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22 octobre 2023 7 22 /10 /octobre /2023 01:00

J’

ai vu l’excellente émission Le Pape et la Mafia, passée sur Arte le 2 juin dernier. On a rappelé fort opportunément qu’en 2014 le pape François a excommunié la Mafia.

 

Mais l’émission montrait ensuite les liens étroits entretenus depuis des décennies entre les mafieux et l’Église catholique. Dès la fin de la seconde guerre mondiale, avec la bénédiction des États-Unis, les parrains de Cosa Nostra en Sicile ont remplacé les autorités mussoliniennes. Et l’alliance s’est nouée aussi entre eux et l’Église pour combattre un ennemi commun, le communisme. Cette communauté d’intérêts n’a toujours pas disparu, les mafieux couvrant encore l’Église de ses dons et prébendes.

 

La courageuse décision de l’actuel pape s’est heurtée aussi à une considération non plus économique, mais religieuse. Certain curé local a dit que l’excommunication serait contreproductive, et empêcherait le bandit, au demeurant lui-même très « religieux » et ainsi marginalisé, de se repentir. On connaît l’adage ecclésial, selon lequel il faut haïr le mal et aimer le méchant – c’est-à-dire lui donner une chance de revenir dans le droit chemin.

 

Tout cela me laisse bien perplexe. Je soupçonne que beaucoup de ces arguments sont sophistiques. D’abord que dire de profiter des subsides d’une organisation criminelle et se taire en vertu d’une omerta ? Laisser faire, disait Péguy, est pire que faire. Car celui qui fait, il a au moins le courage de faire. Tandis que pour celui qui laisse faire, il y a la lâcheté en plus. L’oubli, l’in­différence, le détournement des yeux, sont choses pires que la franche méchanceté.

 

Ensuite qu’en est-il de la « religion » à quoi se cramponne l’« Honorable société » ? Le mafieux rend un culte à la Sainte Vierge, se fait un point d’honneur de ne pas tuer un vendredi, jour de la mort du Seigneur. Mais il oublie l’essentiel « Tu ne tueras point ». C’est évidemment d’une religion sur mesure qu’il se réclame, d’une apparence de religion : c’est un pur formalisme.

 

Et s’abriter comme il l’a fait dans l’émission derrière la loi de Dieu, en faisant mépris de celle des hommes, est une imposture.

 

Remercions donc le pape actuel d’avoir abandonné une pareille vision théocratique, au nom de laquelle l’Église a pu couvrir les pires crimes dont ceux de pédophilie, pour prendre enfin en compte la loi des hommes. Et espérons que sur ce chemin il sera suivi.

 

Article paru dans Golias Hebdo,18 juin 2015

 

#Mafia. #Eglise. #Imposture. #Excommunication.
D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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18 octobre 2023 3 18 /10 /octobre /2023 01:00

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rois cents personnalités ont signé dans Le Parisien du 22 avril dernier un manifeste « contre le nouvel antisémitisme » causé en France par la « radicalisation islamiste ».

 

On y demande « que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’anti­sémitisme catholique aboli par (le concile) Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime. » (Source : AFP, 21/04/2018)

 

Les « versets du Coran » ne sont pas spécifiés, mais j’ai relevé au hasard ce fragment de la Sourate IX, verset 5 : « Tuez les idolâtres partout où vous les trouverez, faites des prisonniers, assiégez-les et guettez-les à toute embuscade... »

 

Mais la Bible juive n’est pas mieux lotie : « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort : leur sang retombera sur eux. » (Lévitique, XX/13)

 

Et pas plus l’Évangile chrétien, dans la bouche du « doux Jésus » : « Quant à mes ennemis, ces gens qui ne voulaient pas que je règne sur eux, amenez-les ici et égorgez-les devant moi. » (Luc, XIX/27)

 

Bref chacun doit balayer devant sa porte, et je suis tout à fait d’accord pour que tous ces passages soient comme dit le manifeste supprimés de livres si violents qui, s’ils paraissaient aujourd’hui, tomberaient automatiquement sous le coup de la Loi pour appel au meurtre.

 

Mais je ne me fais aucune illusion. On tient tellement à eux, qu’on dit être de Dieu, qu’on n’en retranchera rien. Et on va encore dire que ces passages doivent être contextualisés, qu’ils répondent à telle situation historique, et qu’il ne faut pas aujourd’hui les prendre dans un sens littéral. Là est le grand sophisme : je mets au défi quiconque de me trouver un sens non littéral, ou figuré, dans les passages que j’ai cités : la philologie ici est inflexible. En attendant, ils vont continuer à faire leurs ravages dans les esprits faibles, qui les prendront simplement pour ce qu’ils sont.

 

[v. Conservatisme]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 3 mai 2018

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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8 octobre 2023 7 08 /10 /octobre /2023 01:00

J

e viens de voir sur le blog de l’Association Schola Sainte Cécile, qui dépend de la paroisse Saint-Eugène, à Paris, des cours de latin proposés au public.

 

La publicité en est la suivante : « On le supprime à l’école, venez l’apprendre à notre paroisse ! Cours de latin liturgique, 2 samedis par mois... Cours assuré par M. le curé. »

 

C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai lu ce message.

Non pas que le fait qu’un curé enseigne le latin me choque le moindrement : je ne suis pas anticlérical à ce point...

 

... Ni même qu’il s’agisse du latin liturgique, que je considère comme pouvant être très beau, même s’il est différent du latin dit classique.

 

Je ne suis pas en effet de ceux qui n’admettent que le latin cicéronien, et je sais très bien que c’est artificiellement qu’on a fait à l’Université une norme d’une très étroite section opérée dans l’évolution d’une langue.

 

Je ne dis pas cela seulement par nostalgie d’une enfance élevée in hymnis et canticis – dans les hymnes et les cantiques. Le latin dit tardif en effet, y compris médiéval, recèle de magnifiques pépites : il suffit de lire Le Latin mystique de Rémy de Gourmont pour s’en persuader. Je reconnais aussi que l’église romaine actuelle, par la bouche des Jésuites par exemple, s’exprime à l’occasion en très bon latin.

 

Non, ce qui me choque, c’est l’abandon programmé de cette langue dans l’enseignement public. Elle va se dissoudre dans un vague brouet interdisciplinaire, se mêler à l’enseignement de la civilisation antique, pour à la fin disparaître totalement en tant qu’objet d’étude spécifique. Or on ne connaît vraiment une civilisation que si on connaît bien sa langue, où elle se reflète complètement. Mistral disait très bien : « Si tu as la langue, tu as la clé ! »

 

On va la perdre apparemment. Certes les élèves seront heureux d’être dispensés de l’effort nécessaire pour l’acquérir, mais ce projet démagogique de notre ministre va accentuer la déculturation déjà en marche.

 

En outre, j’ai vu sur Internet que l’entreprise de Sainte-Cécile rencontre d’ores et déjà un grand succès, les demandes pour ces cours étant fort nombreuses. Je gage donc que ce sont les écoles privées qui vont maintenant se frotter les mains : elles pourront accueillir les candidats latinistes. Au regard de la carence et de l’abandon qui seront ceux de l’école publique, c’est fort dommage.

 

... On se demandera peut-être si les réflexions à quoi j’ai abouti ici ont un lien avec la religion ou la spiritualité, matière ordinaire de mes articles. Eh bien, je répondrai que tout est bon à prendre quand il s’agit d’humanité – et d’humanités. Que l’héritage catholique romain puisse alimenter notre culture, même de façon détournée, pourquoi pas ? Au reste, Dieu écrit droit avec des lignes courbes...

Article paru dans Golias Hebdo, 22 octobre 2015

 

#Latin. #Enseignement. #Humanités. - D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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