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3 novembre 2023 5 03 /11 /novembre /2023 02:00

I

l y a bien des passages où notre Bible n’en fait guère preuve, au point qu’on se demande s’il faut la donner à lire à tout le monde.

 

Je pense par exemple à maints endroits du Lévitique, où le rédacteur s’acharne de façon barbare sur ceux qui n’obéissent pas, fût-ce dans le moindre article, à ce qui est censé être la voix de Dieu. Et si par malheur un esprit aveugle vient à prendre ces passages au pied de la lettre, le résultat est catastrophique.

 

Par exemple un prélat ultraconservateur suisse, Vitus Huonder, évêque de Coire, diocèse de Zurich, a récemment devant un public ravi évoqué la mise à mort des homosexuels, en brandissant précisément deux citations du Lévitique, dont celle-ci : « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils commettent tous deux une abomination. Ils seront punis de mort, leur sang retombera sur eux. » (20/13)

 

Coïncidence fâcheuse : c’est au nom de ces mêmes passages de la Bible qu’un extrémiste juif a poignardé six personnes, la veille du discours de l’évêque, au milieu de la Gay Pride de Jérusalem (Source : 360°, 1er août 2015).

 

Je me demande pourquoi ces passages, qui sont de vrais appels au lynchage, figurent encore dans la Bible, au risque d’exciter la rage sanguinaire des esprits faibles. Assurément venant de n’importe qui d’autre aujourd’hui ils tomberaient sous le coup de la loi et seraient incriminés, pour apologie du meurtre.

 

Et malheureusement ce livre n’est pas de par le monde le seul livre religieux à déchaîner la furie intolérante ! On le dit chez nous être de Dieu. Aux États-Unis d’Amérique, c’est sur lui que jurent encore les présidents nouvellement intronisés. Que ne lisent-ils ce qu’il contient ! Et encore, pour dire qu’il ne se trompe jamais, les conservateurs littéralistes parlent de son inerrance...

 

La sagesse, il me semble, aurait été d’en faire le lifting, et d’en expurger les passages inadmissibles comme ceux mentionnés plus haut. On aurait pu suivre l’exemple de la Bible de Jefferson, où tous les passages du Livre contraires à la raison ont été supprimés, et où seul a été conservé un enseignement moral convenant à tous.

 

Pour en éviter la violence, il eût fallu y garder la mansuétude et en proscrire l’ana­thème, en s’ins­­pirant par exemple de ce qu’a pu dire Jésus après le prophète Osée : « Je veux la miséricorde, et non le sacrifice. » (Matthieu 9/13)

 

Comme on le reconnaît volontiers aujourd’hui dans les milieux religieux libéraux, la Bible n’est pas le livre de Dieu, mais celui d’hommes parlant de Dieu. Sont-ils inspirés par lui ? Jugeons-en aux résultats. « Tout arbre se reconnaît à ses fruits. » (Luc 6/43) À l’évidence, on constate que ces hommes sont parfois bien mal inspirés !

 

[v. Littéralisme]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 10 septembre 2015

 

#Bible. #Violence. #Inerrance.
D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

 

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26 octobre 2023 4 26 /10 /octobre /2023 01:00

J’

ai entendu sur France Inter, le 3 mars dernier, à l’émission Le Téléphone sonne, une excellente discussion sur la maltraitance dont sont victimes les enfants.

 

Ce qui m’a frappé est l’extrême complexité de cette question.

 

D’abord il a été dit que l’enfant maltraité par ses parents se sentait coupable de cette maltraitance. Dans cette réaction a priori paradoxale (on attendrait plutôt une révolte) je vois resurgir un fond archaïque de l’humanité, qui rattache toujours le malheur à la culpabilité. Voyez les deux sens de notre mot « misérable » (malheureux et méchant).

 

Dans la Bible l’homme frappé par le malheur (un aveugle par exemple) est censé avoir mérité son sort, et Job accablé s’entend dire par ses amis qu’il a péché. C’est le vieux fantasme théologique de la rétribution, pendant occidental du karma indien, qui lie le sort qu’on a à ce qu’on mérite. Ainsi disons-nous encore lors d’une épreuve : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter cela ? » La théodicée (justice de Dieu) peut être très difficilement mise en question.

 

L’enfant attend naturellement de ses parents qu’ils l’aiment, et il voit en eux, comme on peut voir en Dieu, l’archétype de la bonté et de la justice (« Bon Dieu ! », « Juste Ciel ! », etc.). Si la réalité dément cette attente, il s’accuse lui-même, au lieu de les incriminer.

 

Aussi peut-il refuser d’en être séparé, car affectivement il tient à leur présence auprès de lui. Même complètement saboté par eux, comme il se voit dans l’effrayante et lucide Lettre au Père de Kafka, son placement ailleurs n’est pas toujours une solution aisée.

 

La question se complique encore quand certains anciens enfants maltraités deviennent à leur tour plus tard des parents maltraitants. N’ayant jamais réfléchi froidement à ce qui leur est arrivé, ils croient normal ce type de comportement, qu’ils répètent.

 

La leçon générale est qu’il faut se libérer, par la réflexion, de ce qu’on peut appeler les attentes « archétypales ». Certes nous les projetons naturellement sur nos géniteurs : le père doit être le Père, le Re-père, quoi qu’il fasse. Mais enfin la vie doit être un combat entre les projections primitives et les perceptions réelles. On ne peut pas rester toujours dans la fantasmagorie et la sujétion.

 

Et ce que je dis ici des enfants vaut aussi pour beaucoup de croyants qui vivent leur religion sur le même mode.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 12 mars 2015

 

#Théologie. #Rétribution. #Archétype. #Dieu-Père.
D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

 

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Voir aussi, sur le même thème :

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24 octobre 2023 2 24 /10 /octobre /2023 01:00

N

otre Président en a fait preuve, lors de son récent discours devant la conférence des évêques de France au Collège des Bernardins à Paris, le 9 avril dernier.

 

En voici le préambule : « Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et qu’il nous importe à vous comme à moi de le réparer. » (Source : Elysee.fr, 10/04/2018).

 

Fatalement tous les tenants de la laïcité vont s’empresser de critiquer cette formulation. Il ne peut y avoir dans une République laïque aucun « lien », encore moins à « réparer » entre les religions et l’État. L’article 2 de la loi de 1905 précise bien : « La République ne reconnaît  (…) aucun culte ». En fait elle se doit d’ignorer totalement et par principe les convictions philosophiques ou spirituelles des citoyens, entre lesquels elle établit et doit garantir une stricte égalité.

 

Le Président condamne avec raison une laïcité militante et agressive : « La laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel au nom du temporel, ni de déraciner de nos sociétés la part sacrée qui nourrit tant de nos concitoyens. » Mais l’esprit laïque n’est pas l’esprit laïciste ou laïquard, il peut fort bien être respectueux de toutes les croyances : simplement l’expression publique d’un responsable politique doit prudemment se séparer de tout arrière-plan fidéiste. On respecte le croyant quel qu’il soit, on ne lui donne pas des gages, comme : « La sève catholique doit contribuer encore et toujours à faire vivre notre nation », ou : « La sécularisation ne saurait éliminer la longue tradition chrétienne. »

 

Le Président condamne justement le matérialisme actuel au nom de « l’absolu ». Mais l’Église n’a pas le monopole de ce dernier, il peut y avoir un absolu sans transcendance religieuse. L’adresse finale aux évêques récuse en tout cas toute idée de séparation : « Nous pourrons accomplir de grandes choses ensemble. »

 

Il est dommage que ce discours, très beau pourtant, soit par endroits si maladroit, ou peut-être, au vu des réactions qu’il est appelé immanquablement à susciter, si naïf...

 

[Voir aussi : Laïcisme, Laïcité]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 26 avril 2018

 

 

#Laïcité. #Laïcisme. #Spiritualité. #Transcendance.
D.R.

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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