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13 mai 2026 3 13 /05 /mai /2026 01:00

La Presse souligne à maintes reprises celle qui caractérise l’actuel maître du Kremlin. Retranché dans un bunker, dans la crainte constante d’un coup d’état, se méfiant de tout et de tous, n’admettant pas même que portent des armes ceux qui l’entourent ou sont chargés de le protéger, il vit coupé de la réalité. (Source : ladepeche.fr, 07/05/2026)

 

Qu’un souverain ou haut dirigeant d’un pays puisse connaître la même situation, c’est ce que montrent depuis toujours l’Histoire et la Littérature. On sait l’exemple des dernières années de Staline, qui vivait dans la crainte permanente d’être assassiné. Et on peut citer aussi, chez Shakespeare, le cas de Macbeth, qui une fois son crime accompli ne peut plus dormir : « Macbeth a tué le sommeil ! » (II, 2)

 

La crainte de la mort (thanatophobie) existe certes en tout homme qui réfléchit un peu. Mais chez l’être ordinaire elle n’est qu’épisodique, elle ne recouvre et n’oblitère pas de façon obsessionnelle l’ensemble de ses activités. Au contraire, quand elle est envahissante, l’être en devient l’otage, et voit partout ce qui pourrait la justifier. Elle porte à son point extrême l’inquiétude. On connaît déjà celle d’être dévalisé, qui elle aussi chasse le sommeil et voit des ennemis partout, illustrée par La Fontaine dans Le Savetier et le Financier (Fables VIII, 2). La peur de mourir ne présente avec elle qu’une différence de degré, non de nature.

 

La personnalité de Vladimir Poutine est celle d’un psychorigide persuadé d’avoir raison dans sa politique impérialiste, voulant reconstruire la feue URSS, et par-delà la Grande Russie éternelle. Au nom de ce mythe passéiste, il n’admet aucune contradiction, aucune dissidence. En fait cette incapacité à admettre les changements dans le cours de l’Histoire, dont les évolutions sont toujours aléatoires et imprévisibles, est sûrement chez lui un signe de faiblesse. Il a peur du nouveau, il est néophobe. Et comme il a peur, il fait peur aux autres.

 

Et pourquoi maintenant lui-même a-t-il peur de mourir, à son âge par exemple, alors qu’il envoie sans cesse à la mort des milliers de ses concitoyens dans leur prime jeunesse ? Il y a là un contraste choquant, une insupportable contradiction que pareillement La Fontaine a pointée dans sa fable La Mort et le Mourant : « Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret. » (ibid. VIII, 1)

 

D.R.

 

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12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 11:57

Dans chaque moment vécu est une voix qui nous dit : "Regarde vers le haut !"

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11 mai 2026 1 11 /05 /mai /2026 01:00

On parle beaucoup actuellement de l’intelligence artificielle, en pensant que ses performances égaleront bientôt celles de l’intelligence humaine. Mais c’est à tort. Car la seconde est capable de trouver du nouveau, tandis que la première ne pourra, en réponse aux problèmes qu’on lui demandera de résoudre, que proposer dans l’immense réservoir de données qu’elle traite, des probabilités statistiques échafaudées à partir de ce qui s’est déjà passé.

 

Il est sûr que pour la mémoire de ce qui s’est déjà produit, l’I.A. est bien supérieure aux capacités d’un cerveau humain. Ainsi par exemple elle pourra servir la médecine, en donnant tous les renseignements possibles sur la probabilité d’occurrence d’une maladie, en regard avec la symptomatologie constatée. Mais le rôle du médecin n’est-il que de prévoir ce qui va se passer à partir de ce qui s’est déjà passé ? D’abord cela suppose une grande régularité, pour ne pas dire automaticité, dans la survenue d’une pathologie. C’est oublier que ce type de conclusion ou d’induction est parfois mis en défaut, c’est faire fi du hasard. Oublier aussi le pouvoir chaleureux, empathique, du soin lui-même, dont une machine est dépourvue. Elle se contente de répéter ce qu’on lui a appris dans l’immense éventail des cas qu’on lui a fait ingurgiter : simple perroquet stochastique.

 

La question du sens, de la sémantique lui est étrangère. Quand on prétend qu’elle pourra écrire des poèmes ou des romans, c’est oublier comment fonctionne le langage. Il peut être fait d’évitements volontaires de tels mots, qui portent tout le sens : les litotes par exemple. Ou de formulations à prendre à l’envers : les antiphrases. Le sens d’un texte peut être fait de ce qu’il ne contient pas. La machine ne s’occupe que des matériaux présents eux-mêmes, et ignore le brouillage volontaire que l’homme peut en faire, et qui est sa part du jeu.

 

Elle écrira certes à la manière des auteurs antérieurs (qu’on lui aura fait apprendre par E-learning ou par I.A. générative), mais les incertitudes et ambiguïtés inhérentes au langage lui-même lui seront étrangères. Et quant à produire quelque chose de nouveau, elle ne le pourra pas. Tout simplement parce qu’elle regarde vers le passé, alors que quiconque écrit regarde vers ce qui va advenir, un effet de sens surgissant, toujours possible et jamais prévisible. Mallarmé a bien raison : « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard. »

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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