aurait pu s’attendre à ce qu’on en prenne acte, qu’on dise au moins qu’elle était souhaitable, même si elle était irréalisable. Mais non : on n’a rien dit de tel, on s’est contenté d’arguments strictement budgétaires pour la disqualifier et la railler.

 

Cela dit beaucoup de l’état de nos dirigeants ou de ceux qui aspirent à l’être. Songent-ils qu’il y a au moins deux domaines essentiels à la vie de la nation, auxquels il ne faut pas toucher et qu’il faut réhabiliter, parce que ce sont les plus utiles : la santé, et l’éducation ? Le premier s’occupe du corps, et le second de l’esprit. « Ouvrir une école, disait Hugo, est fermer une prison. » Tout enfant qu’on instruit est un citoyen qu’on gagne. Il a des chances de ne pas être un mouton soumis, un demandeur abruti de spectacles stupides et un consommateur idiot.

 

Mais je pense que ces mêmes dirigeants, actuels ou futurs, ne veulent pas d’esprits vraiment libérés. Ils les préfèrent sans doute assujettis, asservis au pain et aux jeux. Souvenons-nous de ce que disait Valéry : « La politique est l’art d’empêcher les gens de s’occuper de ce qui les regarde. » Finalement c’est leur pré carré que ces dirigeants défendent. Ils ont tout à gagner à laisser les choses en l’état. Aussi ne voient-ils pas d’urgence à rétablir le prestige de l’esprit et de ceux qui l’incarnent. Il est vrai aussi, au reste, que les enseignants ne votent pas majoritairement pour eux.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 30 septembre 2021

 

D.R.

 

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6 novembre 2025 4 06 /11 /novembre /2025 02:01

Un ancien article (21 octobre 2021)

 

Étymologiquement ce mot signifie séparé, mis à part. J’y ai repensé en réfléchissant à l’omerta qui a entouré, de la part des victimes et de leurs proches, les crimes sexuels causés par les différents ministres de l’Église catholique.

 

Le personnage du prêtre est une figure sacrale. S’autorisant de l’exemple du Christ, censé (à tort pourtant) avoir fondé l’Église, il agit en sa personne, in persona Christi, par exemple lorsqu’il administre les sacrements. Il a le pouvoir exorbitant d’absoudre les péchés lors du sacrement de pénitence : « Moi, je t’absous... » (Ego te absolvo...). Le pouvoir aussi d’opérer le miracle de la transsubstantiation dans le rite de l’eucharistie : dès lors qu’il prononce les paroles sacramentelles, le pain et le vin sur l’autel se changent en corps et sang du Sauveur. L’épiclèse même, l’appel à l’Esprit-Saint pour valider la consécration, n’a été que récemment introduite, et n’est pas conçue de la même façon en catholicisme où il s’agit de conforter les paroles de l’officiant, et en orthodoxie où cet appel est fait au nom de la communauté. L’assistance est invitée à baisser la tête devant le Mystère de la foi (Mysterium fidei) dont le prêtre est par délégation à la fois le célébrant et l’acteur qui le fait advenir. Comment s’étonner que ces pouvoirs miraculeux n’impressionnent pas, comme on dit, l’âme des fidèles ?

 

Si donc les crimes sexuels dont certains clercs se sont rendus coupables n’ont pas été dénoncés, c’est que ces derniers bénéficiaient, de la part de leurs ouailles (petites brebis), d’une projection aveuglée qui les en excusait.

 

Il suit de là que pour éviter que de tels crimes se reproduisent à l’avenir, il faut supprimer cette projection. Et il ne suffira pas de permettre aux prêtres de se marier, par exemple, pour les rapprocher de la normalité. Il faudra redéfinir le rôle fonctionnel du prêtre. Il ne doit plus être le gestionnaire du sacré qu’il est dans l’administration des sacrements et la célébration du sacrifice eucharistique. Ces tâches doivent être vues non pas comme des thaumaturgies, des processus magiques, mais comme des actes symboliques, à la manière par exemple dont les protestants voient la liturgie eucharistique.

 

Que le prêtre tenté de se prendre pour Dieu lui-même prenne modèle sur le pasteur, qui dirait en « confession » non pas « Je t’absous », mais « Que Dieu te pardonne ! » Cette position me semble à la fois plus modeste et plus digne.

 

Mais l’Église est-elle prête à ainsi se protestantifier ? J’en doute. Et l’excommunication de Luther, à ma connaissance, n’a pas été encore levée.

 

Finalement, si le sacré est une expérience essentielle que chacun peut faire dans sa vie, et qu’a bien décrite Rudolph Otto dans le livre qui porte ce nom, il est très dangereux de le laisser gérer et bien souvent instrumentaliser par d’autres que soi.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 21 octobre 2021

 

D.R.

 

***

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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