Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
8 mars 2023 3 08 /03 /mars /2023 02:00

O

n ne naît pas pauvre, on le devient. Ou alors on provient d’ascendants qui eux-mêmes ne sont pas nés tels, mais le sont devenus, à tel ou tel moment de l’histoire, et du fait de telle ou telle circonstance.

 

Tous les hommes ayant droit, me semble-t-il, à un égal destin, la pauvreté renvoie forcément à la question de la justice et de l’injustice. Donc à l’analyse des causes qui l’ont provoquée, et aux moyens d’y remédier.

 

J’ai regardé l’excellente émission Les Défis de l’Église, diffusée sur Arte le 1e avril dernier. On s’y demandait par exemple ce qu’allait faire le nouveau pape François vis-à-vis de la pauvreté. Avec un tel nom, celui de l’apôtre même de la pauvreté, François d’Assise, on s’attendait qu’il la mît au centre de ses préoccupations. Et effectivement on a vu qu’il s’en préoccupait beaucoup, menant lui-même une vie pauvre, et alimentant son image de « pape des pauvres ».

 

Mais l’émission montrait bien qu’il y a deux façons de s’intéresser à la pauvreté : la première est celle de valoriser les pauvres je dirai abstraitement, de parler comme faisait déjà Bossuet dans un de ses sermons de leur « éminente dignité », et donc de limiter la considération qu’on a pour eux à la charité qu’on leur témoigne. La seconde façon est de faire les concernant l’analyse dont j’ai parlé, d’affirmer leurs droits, et d’œuvrer pour faire cesser l’injustice dont ils sont victimes. À cette tâche s’était vouée en Amérique latine la théologie de la libération. On sait que l’Église catholique la considère depuis toujours avec suspicion, comme flirtant avec le marxisme.

 

Le nouveau pape jusqu’ici a choisi de s’en tenir à la première voie, celle de l’intérêt compassionnel. Au mépris par exemple de ce que disent les Béatitudes, qui ont comme un petit air de l’Internationale : « En marche, les humiliés du Souffle… ! », pour reprendre la traduction de Chouraqui.

 

Quant à la théologie de la libération, elle agonise dans les pays mêmes où elle est née. Ce qui y prospère aujourd’hui, c’est le mouvement évangélique, où la contagion émotionnelle l’emporte, à grands renforts de musiques et de chants, sur toute velléité d’analyse sociale, froide et objective.

 

Il est bien dommage que le pape non plus ne se mêle pas d’analyse sociale concrète, qu’il aime tant les pauvres, mais ne s’occupe pas des droits qu’ils ont à vouloir sortir de leur état. Au moins est-ce l’impression qu’il a donnée d’après l’émis­sion en question...

 

Article paru dans Golias Hebdo, 10 avril 2014

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

Partager cet article
Repost0
28 février 2023 2 28 /02 /février /2023 02:00

C

e mot n’a pas bonne presse aujourd’hui, en une époque habituée à regarder avec euphorie vers l’avenir. On le confond souvent avec passéisme, esprit rétrograde, bloqué dans des regrets stériles, empêchant d’avancer sur le chemin de la vie. Pourtant je voudrais ici en faire l’éloge.

 

Le mot signifie en grec : maladie du retour. Le problème est de savoir à quoi on veut faire retour. S’il s’agit simplement de regretter le passé pour s’éviter de vivre le présent, c’est évidemment un désir vain et même dangereux de stagnation, celui-là même que condamne Jésus dans l’Évan­gile : « Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu. » (Luc 9/62). Il faut en effet « se souvenir de la femme de Lot » (ibid. 17/32) Elle fut changée en statue de sel, s’étant retournée pour voir Sodome en flammes.

 

De la même façon Orphée perdit Eurydice, s’étant retourné trop tôt pour la voir. Et Pirithoüs, ami de Thésée, ne put pas sortir des Enfers, pour s’y être attardé. C’est ce qu’on pourrait appeler le complexe du rétroviseur, où la régression empêche la progression.

 

Mais il y a deux régressions : l’une subie dans le rattachement infantile au passé, et l’autre choisie dans le retour volontaire à l’enfant spirituel que chacun porte en soi, tel celui que saint Christophe porte sur son épaule : cet enfant en réalité est lui-même, celui qu’il a été autrefois, qu’il a peut-être oublié et trahi dans sa vie d’adulte, mais qui peut le guider maintenant. Porteur, il est en fait porté par lui.

 

La vraie nostalgie n’est pas vain soupir sur ce qui n’est plus, mais fidélité à soi-même, à ce qu’on a de plus précieux : l’enfant éternel, spirituel, que chacun porte en soi.

 

On comprend alors que le même Jésus qui condamne la régression négative fasse l’éloge de l’état d’enfance : « Je vous le dis en vérité, quiconque ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant n’y entrera point. » (Marc, 10/15)

 

Dans ce cas précis on ne retombe pas en enfance, on y remonte. Au fond, dans la vie le choix est simple : ou l’on se laisse aller à vau-l’eau, char­rié par le courant, ou bien on remonte à sa Source première : bois mort, ou saumon vivant ? C’est de cette Origine salvatrice qu’il faut avoir, pour revivre vraiment après cette capitulation qu’est toute vie d’adulte, une authentique nostalgie.[1]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 10 décembre 2009

 

[1] Voir des développements à cette chronique dans mon livre La Source intérieure :

Partager cet article
Repost0
26 février 2023 7 26 /02 /février /2023 02:00

D’

après un sondage récent, 77% des Français sont pour l’apprentissage de la Marseillaise à l’école.

 

La musique martiale en fait sans doute oublier les paroles, qui sont celles d’un hymne belliqueux, sanguinaire et raciste (le « sang impur » !) : il n’adoucit pas forcément les mœurs.

 

Bien sûr on nous dit qu’il faut contextualiser : c’est d’une violence fondatrice, celle de la Révolution, que vient notre pays, et c’est au maître de l’expliquer aux élèves. Aussi la cohésion nationale est ici en jeu, et sans doute ne faut-il pas être trop regardant sur les paroles, pourvu qu’on les chante à l’unisson, pour souder et galvaniser le groupe.

 

Tout de même, on aurait pu il me semble chercher autre chose, et certains pays ont des hymnes plus doux, voire bucoliques : beaucoup par leur origine sont des chants de recueillement, et n’invitent pas forcément à doublement marcher pour aller égorger son voisin.

 

Au fond, la musique qui fait aller au pas ne se soucie guère du message : elle est un massage, et le rythme qui nous fait frissonner se suffit à lui-même. Il emporte toute raison : la transcendance collective l’emporte sur l’individu.

 

C’est le cas en général de la transe et de la danse, qui à y bien regarder sont terrifiants : voyez les rassemblements de musique techno, par exemple. Le corps s’agite mieux quand la tête est vide, et s’assourdit de décibels. L’instrument qui fait le plus de bruit est le plus creux : la grosse caisse.

 

L’ont bien compris aussi les fondamentalistes religieux, et par exemple les évangéliques d’au­jourd’hui. Au son de la musique et du rythme, ils font passer le fond le plus traditionnel : en christianisme, par exemple, la vertu salvatrice du sacrifice expiatoire, qui existe certes dans d’anciens textes, mais qu’on pensait dépassée par une approche théologique plus moderne. Cela fonctionne très bien chez les jeunes, que cette musique séduit précisément parce qu’elle empêche de penser.

 

Ces mouvements, qui ont aujourd’hui le vent en poupe, ont changé la forme de l’ancienne construction religieuse, mais gardé le fond, à l’inverse exact d’une pensée plus libérale et plus mûrie, qui a pu encore garder la première, par habi­tude de cadre, mais a changé le second. Cependant il serait dommage que désormais l’émo­tion et le trémoussement l’emportent sur la réflexion.

 

[v. Comparaison]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 3 décembre 2009

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages