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29 novembre 2023 3 29 /11 /novembre /2023 02:00

C’

est simplement le fait d’agir comme on doit agir. C’est la caractéristique essentielle du judaïsme, où les fidèles ne sont pas appelés comme chez nous « croyants », mais simplement « observants » (c’est-à-dire mettant en pratique les commandements de la Tora).

 

J’ai pensé à cela en apprenant qu’une pasteure de l’Église unie du Canada, Gretta Vosper, âgée de 57 ans, ordonnée en 1993, se bat pour rester à son poste, « tout en ne croyant ni en Dieu ni dans la Bible ».

 

Elle affirme simplement que la seule chose qui importe est de bien se comporter avec soi et avec les autres. Pour elle, « la manière de vivre est plus importante que les croyances. » Une procédure d’exclusion de son ministère a été lancée contre elle, mais elle espère échapper à la révocation (Source : La-Presse.ca, 5 août 2015).

 

Ainsi tous les dogmes établis à propos d’un Dieu tout-puissant, rémunérateur et vengeur, et de son Fils qui en a pris le relais en christianisme à partir du concile de Nicée, de même que tous les textes bibliques dont on s’autorise pour diriger les âmes, sont pour elle des fictions – très souvent dangereuses. Elle prône le retour aux premiers temps du christianisme, où l’on s’occupait seulement de mettre ses pas dans ceux de Jésus, et d’imiter son attitude. Et il est bien vrai qu’on ne trouvera dans la bouche de ce dernier aucune des constructions dogmatiques qu’on a élaborées bien plus tard.

 

Je suis tout à fait de l’avis de cette pasteure, et je la regarde (de loin !) avec beaucoup de sympathie défendre sa position. Quel besoin a-t-on de se raccrocher à des articles de foi, constructions tout à fait humaines, qui n’en imposent que par leurs grands mots, et ne tirent leur crédit que du dressage éducatif que nous avons subi ?

 

Au fond, je ne suis pas loin de partager l’opinion de J-L. Borges, qui voyait dans la théologie (comme dans la psychanalyse !) « une branche de la littérature fantastique ».

 

À quoi nous sert de réciter le Credo, ou même le Notre Père (que la pasteure a décidé de supprimer en 2008) ? De Dieu (s’il existe !), nous ne savons rien. Mais les règles de notre équilibre intérieur, et les relations avec notre prochain, voilà ce qui importe. Il nous suffit dans la vie de savoir ce nous devons faire.

 

Il semble que Jésus nous ait précédés dans cette voie. Ou au moins sa voix. Écoutons-le défendant (en bon juif) la seule orthopraxie, et refusant toute adoration aliénante, semblant condamner à l’avance toutes les constructions idolâtres de ceux qui ensuite se sont réclamés de lui : « Pourquoi m’appelez-vous ‘Seigneur, Seigneur!’ et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Luc 6/46)

 

Article paru dans Golias Hebdo, 27 août 2015

 

#Religion. #Mythe. #Action (Praxis).

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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27 novembre 2023 1 27 /11 /novembre /2023 02:00

O

n le voit renaître chez certaines instances religieuses du fait de la pandémie du coronavirus.

 

Ainsi l’Église orthodoxe grecque a refusé de s’abstenir de donner la communion à ses fidèles malgré les mesures sanitaires prises par les autorités (Source : la-croix.com, 11/03/2020).

 

L’Église catholique romaine a décidé d’accor­der « l’indulgence plénière » ou pardon des péchés, aux croyants frappés par la pandémie, à condition qu’ils aient participé à des célébrations retransmises à distance dans un esprit de dévotion, et pour les mourants, qu’ils aient récité « régulièrement quelques prières durant leur vie » (ladepeche.fr, 22/03/2020).

 

Ces réactions procèdent d’un esprit infantile dans le premier cas, pour ce qui est de l’attache­ment au processus magique de l’eucha­ristie, et infantilisant dans le second, dévoilant une pastorale qui fait marcher les fidèles par la carotte et le bâton : aux bons croyants on vient en aide, mais aux mauvais on ne pardonne pas. On pensait que ces « indulgences » étaient reléguées aux vieilles lunes, depuis que Luther les a dénoncées. Mais non, elles perdurent, et ne font pas grandir le fidèle, qu’elles maintiennent démuni, oscillant perpétuellement entre l’espoir d’un secours et la menace d’un châtiment.

 

Mais le comble a été la déclaration en ligne du cardinal américain Raymond Burke, selon lequel les fidèles devraient assister à la messe malgré le coronavirus. Résidant en Italie, pays qui à ce jour a connu le plus de morts du fait de l’épidémie, sa déclaration est d’autant plus inadmissible (Source : ncronline.org, 24/03/2020).

 

Comme je l’ai prévu dans mon article Peur (Golias Hebdo, n°616), réapparaît la barbare théologie de la rétribution, selon laquelle l’épreuve est méritée parce qu’étant un châtiment de la justice de Dieu (théodicée).

 

Ainsi Burke écrit : « Il ne fait aucun doute que de grands maux comme la peste sont un effet du péché originel et de nos péchés réels. Dieu, dans sa justice, doit réparer le désordre que le péché introduit dans nos vies et dans notre monde. »

 

Là encore on pensait que cette idée était caduque : c’est bien assez que nous soyons dans le monde punis par nos péchés (ou nos erreurs, nos faux-pas), sans que nous le soyons encore pour nos péchés. Mais non, tous les vieux réflexes dogmatiques et cléricaux refont surface. Nous sommes loin des lumières. L’obscurité de la barbarie est insondable, et son irresponsabilité, totale.

 

[v. Infantilisme I et II]

Article paru dans Golias Hebdo, 9 avril 2020

 

#Religion. #Covid. #Rétribution.

 

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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23 novembre 2023 4 23 /11 /novembre /2023 02:00

C

elle de l’État en matière de religions est chez nous un principe essentiel depuis la séparation de 1905. Autrement dit, son rôle n’est pas d’organiser et d’institutionnaliser leur expression publique, mais simplement de la garantir, sans aucune préférence pour l’une ou l’autre d’entre elles, en respectant de la même façon ceux qui ne se réclament d’aucune d’elles, et aussi de permettre de s’exprimer à ceux qui manifestent leur désaccord avec elles toutes.

 

C’est à quoi j’ai pensé en voyant les politiques s’agiter autour de la question d’un éventuel nouveau « Concordat » spécifique que l’État pourrait passer avec telle religion particulière, dont on pense qu’elle pourrait favoriser le terrorisme.

 

Bien sûr, c’est l’émotion, tout à fait légitime au demeurant, causée par les derniers attentats et actes de violence auxquels nous venons d’assis­ter, qui est à la base de cette idée. Il reste qu’elle est tout à fait contraire à notre tradition actuelle de laïcité, qu’il serait à mon avis extrêmement dangereux d’abandonner.

 

Qui ne voit que dans cette brèche pourraient s’engouffrer les différents courants religieux traditionnels pour réclamer le rétablissement d’un « Concordat », c’est-à-dire un statut privilégié abandonné depuis plus d’un siècle ? La porte serait ouverte à un nouveau communautarisme, et ferait éclater la cohésion nationale basée sur la neutralité de la Puissance publique, garantissant l’égalité absolue entre les citoyens, athées compris, et la liberté de conscience de chacun. Que l’État se contente donc d’assurer leur sécurité in­conditionnelle, et n’intervienne pas plus avant !

 

On n’a pas besoin de religions officiellement reconnues et légitimées. À cet égard, je trouve choquant que l’État ne veuille dialoguer qu’avec leurs représentants traditionnels, comme s’ils étaient seuls représentants de ce que pensent nos concitoyens. Où est le dialogue avec les agnostiques, et les athées déclarés, qui sont dans notre pays majoritaires en nombre ? Pourquoi telle instance religieuse serait-elle privilégiée ?

 

Le malheureux prêtre récemment égorgé n’a pas à bénéficier d’un statut particulier, sous prétexte qu’il relève d’une certaine sacralité : il n’a pas plus d’importance que tel ou tel malheureux passant victime de l’attentat niçois. Ils sont tous deux victimes d’une même barbarie, à laquelle seule l’État doit livrer son combat.

 

Je ne suis pas contre le dialogue, mais s’il y en a un, il doit se faire avec tous. Je sais bien aussi faire la différence entre laïcité et laïcisme, je sais tout l’héritage culturel et artistique que nous devons aux religions. Mais je sais aussi leurs méfaits passés. Quand se résoudra-t-on à y voir simplement le patrimoine intérieur, spirituel de chacun, le respecter en tant que tel, une fois décanté et approprié, mais se consacrer dans l’espace public à la seule tâche qui convienne : la protection de tous les citoyens, sans exception ?

 

Article paru dans Golias Hebdo, 1e septembre 2016

 

#Religion. #Concordat. #Laïcité.

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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