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9 novembre 2023 4 09 /11 /novembre /2023 02:00

A

près la condamnation du cardinal Barbarin pour non-dénonciation d’abus sexuel, les révélations de Frédéric Martel sur les mœurs au Vatican et le double langage en matière d’homosexualité, le reportage sur les viols commis contre des religieuses, certains se demandent s’il ne faudrait pas tout bonnement abandonner le christianisme.

 

À cet égard je viens de lire un intéressant point de vue de l’écrivain François Bouthors, qui n’est pas de cet avis. Pour lui le christianisme est l’âme de notre civilisation, et même si l’Église l’a trahi, il faut bien en préserver le message. Pour ce faire, des simples mesures disciplinaires ne suffiront pas : « Si l’on ne retrouve pas la consistance du message chrétien, cela ne sera qu’un emplâtre sur une jambe de bois. » (Ouest-france.fr, 18/03/2019)

 

En gros, il peut bien avoir raison. Mais si l’on y regarde dans ces détails où, dit-on, se cache le Diable, on peut formuler quelques réserves.

 

Il me semble en effet que parler du message chrétien en général est oublier qu’il est fort complexe, ce qui justifie d’ailleurs la pluralité des Églises qui s’en réclament. En fait il y a des christianismes : le majoritaire, celui qui se réclame de Paul, basé sur le sacrifice salvateur du Messie, mais aussi le gnostique, qui recherche la sagesse, l’unitarien ou le pré-nicéen, qui nie la divinité de Jésus, etc.

 

Quant à l’enseignement de Jésus lui-même, auquel bien sûr il faudrait revenir par-delà toutes les interprétations ultérieures, il ne nous est malheureusement connu que par ce qu’on nous en a rapporté. Et il est lui aussi fort divers, polymorphe, et parfois contradictoire. Y alternent des passages de compréhension miséricordieuse pour l’ici-bas, d’espoir pour le futur, et aussi de menace justifiant qu’à les lire on puisse vivre dans la crainte et le tremblement. Tout cela correspond à des strates rédactionnelles très différentes qui se sont ajoutées les unes aux autres, donnant au final l’image d’un millefeuilles. Si certains y voient une symphonie, d’autres voient plutôt une cacophonie. J'ai résumé naguère cette question dans une conférence : Le Christ polymorphe.

 

Jefferson avait bien vu ce côté disparate du texte évangélique, et y avait découpé et gardé les seuls passages qui lui semblaient cohérents et admissibles pour un esprit rationnel. Je crois que chacun devrait se faire sa petite Bible de Jefferson, et ne recevoir que ce qui lui parle intimement. Bref entre les messages offerts, choisir le sien.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 28 mars 2019

 

#Christianisme. #Multiplicité. #Polymorphisme.
Personnalité multiple - D.R.

 

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5 novembre 2023 7 05 /11 /novembre /2023 02:00

À

 l’issue d’une messe à laquelle il a assisté avec le Premier ministre, en souvenir du Père Hamel assassiné l’an dernier par des terroristes islamistes, notre président a déclaré :

 

« Sans en diminuer l’horreur, le martyre du père Hamel n’aura pas eu lieu pour rien. Un an après nous en discernons le sens. Cela nous a rendus plus fidèles encore à ce que nous sommes, plus fidèles encore à ce qu’ils ont voulu abattre... » Or, un peu plus tôt, il avait dit : « La République garantit la liberté de croire comme de ne pas croire. La République n’a pas à combattre une religion. Elle œuvre chaque jour à ce que chacun puisse croire ou pas, en homme libre. » (Source : LeFigaro.fr, 26/07/2017)

 

Eh bien, je prétends que ces deux extraits ne vont pas du tout l’un avec l’autre, sont parfaitement contradictoires. En effet le second fait l’éloge de la laïcité, qui en effet garantit non seulement la liberté de croire, mais aussi, et on l’oublie bien souvent, celle de ne pas croire. Mais le premier le contredit, en qualifiant l’assassinat du Père Hamel de « martyre ».

 

Or ce mot est religieux. Il désigne, selon Le Robert, « la mort, les souffrances qu’un martyr, une martyre endure pour sa religion, pour ne pas renier sa foi ». Le Père Hamel n’a été un « martyr » que pour les catholiques, dont il faut rappeler d’ailleurs que seulement 5% d’entre eux vont régulièrement à la messe. Pour la grande majorité du peuple français, il a été simplement une victime innocente de la barbarie terroriste. C’est cette dernière qualification, tout à fait neutre, qu’on aurait attendue de la part d’un président d’une république laïque, qui ne doit prendre parti précisément pour aucun parti religieux en adoptant son vocabulaire.

 

Je ne sais si le président a rédigé lui-même ce discours, ou s’il l’a fait écrire par un autre. De toute façon, le rédacteur aurait dû se souvenir de la phrase de Confucius : « La première tâche du gouverneur d’un peuple est de restaurer le sens des mots. » Ou encore de celle de Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde. »

 

[v. Maladresse]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 14 septembre 2017

 

#Religion. #Vocabulaire. #Laïcité.
D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

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3 novembre 2023 5 03 /11 /novembre /2023 02:00

I

l y a bien des passages où notre Bible n’en fait guère preuve, au point qu’on se demande s’il faut la donner à lire à tout le monde.

 

Je pense par exemple à maints endroits du Lévitique, où le rédacteur s’acharne de façon barbare sur ceux qui n’obéissent pas, fût-ce dans le moindre article, à ce qui est censé être la voix de Dieu. Et si par malheur un esprit aveugle vient à prendre ces passages au pied de la lettre, le résultat est catastrophique.

 

Par exemple un prélat ultraconservateur suisse, Vitus Huonder, évêque de Coire, diocèse de Zurich, a récemment devant un public ravi évoqué la mise à mort des homosexuels, en brandissant précisément deux citations du Lévitique, dont celle-ci : « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils commettent tous deux une abomination. Ils seront punis de mort, leur sang retombera sur eux. » (20/13)

 

Coïncidence fâcheuse : c’est au nom de ces mêmes passages de la Bible qu’un extrémiste juif a poignardé six personnes, la veille du discours de l’évêque, au milieu de la Gay Pride de Jérusalem (Source : 360°, 1er août 2015).

 

Je me demande pourquoi ces passages, qui sont de vrais appels au lynchage, figurent encore dans la Bible, au risque d’exciter la rage sanguinaire des esprits faibles. Assurément venant de n’importe qui d’autre aujourd’hui ils tomberaient sous le coup de la loi et seraient incriminés, pour apologie du meurtre.

 

Et malheureusement ce livre n’est pas de par le monde le seul livre religieux à déchaîner la furie intolérante ! On le dit chez nous être de Dieu. Aux États-Unis d’Amérique, c’est sur lui que jurent encore les présidents nouvellement intronisés. Que ne lisent-ils ce qu’il contient ! Et encore, pour dire qu’il ne se trompe jamais, les conservateurs littéralistes parlent de son inerrance...

 

La sagesse, il me semble, aurait été d’en faire le lifting, et d’en expurger les passages inadmissibles comme ceux mentionnés plus haut. On aurait pu suivre l’exemple de la Bible de Jefferson, où tous les passages du Livre contraires à la raison ont été supprimés, et où seul a été conservé un enseignement moral convenant à tous.

 

Pour en éviter la violence, il eût fallu y garder la mansuétude et en proscrire l’ana­thème, en s’ins­­pirant par exemple de ce qu’a pu dire Jésus après le prophète Osée : « Je veux la miséricorde, et non le sacrifice. » (Matthieu 9/13)

 

Comme on le reconnaît volontiers aujourd’hui dans les milieux religieux libéraux, la Bible n’est pas le livre de Dieu, mais celui d’hommes parlant de Dieu. Sont-ils inspirés par lui ? Jugeons-en aux résultats. « Tout arbre se reconnaît à ses fruits. » (Luc 6/43) À l’évidence, on constate que ces hommes sont parfois bien mal inspirés !

 

[v. Littéralisme]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 10 septembre 2015

 

#Bible. #Violence. #Inerrance.
D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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