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18 octobre 2023 3 18 /10 /octobre /2023 01:00

T

rois cents personnalités ont signé dans Le Parisien du 22 avril dernier un manifeste « contre le nouvel antisémitisme » causé en France par la « radicalisation islamiste ».

 

On y demande « que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’anti­sémitisme catholique aboli par (le concile) Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime. » (Source : AFP, 21/04/2018)

 

Les « versets du Coran » ne sont pas spécifiés, mais j’ai relevé au hasard ce fragment de la Sourate IX, verset 5 : « Tuez les idolâtres partout où vous les trouverez, faites des prisonniers, assiégez-les et guettez-les à toute embuscade... »

 

Mais la Bible juive n’est pas mieux lotie : « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort : leur sang retombera sur eux. » (Lévitique, XX/13)

 

Et pas plus l’Évangile chrétien, dans la bouche du « doux Jésus » : « Quant à mes ennemis, ces gens qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les devant moi. » (Luc, XIX/27)

 

Bref chacun doit balayer devant sa porte, et je suis tout à fait d’accord pour que tous ces passages soient comme dit le manifeste supprimés de livres si violents qui, s’ils paraissaient aujourd’hui, tomberaient automatiquement sous le coup de la Loi pour appel au meurtre.

 

Mais je ne me fais aucune illusion. On tient tellement à eux, qu’on dit être de Dieu, qu’on n’en retranchera rien. Et on va encore dire que ces passages doivent être contextualisés, qu’ils répondent à telle situation historique, et qu’il ne faut pas aujourd’hui les prendre dans un sens littéral. Là est le grand sophisme : je mets au défi quiconque de me trouver un sens non littéral, ou figuré, dans les passages que j’ai cités : la philologie ici est inflexible. En attendant, ils vont continuer à faire leurs ravages dans les esprits faibles, qui les prendront simplement pour ce qu’ils sont.

 

[v. Conservatisme]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 3 mai 2018

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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8 octobre 2023 7 08 /10 /octobre /2023 01:00

J

e viens de voir sur le blog de l’Association Schola Sainte Cécile, qui dépend de la paroisse Saint-Eugène, à Paris, des cours de latin proposés au public.

 

La publicité en est la suivante : « On le supprime à l’école, venez l’apprendre à notre paroisse ! Cours de latin liturgique, 2 samedis par mois... Cours assuré par M. le curé. »

 

C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai lu ce message.

Non pas que le fait qu’un curé enseigne le latin me choque le moindrement : je ne suis pas anticlérical à ce point...

 

... Ni même qu’il s’agisse du latin liturgique, que je considère comme pouvant être très beau, même s’il est différent du latin dit classique.

 

Je ne suis pas en effet de ceux qui n’admettent que le latin cicéronien, et je sais très bien que c’est artificiellement qu’on a fait à l’Université une norme d’une très étroite section opérée dans l’évolution d’une langue.

 

Je ne dis pas cela seulement par nostalgie d’une enfance élevée in hymnis et canticis – dans les hymnes et les cantiques. Le latin dit tardif en effet, y compris médiéval, recèle de magnifiques pépites : il suffit de lire Le Latin mystique de Rémy de Gourmont pour s’en persuader. Je reconnais aussi que l’église romaine actuelle, par la bouche des Jésuites par exemple, s’exprime à l’occasion en très bon latin.

 

Non, ce qui me choque, c’est l’abandon programmé de cette langue dans l’enseignement public. Elle va se dissoudre dans un vague brouet interdisciplinaire, se mêler à l’enseignement de la civilisation antique, pour à la fin disparaître totalement en tant qu’objet d’étude spécifique. Or on ne connaît vraiment une civilisation que si on connaît bien sa langue, où elle se reflète complètement. Mistral disait très bien : « Si tu as la langue, tu as la clé ! »

 

On va la perdre apparemment. Certes les élèves seront heureux d’être dispensés de l’effort nécessaire pour l’acquérir, mais ce projet démagogique de notre ministre va accentuer la déculturation déjà en marche.

 

En outre, j’ai vu sur Internet que l’entreprise de Sainte-Cécile rencontre d’ores et déjà un grand succès, les demandes pour ces cours étant fort nombreuses. Je gage donc que ce sont les écoles privées qui vont maintenant se frotter les mains : elles pourront accueillir les candidats latinistes. Au regard de la carence et de l’abandon qui seront ceux de l’école publique, c’est fort dommage.

 

... On se demandera peut-être si les réflexions à quoi j’ai abouti ici ont un lien avec la religion ou la spiritualité, matière ordinaire de mes articles. Eh bien, je répondrai que tout est bon à prendre quand il s’agit d’humanité – et d’humanités. Que l’héritage catholique romain puisse alimenter notre culture, même de façon détournée, pourquoi pas ? Au reste, Dieu écrit droit avec des lignes courbes...

Article paru dans Golias Hebdo, 22 octobre 2015

 

#Latin. #Enseignement. #Humanités. - D.R.

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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6 octobre 2023 5 06 /10 /octobre /2023 01:00

E

lle vise chez nous, au-delà de la séparation de l’Église et de l’État, à bien différencier dans chaque individu l’être humain qu’il incarne et dont il faut toujours défendre les droits, et ses diverses pensées, opinions et croyances, dont la puissance publique n’a pas à s’occuper.

 

On a beaucoup parlé de l’affaire Mila, cette jeune fille récemment injuriée, menacée de mort par égorgement et déscolarisée pour échapper à ces menaces, parce qu’elle s’était insurgée, en critiquant vertement l’islam, contre un harcèlement sexiste et homophobe.

 

À cette occasion Mme Belloubet, Garde des Sceaux, a déclaré : « L’insulte à la religion est une atteinte à la liberté de conscience ».

 

Il est bien curieux qu’une agrégée de Droit ne distingue pas une religion de ses adeptes. S’il est bien interdit chez nous de s’en prendre aux seconds en particulier, on peut très bien critiquer la première en général. Sinon on instaure un délit d’opinion, on installe une police de la pensée, et on rétablit un délit de blasphème.

 

Il est bien curieux aussi, en général, qu’un croyant puisse s’identifier totalement à sa croyance et à son monde mental au point de vouloir à tout prix les afficher dans le domaine public et éventuellement les imposer aux autres. Car au fond ce à quoi on pense, ce à quoi l’on croit, est aléatoire. Montaigne l’a bien remarqué : « Nous sommes chrétiens au même titre que nous sommes périgourdins ou allemands. »

 

On connaît la phrase de Descartes : « Je pense donc je suis ». Peut-être faut-il lui substituer : « Je ne suis pas ce que je pense ». Si j’étais né ailleurs, si j’avais subi d’autres influences, mes pensées, opinions et croyances seraient autres que celles qu’elles sont maintenant, et c’est pourquoi je ne dois pas m’identifier entièrement à elles.

 

Il est extrêmement dangereux de le faire. Cela engendre psychorigidité et fanatisme. Écoutons encore le sage Montaigne, qui pensait peut-être à l’exécution de Michel Servet, brûlé à Genève avec l’assentiment de Calvin, pour négation du dogme de la Trinité : « C’est mettre ses conjectures à bien haut prix que d’en faire griller un homme tout vif. » Et encore : « Il n’y a que les fols certains et résolus. »

 

Grâces donc soient rendues à notre laïcité, qui distinguant fort justement l’homme en général de ce que les hommes dans leur diversité croient en particulier, ouvre à une société de tolérance. – Bien entendu, je ne la confonds pas avec l’esprit laïciste ou laïcard, fondamentalement agressif et anticlérical, qui n’en est qu’une caricature.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 20 février 2020

 

#Laïcité. #Blasphème. #Tolérance. - D.R.

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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