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29 octobre 2025 3 29 /10 /octobre /2025 03:01

Un ancien article (1e juillet 2021)

 

Un pêcheur de homard états-unien du Massachusetts, déjà rescapé d’un crash aérien en 2001, s’est retrouvé dans la gueule d’une baleine avant d’en être expulsé sans blessure. Assurément il a eu beaucoup de chance, étant miraculé deux fois, ou doublement ressuscité. (Source : lemonde.fr, 14/06/2021)

 

Pour l’« avalement » de la baleine, on pense évidemment au cas de Pinocchio et de son père, dans le conte de Collodi. Mais surtout, et au-delà, à l’aventure de Jonas dans la Bible, même si le gros poisson qui l’ingurgite n’y est pas spécifié comme baleine. Recraché par elle au bout de trois jours, on a vu dans son aventure une préfiguration de la résurrection de Jésus, comme ce dernier y invite lui-même en s’adressant à ses contemporains : « Génération mauvaise et adultère qui réclame un signe ! En fait de signe, il ne lui en sera pas donné d’autre que le signe du prophète Jonas. Car tout comme Jonas fut dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, ainsi le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. » (Matthieu 12/39-40).

 

J’ai cependant montré dans mon ouvrage La Source intérieure (BoD, 2017) que l’histoire de Jonas n’est pas celle d’une résurrection physique réussie, mais celle d’une résurrection spirituelle manquée. En effet on voit dans tout le livre que Jonas fuit sa vocation d’aller prêcher les Ninivites, jusqu’à désirer être englouti par le poisson : ce qui lui arrive ne fait qu’incarner son désir secret de blottissement quasi-fœtal au creux du navire qui le porte. De même chez Collodi il faut que Pinocchio persuade son père, qui s’y trouve bien, de sortir du ventre-matrice de la baleine, pour abandonner la régression et s’ouvrir à la progression. Et lorsque Jonas, décidément psychorigide, voit que Dieu pardonne aux Ninivites, il ne l’admet pas. Il n’a pas assez de plasticité intérieure pour accepter le pardon, même jugé injuste. La fin du livre ne montre pas qu’il a compris la leçon.

 

Qu’ensuite on ait vu dans le cas de Jonas rendu à l’air libre une résurrection physique littérale (comme la réanimation d’un cadavre) contrevient totalement au sens de cette histoire. Elle signifie symboliquement la stagnation qui guette tout paranoïaque qui s’imagine avoir raison et n’en démord pas. Mais les gens préfèrent être éblouis par le miracle qu’éclairés par le symbole.

 

Laissons pourtant à notre brave pêcheur le réconfort de croire au premier !

 

Article paru dans Golias Hebdo, 1e juillet 2021

 

D.R.

 

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27 octobre 2025 1 27 /10 /octobre /2025 02:00

J’ai revu sur la 5, dans la soirée du vendredi 24 octobre dernier, le beau film de Pierre Schoendoerffer Le Crabe-Tambour. Il s’agit de deux militaires arrivés à la cinquantaine, qui se penchent sur leur vie passée et en font le bilan, en évoquant un ancien compagnon d’armes qui dans leur esprit prend des dimensions mythiques, irréelles, tel Moby Dick ou la Baleine blanche. Ont-ils répondu à l’appel qu’ils ressentaient dans leur jeunesse, n’ont-il pas dans l’âge mûr renié l’idéal qui les portait autrefois ? La conclusion est amère. On est toujours le tombeau de ses propres rêves.

 

Mais surtout, la clé de voûte de ce film, expressément évoquée dans les dialogues, est la parabole évangélique des talents (Matthieu 25/14-30). On la connaît. Partant pour un voyage, le maître laisse en dépôt à trois de ses serviteurs une somme chiffrée en talents. De retour, il félicite les deux premiers qui les ont fait fructifier. Mais le dernier, qui a caché le talent reçu par peur de le perdre et le restitue donc à l’identique, est sévèrement condamné par le maître, qui lui ôte le talent qu’il a et le donne au premier. « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. » (29-30)

 

Cette parabole est, dit le film, « terrifiante ». Personnellement c’est ainsi que je l’ai toujours trouvée, et analysée dans mon ouvrage Fictions bibliques – La Bible revisitée (éd. BoD, 2023). L’homme m’y apparaît comme toujours comptable d’un dépôt qu’il a reçu en naissant, et qu’il se doit de faire fructifier, sous peine de mort spirituelle, comme le dit la version que l’évangile selon Thomas présente de la parabole : « Jésus a dit : ‘Quand vous engendrerez cela en vous, ceci que vous avez-vous sauvera ; s’il vous arrive de n’avoir pas cela en vous, ceci que vous n’avez pas en vous vous tuera.’ » (logion 70) 

 

La vie ne suffit pas, si elle n’est pas irriguée par une exigence qui la dépasse, et par le sentiment, en regard, de son insatisfaction. Il faut toujours faire fructifier ce qu’on a reçu et être à même d’en rendre compte. Comme dans un train le voyageur doit pourvoir toujours présenter au Contrôleur son titre de transport.

 

Et ce, même si on pense qu’il n’y a pas de Contrôleur, et qu’on ne sera jamais contrôlé.

 

 

D.R.

 

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25 octobre 2025 6 25 /10 /octobre /2025 02:01

Un ancien article (15 avril 2021)

 

Celle du Christ est commémorée par les chrétiens à l’occasion de la fête de Pâques. D’un point de vue symbolique, elle correspond à celle de la végétation, qui renaît chaque année au printemps. L’œuf de Pâques aussi a la même fonction, car il contient en germe une future naissance.

 

À l’image de la résurrection du Christ, vue littéralement, certains croient qu’il en sera de même pour leur propre corps : après leur mort, ils renaîtront physiquement pour affronter le jour du Jugement. Cette vision du phénomène est attestée dans le Symbole des Apôtres, sous le nom de « résurrection de la chair ». Le Symbole de Nicée, lui, est beaucoup plus prudent, puisqu’il ne parle pas de la « mort » du Christ, en ne prononçant même pas ce mot.

 

Renaître corporellement est affaire de foi pure, et je me garderai bien de critiquer ceux qui l’ont. Cependant, pour certains esprits plus rationnels, une autre version de la résurrection est possible, une version symbolique. On pourrait parler d’un redressement spirituel, qui dans l’évangile selon Jean est gagé sur l’écoute d’une parole : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. » (5/24) Les temps ici concernent uniquement le présent, et non pas le futur, le temps de ce Jugement à venir dont on nous a longtemps menacés.

 

Au reste, combien de fois mourons-nous déjà dans nos vies ! Pensons à toutes les blessures que nous avons reçues et qui ont laissé des traces au fond de nous, à tous les deuils que nous avons éprouvés, à toutes les ruptures dont nous avons été victimes, et qui souvent sont aussi meurtrières que la mort elle-même ! C’est merveille que de pouvoir s’en relever ! Couturés de cicatrices, sans espoir salvateur, combien un redressement est inattendu quand il se produit ! Le miracle de l’amour est que quelqu’un puisse nous aimer encore quand nous ne nous aimons plus.

 

Finalement la résurrection, vue ainsi, est simplement une capacité de résilience, qu’elle soit fondée sur la metanoïa ou conversion évangélique, ou simplement sur l’action réparatrice de la vie. Cette version (préférable pour moi) pourrait se résumer par cette formule de l’évangile selon Philippe : « Ceux qui disent que Jésus est mort, puis est ressuscité, se trompent. En vérité, il est d’abord ressuscité, et puis il est mort. »

 

Article paru dans Golias Hebdo, 15 avril 2021

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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