La mise en avant des valeurs viriles, ou masculinistes, se voit dans l’époque que nous vivons. Il n’est que de voir avec quelle brutalité, quel mépris des femmes, se comporte Donald Trump, aussi bien dans sa façon d’être que dans son langage. Et on sait quelle mise en scène naguère fut celle de Vladimir Poutine, s’affichant torse nu et à cheval, tel un héros tout en muscles.
Bien sûr on peut voir dans ce mâle affichage une réaction contre les excès du féminisme, dont le mouvement Me too n’était pas dépourvu. En somme, un retour de bâton, un backlash. On pourrait aussi penser que cette tendance n’aura qu’un temps, et qu’on reviendra dans l’avenir à une position plus équilibrée.
Mais on aurait tort. En effet on oublie que la domination masculine est très ancienne dans l’histoire des hommes. Il semble même qu’elle date de leur sédentarisation au Néolithique, les chasseurs-cueilleurs n’ayant pas connu des inégalités de genre. Avec le patriarcat le sexe masculin n’a cessé d’opprimer la seconde partie de l’humanité. Au lieu de voir dans le masculinisme un épiphénomène passager et cyclique, il faut le voir comme une constante constitutive de l’histoire.
Les caractéristiques sont toujours les mêmes, structurant toutes les sociétés. Le maître mot en est la violence. Aujourd’hui encore, si bien sûr tous les hommes ne sont pas violents, on voit que la grande majorité des auteurs de violence sont des hommes. C’est sans doute parce que, donnant la vie, les femmes en connaissent davantage le prix. Dérivés de cette violence originaire sont la mise en danger de soi-même, les conduites à risque, la valorisation de la performance, le culte de la réputation, de l’honneur, de la gloire, etc. – toutes des pseudo-valeurs en regard de la seule naturelle et désirable : le bonheur.
Rares sont les hommes qui ont parlé d’une voix féminine. Au premier rang est le Jésus de l’Évangile, qui s’adressant à Jérusalem se compare à une poule volant abriter ses poussins sous ses ailes (Matthieu 23/37). Mère-poule, ne dit-il pas de lui-même qu’il est « doux et humble de cœur » (ibid. 11/29) ?
Cette attitude incarnée en Occident tout au long du premier millénaire par la robe et le chant féminoïdes des moines, a disparu à l’époque des Croisades. Mais l’imposture est que puissent encore aujourd’hui, partout de par le monde, se réclamer de cette voix des masculinistes patentés.
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Michel Théron