Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
13 novembre 2023 1 13 /11 /novembre /2023 02:00

C

e mot désigne en psychologie la capacité qu’a le cerveau de réfléchir sur ses pro­pres processus mentaux, de ne pas se laisser influencer par une pensée immédiate, un jugement instantané, la possibilité de prendre de la hauteur par rapport à eux et de les relativiser. Ceux qui en sont incapables ne réfléchissent pas sur ce qu’ils pensent, et ce manque de plasticité peut être la source de nombreux drames.

 

Le premier mouvement nous trompe bien souvent. Par exemple la publicité pour le Loto, « Tous les gagnants ont tenté leur chance », nous fait croire que si nous jouons nous gagnerons à coup sûr. Ce qui est évidemment faux. Il y a là ce que les spécialistes appellent un « biais cognitif » : la publicité les exploite souvent pour faire passer ses messages. À nous donc de faire le tri, entre ce que nous croyons spontanément parce que cela nous fait plaisir, et la réalité.

 

Curieusement, j’ai pensé au manque de métacognition en revoyant sur LCP les deux excellentes émissions consacrées aux religieuses abusées par les prêtres catholiques (16 et 17 octobre derniers). On voyait bien que leur soumission venait d’une absence totale de réflexion sur ce qu’elles croyaient, sans doute pour y avoir été amenées par les élans de leur enfance et par leur éducation. Le prêtre pour eux était un personnage sacré, incarnant l’Église toute entière, et il ne leur est pas venu à l’esprit tout de suite qu’il pouvait être un pervers manipulateur. Elles n’ont pas vu que leur absence de réaction venait d’une projection valorisante qu’elles faisaient spontanément sur celui qui était en fait leur bourreau. Aussi n’ont-elles pas songé même à quitter immédiatement cette Église qu’elles chérissaient, de façon à demander, non pas excuse et compassion de sa part, mais nécessaires réparation et justice civiles, comme l’a dit Christian Terras dans le documentaire.

 

Des tyrans, La Boétie dit dans son Discours sur la servitude volontaire : « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » On comprend bien que, si importante que soit sa police, un seul homme ne peut se faire obéir d’une grande masse d’hommes, s’il ne bénéficie pas d’une présomption de supériorité, d’un crédit, d’une confiance (fiducia) basés sur une projection admirative ou effrayée – et parfois les deux.

 

Ce sont nos croyances et nos peurs qui nous aliènent, quand nous ne comprenons pas que c’est en nous qu’est la source de nos asservissements. Bref, nous avons peur de notre ombre.[1]

 

[v. Confiance, Crédulité, Croyance]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 31 octobre 2019

 

[1] On peut voir là-dessus mon ouvrage Peur de son ombre... – La Lumière est en nous.

 

#Biais cognitif. #Projection psychologique. #Confiance (Fiducia).
D.R.

 

Partager cet article
Repost0
9 novembre 2023 4 09 /11 /novembre /2023 02:00

A

près la condamnation du cardinal Barbarin pour non-dénonciation d’abus sexuel, les révélations de Frédéric Martel sur les mœurs au Vatican et le double langage en matière d’homosexualité, le reportage sur les viols commis contre des religieuses, certains se demandent s’il ne faudrait pas tout bonnement abandonner le christianisme.

 

À cet égard je viens de lire un intéressant point de vue de l’écrivain François Bouthors, qui n’est pas de cet avis. Pour lui le christianisme est l’âme de notre civilisation, et même si l’Église l’a trahi, il faut bien en préserver le message. Pour ce faire, des simples mesures disciplinaires ne suffiront pas : « Si l’on ne retrouve pas la consistance du message chrétien, cela ne sera qu’un emplâtre sur une jambe de bois. » (Ouest-france.fr, 18/03/2019)

 

En gros, il peut bien avoir raison. Mais si l’on y regarde dans ces détails où, dit-on, se cache le Diable, on peut formuler quelques réserves.

 

Il me semble en effet que parler du message chrétien en général est oublier qu’il est fort complexe, ce qui justifie d’ailleurs la pluralité des Églises qui s’en réclament. En fait il y a des christianismes : le majoritaire, celui qui se réclame de Paul, basé sur le sacrifice salvateur du Messie, mais aussi le gnostique, qui recherche la sagesse, l’unitarien ou le pré-nicéen, qui nie la divinité de Jésus, etc.

 

Quant à l’enseignement de Jésus lui-même, auquel bien sûr il faudrait revenir par-delà toutes les interprétations ultérieures, il ne nous est malheureusement connu que par ce qu’on nous en a rapporté. Et il est lui aussi fort divers, polymorphe, et parfois contradictoire. Y alternent des passages de compréhension miséricordieuse pour l’ici-bas, d’espoir pour le futur, et aussi de menace justifiant qu’à les lire on puisse vivre dans la crainte et le tremblement. Tout cela correspond à des strates rédactionnelles très différentes qui se sont ajoutées les unes aux autres, donnant au final l’image d’un millefeuilles. Si certains y voient une symphonie, d’autres voient plutôt une cacophonie. J'ai résumé naguère cette question dans une conférence : Le Christ polymorphe.

 

Jefferson avait bien vu ce côté disparate du texte évangélique, et y avait découpé et gardé les seuls passages qui lui semblaient cohérents et admissibles pour un esprit rationnel. Je crois que chacun devrait se faire sa petite Bible de Jefferson, et ne recevoir que ce qui lui parle intimement. Bref entre les messages offerts, choisir le sien.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 28 mars 2019

 

#Christianisme. #Multiplicité. #Polymorphisme.
Personnalité multiple - D.R.

 

Partager cet article
Repost0
5 novembre 2023 7 05 /11 /novembre /2023 02:00

À

 l’issue d’une messe à laquelle il a assisté avec le Premier ministre, en souvenir du Père Hamel assassiné l’an dernier par des terroristes islamistes, notre président a déclaré :

 

« Sans en diminuer l’horreur, le martyre du père Hamel n’aura pas eu lieu pour rien. Un an après nous en discernons le sens. Cela nous a rendus plus fidèles encore à ce que nous sommes, plus fidèles encore à ce qu’ils ont voulu abattre... » Or, un peu plus tôt, il avait dit : « La République garantit la liberté de croire comme de ne pas croire. La République n’a pas à combattre une religion. Elle œuvre chaque jour à ce que chacun puisse croire ou pas, en homme libre. » (Source : LeFigaro.fr, 26/07/2017)

 

Eh bien, je prétends que ces deux extraits ne vont pas du tout l’un avec l’autre, sont parfaitement contradictoires. En effet le second fait l’éloge de la laïcité, qui en effet garantit non seulement la liberté de croire, mais aussi, et on l’oublie bien souvent, celle de ne pas croire. Mais le premier le contredit, en qualifiant l’assassinat du Père Hamel de « martyre ».

 

Or ce mot est religieux. Il désigne, selon Le Robert, « la mort, les souffrances qu’un martyr, une martyre endure pour sa religion, pour ne pas renier sa foi ». Le Père Hamel n’a été un « martyr » que pour les catholiques, dont il faut rappeler d’ailleurs que seulement 5% d’entre eux vont régulièrement à la messe. Pour la grande majorité du peuple français, il a été simplement une victime innocente de la barbarie terroriste. C’est cette dernière qualification, tout à fait neutre, qu’on aurait attendue de la part d’un président d’une république laïque, qui ne doit prendre parti précisément pour aucun parti religieux en adoptant son vocabulaire.

 

Je ne sais si le président a rédigé lui-même ce discours, ou s’il l’a fait écrire par un autre. De toute façon, le rédacteur aurait dû se souvenir de la phrase de Confucius : « La première tâche du gouverneur d’un peuple est de restaurer le sens des mots. » Ou encore de celle de Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde. »

 

[v. Maladresse]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 14 septembre 2017

 

#Religion. #Vocabulaire. #Laïcité.
D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages