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29 décembre 2022 4 29 /12 /décembre /2022 02:00

C

elle de certains journalistes est immense. Ainsi s’étonnent-ils souvent du fait que le pape ne veuille pas ordonner prêtres des femmes, ou bien ouvrir le mariage aux couples homosexuels. C’est oublier, au nom d’un sentimentalisme irréfléchi, le vrai fondement de ce Non possumus ecclésial.

 

Il est théologique. Le prêtre dans l’église catholique est un sacrificateur, on le voit très bien dans l’Offertoire de la messe. Il s’y agit d’offrir en sacrifice une victime (latin hostia, d’où : « hos­tie ») sur un autel (latin altare) qui est bel et bien le lieu de l’immolation. Cette victime propitiatoire est offerte à Dieu pour la rédemption des péchés de la communauté.

 

Or ce rôle de sacrificateur ne convient pas à une femme. Dans les campagnes, traditionnellement c’est l’homme qui sacrifie la bête, et la femme se contente de recueillir le sang. En Corse, lorsqu’une femme veut pratiquer la vendetta, elle se déguise en homme. Cette interdiction d’accès à la prêtrise pour les femmes est donc de principe. Elle n’a rien à voir avec une discrimination antiféministe.

 

Elle ne vaut évidemment pas pour d’autres confessions religieuses. En judaïsme il peut y avoir des femmes rabbins, car ce mot signifie seule­ment : « enseignant ». Et de même dans le christianisme protestant il peut tout à fait y avoir des femmes pasteurs, car le sacrement de l’eucha­ristie au sens catholique du mot n’y existe pas, et le pasteur n’est là encore qu’un enseignant et un guide spirituel de la communauté.

 

Pareillement pour le mariage des homosexuels. Notre dernier pape a bien marqué sa sympathie et sa compréhension envers eux, mais pas question de leur ouvrir le mariage, qui en droit canonique est fait pour donner existence à une famille qui devra procréer et élever les enfants. En forçant le trait, on pourrait dire que l’amour n’a rien à voir là-dedans.

 

Ne confondons pas les perspectives, un fondement canonique et juridique, dont notre Code civil d’ailleurs n’était jusqu’ici pas loin, et des considérations affectives qui, pour être à la mode maintenant, n’ont rien à voir avec lui.

 

Cela étant, on peut vouloir tout changer. Mais encore faut-il savoir exactement ce contre quoi on lutte, il faudra revoir beaucoup de textes fondateurs de beaucoup de pratiques très anciennes, et l’ignorance ici n’est pas une bonne conseillère.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 15 août 2013

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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25 décembre 2022 7 25 /12 /décembre /2022 02:00

L

a représentation de Dieu sous forme d’un vieillard barbu, dans le film Persepolis de Marjane Satrapi, a choqué beaucoup de musulmans.

 

Ils sont donc partisans du bris des images, ce que veut dire le mot d’origine grecque « iconoclasme » : ce refus des images est conforme à l’interdit présent déjà dans la Bible juive (Exode 20/4), et le monde musulman a été jusqu’à prohiber non seulement celles de Dieu, mais aussi celles représentant le Prophète lui-même.

 

Le christianisme, lui, au moins dans ses modalités orthodoxe et catholique, n’a pas pratiqué ce refus. Certes il y a bien eu à Byzance la fameuse Iconomachie, ou bataille pour les images, où la pulsion iconoclaste encore s’est fait jour. Mais enfin elle a été vaincue, tout simplement parce qu’avait été affirmée comme article de dogme l’incarnation de Dieu, en la personne du Christ-Messie. Si donc Dieu a pris la forme d’un homme, par abaissement ou kénose (Philippiens 2/7), il a semblé normal de le représenter.

 

Cependant le monde orthodoxe s’en est tenu à ne représenter que le Fils, tandis que le monde catholique n’a pas hésité à représenter le Père, et le vieillard barbu du film vient naturellement, semble-t-il, de la représentation que Michel-Ange en a faite au plafond de la Chapelle Sixtine. Face à ce déluge d’images sans frein ni limite, favorisé par la Contre-réforme post-tridentine, le monde protestant, lui, a toujours défendu l’iconoclasme des origines.

 

Il reste dans l’iconoclasme la croyance que l’image recèle effectivement son sujet. C’est une croyance naïve, d’essence magique, et d’ailleurs image est l’anagramme de magie.

 

Un peu de réflexion pourtant montre que l’ima­ge, comme tout langage d’ailleurs, n’est qu’une représentation, et que représenter n’est pas reproduire. Les signes tiennent lieu de la chose, mais en aucun cas ils ne la contiennent ou recèlent. L’image d’un chien ne mord pas, pas plus que le mot « chien ». « Fleur », disait Mallarmé, est « l’ab­sen­te de tous bouquets ».

 

L’adhérence du signe à la chose repose sur un malentendu, qu’on appelle l’illusion référentielle, et que les Nominalistes médiévaux avaient déjà dé­non­cé contre les anciens Réalistes. Mais ce réflexe archaïque d’assimilation perdure encore, et, comme dans l’exemple dont je suis parti, on le voit encore constamment ressurgir en pleine modernité.

 

[v. Blasphème]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 3 novembre 2011

 

Iconoclasme - Poupées Amish (sans visage) - D.R.

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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19 décembre 2022 1 19 /12 /décembre /2022 02:00

C

ertains ont besoin, pour assurer et garantir leur foi, que soient historiques, donc pour cette raison authentiques, les événements qu’ils voient rapportés dans les livres saints.

 

Ainsi je viens de voir sur le site de La Croix (19/10/2012) que les oliviers actuels de Gethsémani seraient issus de boutures de ceux qu’a connus Jésus lors de son agonie. Des scientifiques, qui ont étudié le patrimoine génétique de ces arbres d’aujourd’hui, disent qu’à l’origine il n’y avait qu’une seule plante mère, et donc les toucher maintenant serait toucher la même matière ligneuse que celle que Jésus a pu lui-même toucher. La foi des croyants pourrait donc s’y trouver fortifiée, et, c’est le cas de le dire, enracinée.

 

Il y a un côté évidemment superstitieux de la foi ainsi comprise, et on sait que l’Évangile lui-même, contre l’attitude de l’apôtre Thomas, affirme heureux ceux qui croient sans voir (Jean 20/29).

 

Mais surtout, on se méprend complètement sur la nature du texte sacré : il n’est pas du tout une relation historique, mais un texte symbolique invitant à la réflexion, et élaboré par une reprise d’anciens textes, selon la méthode exégétique, bien connue des juifs, du midrash. À partir du grec, on parlerait de palimpseste, ou réécriture d’un texte plus ancien.

 

Ainsi, pour l’agonie aux Oliviers, certains manuscrits de Luc, mais pas tous, disent qu’une sueur de sang tombe de la tête de Jésus, et que lui apparaît un ange pour le fortifier (22/43-44). Cet ange est une reprise d’un passage du premier livre des Rois (19/5) : l’intertextualité est ici évidente.

 

Mais la question principale est celle-ci : comment sait-on ce que Jésus a vécu et dit à ce moment-là ? Les seuls témoins historiques de la scène, les seuls donc qui pourraient être habilités à nous le dire, sont les Apôtres : mais ils dorment à ce moment-là !

 

La vérité est que le narrateur de l’épisode invente comme il veut, exactement comme fait un romancier. Son récit est fait de réminiscences trouvées dans un texte ancien (« in­venter » au sens ancien, qui vient de invenire, trouver), à quoi il ajoute de son cru : « inventer » au sens moderne.

 

Certes ne nous trompons pas : ce texte est infiniment riche et fait beaucoup penser. Mais n’allons pas lui chercher, comme ceux qui ont étudié et exploité nos oliviers, une quelconque inscription et garantie historiques !

 

[v. Biographie, Châtiment]

 

Article paru dans Golias Hebdo,

1e novembre 2012

 

 

D.R.

 

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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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