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17 décembre 2023 7 17 /12 /décembre /2023 02:00

C’

est le fait de vouloir amener les autres à ses propres croyances. C’est une tendance très répandue.

 

Ainsi en chris­tianisme lit-on ces paroles, mises dans la bouche de Jésus ressuscité : « Allez donc, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » (Matthieu, 28/19)

 

Je doute que Jésus ait pu utiliser cette formulation trinitaire, le dogme de la Trinité s’étant imposé bien plus tard. Mais l’idée est bien qu’il faut évangéliser, baptiser, convertir, s’en donner la mission. C’est ce programme que le pape actuel a repris d’ailleurs lors de sa dernière visite aux Philippines, en décrétant l’Asie « terre de mission ».

 

Le partisan du prosélytisme croit naturellement être dans le vrai, et que les autres sont dans l’erreur, ce qui est une manifeste preuve d’orgueil pour soi-même, et de dépréciation pour les autres.

 

Tant qu’il veut convaincre par la seule parole, il n’est peut-être pas dangereux, encore qu’une vraie discussion ne doive pas à mon avis supposer dès qu’elle s’engage la conclusion où elle aboutira.

 

Mais très vite il peut user de la force pour parvenir à ses fins. C’est le fameux « contrains-les d’entrer » (compelle intrare) qu’Augustin a utilisé contre les Donatistes, en utilisant à sa propre façon un passage évangélique : « Le maître dit alors au serviteur : ‘Va sur les routes et dans les sentiers, et force les gens à entrer, afin que ma maison soit remplie’. » (Luc, 14/23)

 

Derrière ce sinistre « compelle intrare » se profilent toutes les tortures et tous les bûchers à venir, par quoi on a tout au long des siècles voulu réduire tous les ennemis des dogmes officiels : anathèmes et hérétiques.

 

Bien sûr, les crimes des prosélytes, comme le mépris qu’ils peuvent avoir pour les non-croyants, ne sont certes pas le propre du christianisme. On ne les dénoncera jamais assez.

 

Qu’on pense avoir soi-même trouvé le vrai, je peux le comprendre, bien que la phrase de Pilate : « Qu’est-ce que vérité ? » (Jean, 18/38) me sem­ble extrêmement profonde. Qu’on veuille le crier sur les toits, passe encore. Mais qu’on veuille l’imposer aux autres, et très souvent manu militari, est inacceptable.

 

Si l’on veut qu’ils nous imitent, il vaut mieux leur en donner envie par l’exemple : il n’y a de vraie conversion que par contagion. Il faut juger un être non d’après ce qu’il dit, mais d’après ce qu’il fait : nous donne-t-il ainsi le désir d’être comme lui, ou non ?

 

Aussi, avant de s’occuper des autres, il faut s’occuper de soi-même, selon la belle phrase de Gandhi : « Soyez vous-mêmes le changement que vous voulez voir dans le monde. »

 

[v. Orthopraxie]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 29 janvier 2015

 

#Religion. #Intolérance. #Fanatisme.
D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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15 décembre 2023 5 15 /12 /décembre /2023 02:00

P

endant la crise du coronavirus, les recherches faites sur Google pour le mot-clé Prière ont explosé : 50% de hausse entre février et mars 2020, un score jamais atteint même à Noël, à Pâques ou pendant le Ramadan, et un phénomène global répertorié dans 95 pays. Les recherches provenaient majoritairement d’internautes chrétiens et musulmans (source : Réformés.ch, 22/06/2020.

 

Manifestement la prière dont il est question dans ce contexte ne peut être une prière de louan­ge ou de remerciement, une prière eucharistique, mais au contraire une prière de demande, une rogation. Celui qui s’y livre demande à être protégé du virus. [v. Prière]

 

Ce type de prière renvoie à la religion conçue comme contrat synallagmatique, alliance entre Dieu et les hommes, pacte conclu pour les juifs et les chrétiens sur le Sinaï : j’échange mon obéissance contre ta protection et ta récompense, et inversement si je te désobéis tu es fondé à me punir. Une catastrophe survient-elle, comme la crise sanitaire actuelle ? J’en cherche alors la cause dans une culpabilité de ma part, un manquement au contrat, en vertu du principe de rétribution. Et j’implore la grâce de celui qui l’a permise et envoyée. [v. Obscurantisme]

 

Je pense que cette vision maintient l’homme dans une éternelle enfance. D’une part la crise actuelle n’est pas un châtiment de Dieu, mais un effet de la folie des hommes, qui ne doivent pas s’exonérer ici de leur responsabilité. Le virus est venu d’animaux sauvages au contact desquels l’homme s’est trouvé à cause des déforestations qu’il a pratiquées.

 

D’autre part la prière chrétienne majeure enseignée par Jésus contient un fiat !, un acquiescement à ce qui arrive, invalidant toute demande personnelle : « Que ta volonté soit faite ! » Combien de fidèles en priant remplacent cette parole par un implicite « Que ma volonté soit faite » ! Or il y a bien des cas dans la vie (ce n’est certes pas celui du coronavirus) où l’acquiescement à ce qui survient est supérieur à la lutte qu’on met en œuvre pour s’en débarrasser.

 

Le schéma susdit est clair, et renvoie religion à lien. C’est effectivement une des étymologies possibles de ce mot (religare, relier). Mais ce n’est pas la seule possible, et je plaiderai ici pour une seconde, autorisée par le grand Cicéron. Religion renverrait à relegere, qui signifie à la fois accueillir et relire. À mon avis il est bien meilleur d’accueillir et de revisiter les textes que l’on nous a inculqués de façon injonctive, de faire le tri entre eux, et de voir dans certains, comme par exemple les paraboles évangéliques, des scénarios de vie ou de vivification façonnant l’homme pour qu’il ressemble à l’homme.[1]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 9 juillet 2020

 


[1] Sur l’ensemble de ce qui est dit ici, on peut voir mon ouvrage La Source intérieure.

 

#Religion. #Prière. #Intériorité.
D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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13 décembre 2023 3 13 /12 /décembre /2023 02:00

D

ans la foulée des attentats de Paris et de Saint-Denis, le slogan Pray for Paris (« Priez pour Paris ») a inondé les réseaux sociaux pour rendre hommage aux victimes du terrorisme. Il a dû sembler naturel à beaucoup, surtout ceux qui sont habitués aux mœurs états-uniennes, mais personnellement je le trouve à la fois bizarre, et dangereux.

 

Bizarre, parce que prier pour un mort implique nécessairement qu’on veut lui venir en aide. Et pour quelle occasion, sinon à la pensée du Jugement qu’il va subir, lui ou son âme, de la part d’un Dieu compris comme un Juge suprême ? Il faut donc aider le défunt en intercédant pour lui dans l’examen dont il va être l’objet.

 

Je sais bien que tous ces PPL (« Priez pour lui ») inondent tous nos cimetières. Mais ne suffirait-il pas au moins ici, s’agissant de victimes totalement innocentes, de penser à elles ? Elles n’ont nullement besoin de notre aide.

 

D’autre part, ce slogan est dangereux par l’image de Dieu qu’il implique. Il est vu comme un être transcendant, antérieur et extérieur à nous, dont il faut s’attirer les bonnes grâces : si on lui obéit, on en espère une récompense. Mais si on lui désobéit, il est fondé à nous punir. Au fond, le ressort essentiel est la peur qu’on a de lui, et le désir de s’en protéger.

 

De ce point de vue, les auteurs de ce slogan se situent exactement au même niveau que les agresseurs des malheureuses victimes, dont l’option religieuse est absolument identique à la leur : un Dieu vindicatif qu’il importe, en s’aplatissant devant lui et en agissant pour lui complaire, de se rendre favorable.

 

Une attitude authentique de résistance serait, en la matière et chez les croyants même, un changement total de la conception de Dieu, ou du divin. Peur et espoir, il faudrait comprendre que tout cela est en nous-mêmes, et qu’il est inutile de les projeter à l’extérieur de nous, de créer une quelconque entité transcendante qui les justifierait.

 

Et non seulement inutile, mais dangereux. Car l’homme n’est cruel qu’à proportion qu’il se sent faible. Comme dit Sénèque : Omnis ex infirmitate feritas est – Toute cruauté dérive de la faiblesse. Plus petit est et se sent le chien, plus fort il aboie.

 

L’homme fait donc payer aux autres la soumission où il se met face à son Idole, la frustration qu’il en ressent, surtout s’il s’aperçoit que les autres n’ont pas la même option et le même mode de vie que lui.[1]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 3 décembre 2015

 

[1] On peut voir des développements à toute cette chronique dans mon ouvrage Peur de son ombre – La lumière est en nous,

 

#Religion. #Prière. #Intériorité.
D.R.

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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