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17 octobre 2025 5 17 /10 /octobre /2025 01:00

Un ancien article (5 mai 2022)

 

La récente crise sanitaire a poussé nos contemporains, condamnés au confinement, à se replier sur eux-mêmes et sur leur cadre familial. Avec la levée de cette obligation, on aurait pu penser que ce repliement aurait disparu, et qu’à nouveau ils auraient pu s’ouvrir vers l’extérieur. Mais apparemment il n’en est rien, et la convivialité, l’intérêt et le souci de l’autre ne sont pas réapparus.

 

L’ouverture vers la culture, qui est une toujours une distance prise par rapport au chez-soi et aux seuls horizons connus, ne s’est pas produite. Ainsi les ventes de livres culturels s'effondrent, les conférences publiques n’attirent plus grand-monde, les festivals ne constatent pas une affluence des réservations, pas plus que les cinémas ne voient une grande fréquentation – au moins équivalente à ce qu’elle était avant la crise. La raison pour ce dernier cas est simple : habitués à voir les films sur leurs petits écrans domestiques, smartphones ou autres, les spectateurs potentiels ne se déplacent plus comme avant. C’est fort dommage, car la communion silencieuse dans une grande salle est une atmosphère irremplaçable. On ne voit plus maintenant que le cinéma soit la lumière dans le noir, dans tous les sens de l’expression.

 

Et le deuxième facteur favorisant le repliement est la guerre russo-ukranienne, surtout telle qu’elle est traitée et instrumentalisée chez nous par les politiques et les medias. On ne nous parle que de ses conséquences sur notre pouvoir d’achat, alors que c’est là une chose d’une importance infiniment moindre que cette guerre elle-même, qui se produit aux portes de l’Europe, et peut bientôt y déborder. Au lieu donc d’y prêter attention, de s’informer et de s’ouvrir à autre que soi, on ferme les yeux et on ne voit, de façon égocentrée, que ce qui nous arrive dans notre petite sphère privée.

 

Le repliement est toujours de mauvais augure. Il caractérise les politiques d’extrême-droite, avec l’éloge du localisme, le choix délibéré de la préférence nationale, le refus du cosmopolitisme, le glissement agressif du patriotisme au nationalisme, etc. – Certes le chez-soi, le cadre domestique, n’est pas sans intérêt. Mais enfin il faut aussi se déplier, s’ouvrir à l’extérieur, au vent du large, sauf à demeurer dans une atmosphère bien confinée et rancie. Les anciens Grecs avaient deux divinités pour exprimer cette bipolarité : Hestia, ou le Foyer ; et Hermès, ou l’ouverture, la relation à l’autre. Aujourd’hui il semble que la première fasse oublier la seconde.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 5 mai 2022

 

D.R.

 

***

 

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15 octobre 2025 3 15 /10 /octobre /2025 01:00

Un ancien article (2 juin 2022)

 

Un maillot que portait le footballeur argentin Diego Maradona lors du match de légende face à l’Angleterre pendant la Coupe du monde 1986 a été vendu aux enchères chez Sotheby’s pour 9,3 millions de dollars (Source : lemonde.fr, 94/05/2022).

 

On pensera d’abord ici à un cadre religieux, la relique du footballeur défunt faisant songer par exemple, en tant qu’objet de dévotion, au Saint Suaire de Turin. Maradona est d’ailleurs devenu effectivement l’objet d’un culte, pris en charge par une Église maradonienne, dont on trouvera les caractéristiques dans Wikipédia, en tapant le nom de cette dernière sur Internet (lien).

 

Pourtant même si formellement ces comparaisons religieuses peuvent se faire, il en est tout autrement des contenus respectifs. Si Maradona peut se comparer au Christ, alors le langage n’a plus de sens. Je sais bien qu’à propos du but marqué de la main contre l’Angleterre le 22 juin 1986 au stade de Mexico il a parlé de la « main de Dieu », incarnant par là le dogme théologique de la rétribution, selon lequel la réussite d’une entreprise montre la préférence divine. Mais outre le fait qu’il est peu moral de voir la tricherie récompensée, se trouvera-t-il quelqu’un de sensé pour égaler Maradona au Christ lui-même, lui aussi « élu de Dieu » ?

 

Le vertige nous prend à voir le prix stratosphérique payé pour la relique. Il est d’une indécence absolue par rapport à l’état de dénuement où vit une grande partie des habitants de la planète. On a l’impression aujourd’hui d’une totale absurdité et d’un total chaos. Toutes les valorisations se mêlent et s’échangent, les plus profondes et les plus ridicules, et même jusqu’aux plus repoussantes, avec une parfaite équanimité. Spéculation et argent fonctionnent abstraitement, sans aucun égard pour la réalité des contenus. Certains artistes même ont fait de leurs propres excréments des œuvres d’art (Source : huffingtonpost, 26/04/2013).

 

D’ailleurs seule l’authenticité de la tunique maradonienne a été contestée par la famille du footballeur, et non pas la démarche même de sa vente aux enchères, ce qui montre que cette famille elle aussi n’est intéressée que par l’argent que peut rapporter la relique. On croit rêver. Dans tout cela on est dans l’irréalité totale, mais si on s’éveille on s’aperçoit que ce rêve est un cauchemar.

 

Il faut décidément rompre avec ce monde de pure facticité, et défendre l’authentique et le profond. Comme dit René Char : « Obéissez à vos porcs qui existent, je me soumets à mes dieux qui n’existent pas. »

 

Article paru dans Golias Hebdo, 2 juin 2022

 

Le 20 avril 2022, un employé de Sotheby’s ajuste le maillot porté par Diego Maradona pendant la Coupe du monde de 1986. - D.R.

 

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13 octobre 2025 1 13 /10 /octobre /2025 01:00

C’est selon Freud, à côté du moi et du ça, un des trois étages de la personnalité, qui agit sur le moi en permettant la maîtrise des pulsions, et qui se développe chez le sujet à partir des interdits parentaux et éducationnels.

 

C’est à ce schéma et à la problématique qu’il ouvre que je pense toujours toutes les fois qu’il me vient des nouvelles du président états-unien. Je me dis que, décidément, tel qu’il se présente et à quelque occasion qu’il le fasse, il est totalement dépourvu de surmoi – et je ne sais même s’il en a jamais eu. Chez lui tout est pulsion, emballement affectif. Il ignore la correction, sur les mouvements immédiats, que fait ordinairement la réflexion froide. Son langage a la complexité de celui d’un enfant. Ses enthousiasmes sont hyperboliques, et pareillement ses détestations. Ainsi il injurie grossièrement et voue aux gémonies (à l’« Enfer ») ses adversaires, spécialement ses « ennemis de l’intérieur », ceux qui dans son propre pays sont du bord différent du sien – quitte à préparer, sur les ruines de la civilité, une vraie guerre civile, et à faire douter que ce constant fauteur de guerre puisse mériter un jour de recevoir le prix Nobel de la paix. Cette perspective et cette violence sont préoccupantes, car la fin du surmoi et la « décomplexion », de la part d’un personnage si haut placé, peuvent avoir des conséquences redoutables.

 

Dans la mesure où il fascine maints dirigeants et politiques de la planète, qui rêvent de l’imiter et attendent de pouvoir le faire, cet abandon du surmoi, instance civilisatrice par excellence, pose un grand problème. On peut y voir les linéaments d’une vraie décivilisation. On sait qu’un homme civilisé est quelqu’un qui s’empêche. Norbert Elias l’a montré dans sa Civilisation des mœurs : toute culture authentique implique le sacrifice des pulsions, et donc une frustration consentie. Que si on ne l’admet plus, c’est tout le monde civilisé, à l’échelle planétaire, qui avec de tels exemples risque de disparaître.

 

Finalement, avec ce qu’incarne le surmoi, c’est à l’éducation qu’il faut revenir. Je crois que l’époque actuelle connaît une crise de l’éducation. Parents en premier lieu, mais aussi éducateurs au sens large, sont les derniers remparts pour éviter le retour à la sauvagerie, l’ensauvagement généralisé qui, si on n’y prend garde, au surplus avec le mauvais exemple donné par certains, risque de nous submerger.

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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